Nos salaires trop élevés?

Après le volet des prépensions, d’autres attaques antisociales sont à prévoir. C’est au tour des salaires d’être dans la ligne de mire du gouvernement Verhofstadt II. Depuis novembre, les rapports officiels se multiplient et expliquent que l’augmentation des salaires en Belgique serait trop importante par rapport aux pays voisins.

Xavier Dupret

A l’agenda du patronat pour cette année figurent donc la modération salariale bien sûr, en prévision des Accords Inter-Professionels pour les années 2007 et 2008, une diminution des charges sociales, éternelle revendication patronale qui se fait sur le dos du salaire indirect des travailleurs, ou encore des attaques sur l’index, dont les fameux ALL-IN, qui signifient que si l’inflation prévue est dépassée, l’augmentation salariale est rognée en conséquence.

L’index visé

Pour tenter d’y voir plus clair, un retour sur l’histoire sociale récente n’est pas superflu. En 1989, la coalition PS/SP-PSC/CVP s’inquiétait déjà de la bonne santé de nos entreprises et adopta une loi prévoyant une procédure proche des pouvoirs spéciaux afin d’éviter tout dérapage salarial. En 1993, le Plan Global était adopté dans le but de satisfaire aux critères de convergence imposés par le Traité de Maastricht instituant l’Euro. Au départ, le gouvernement entendait mener à bien ces projets en négociant avec les syndicats.

Très vite, il apparut que la base syndicale refusait l’application des dispositions du Plan. Un mouvement de grève générale s’en suivit. En dépit des mobilisations, le Plan Global fut adopté et ses effets ne tardèrent pas à se faire sentir.

En 1994, les salaires des travailleurs belges étaient liés à un indice des prix excluant un certain nombre de produits de nécessité parmi lesquels les carburants. En 1995 et 1996, un système était aménagé afin d’éviter une croissance des salaires et traitements. Jusqu’au 23 janvier 1995 inclus, aucune nouvelle convention collective ou individuelle de travail et aucun autre accord prévoyant des augmentations de rémunération ou des avantages nouveaux pour la période 1995-1996 ne pouvaient être conclus.

Pouvoir d’achat en baisse

L’intense travail législatif des trois familles politiques traditionnelles belges au cours des deux dernières décennies se résume, en matière économique et sociale, à un ensemble de mesures destinées à réduire le pouvoir d’achat des travailleurs et à remettre en cause l’ensemble de leurs acquis sociaux. Pour nous faire avaler leurs couleuvres, la bourgeoisie et ses laquais nous assurent que la préservation de l’emploi passe inévitablement par un raffermissement de la profitabilité des entreprises. En y regardant d’un peu plus près, on peut soulever quelques objections.

Baisse des salaires égale emplois?

La littérature néolibérale nous répète que, vu la progression des échanges mondiaux dans le cadre d’un capitalisme globalisé il faut absolument baisser nos coûts salariaux. C’est à ce prix que l’emploi serait préservé dans nos pays.

Et pourtant, la part occupée par les salaires dans le Produit Intérieur Brut belge n’a cessé de décroître. En 1980, elle équivalait à 78% pour atteindre 69% 20 ans plus tard. Cette baisse a été de 8% en moyenne pour l’ensemble de la Communauté Européenne. Mais entre-temps, le chômage a littéralement explosé.

Autrement dit, chaque bourgeoisie nationale se sert des acquis obtenus par les travailleurs des pays voisins pour mettre la pression sur “ses” salariés et ainsi augmenter ses profits. Affirmer comme le fait le gouvernement que le maintien de l’emploi passe par le blocage des salaires est une parfaite aberration. Car la baisse des salaires dans le PIB signifie que les gains de productivité ne sont plus redistribués aux salariés, ce qui provoque la montée en puissance du secteur financier et une stagnation des investissements productifs.

Pertes d’emplois et productivité en hausse

Ensuite, concernant l’augmentation du chômage, en se référant aux statistiques disponibles, on voit clairement que les menaces de délocalisation ne représentent qu’une infime partie des emplois supprimés (à peine 1%). Les destructions massives d’emploi résultent essentiellement de l’augmentation de la productivité suite à l’introduction de nouveaux procédés de fabrication impliquant une plus grande pression sur les travailleurs. Ainsi, en Belgique, selon le Conseil Central de l’Economie, la productivité a augmenté au rythme de près de 4% par an entre 1980 et 2005.

En d’autres termes, bien plus que les travailleurs des autres nations, ce sont les bourgeoisies nationales qui se posent en destructrices de l’emploi.

Quelle réponse?

Un nouveau Parti des Travailleurs qui revendiquerait clairement une réduction du temps de travail avec maintien des salaires et réviserait les règles fiscales afin d’imposer lourdement les plus-values mobilières, permettant ainsi de remobiliser les travailleurs et de sortir de cette spirale régressive. De cette façon et de cette façon seulement, l’histoire du Plan Global ne se répétera pas.

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