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Veviba : la faute à qui ? A l’AFSCA, à un industriel véreux ou à l’agriculture capitaliste ?

Photo : public domain / Wikicommons

Quelques mois après la crise du fipronil et peu de temps après celle des salmonelles dans le lait pour nourrisson Lactalis vendu en France, le secteur agroalimentaire traverse un nouveau scandale. Dans le secteur de la viande cette fois. Il ne s’agit pas d’une mauvaise loi des séries, mais de l’expression de la logique capitaliste où règne le profit au détriment de la santé publique.

Par Alain (Namur)

L’AFSCA un service public sur le grill

Nous avions déjà relevé en 2009 dans les pages de Lutte Socialiste les propos de l’ancien Administrateur délégué de l’AFSCA Gil Houins, qui déclarait alors dans le Foodnote (journal interne de l’agence) : ‘‘Les préoccupations des médias et des citoyens se sont déplacées vers la ‘crise’ financière et la ‘crise’ économique née dans le prolongement. Ce n’est plus la santé du consommateur qui est menacée, mais son porte-monnaie! Ces circonstances ont réveillé certains lobbies de l’agro-alimentaire qui avaient adopté un profil bas au cours des dernières années. Sous prétexte que les sociétés souffrent déjà sur le plan économique, nous devrions être plus coulants, voire laxistes, sur les problèmes de contamination de denrée et les conditions de fabrication. Cette thèse a même été distillée à haut niveau au sein de la Commission européenne…’’ Il se voulait ensuite rassurant en ajoutant : ‘‘Je m’élève contre cette tentative de faire passer la sécurité alimentaire au second plan à l’occasion des problèmes économiques.’’ (1)

La logique de profit a été plus forte que sa volonté individuelle, de même que celle de milliers de fonctionnaires qui ont vraiment cette mission à coeur.

L’ubérisation du service public

L’AFSCA a vivement été critiquée. Les dysfonctionnements du contrôle public tiennent essentiellement à la manière dont les missions du service public sont définies, à leur financement et aux conditions de travail des agents.

Notons que la tutelle de l’AFSCA a été attribuée au ministère de l’Agriculture par Sabine Laruelle en 2007, alors que cette dernière a aussi été directrice générale de la FWA (Fédération Wallonne de l’Agriculture)(2). La composition même du comité consultatif de l’administrateur délégué de l’AFSCA laisse une part belle aux patrons de l’industrie agroalimentaire(3).

En 3 ans, la dotation fédérale allouée à l’AFSCA s’est vue rabotée de 20% et le budget total a baissé de 10%. Le nombre d’agents est passé de 1.700 équivalents temps plein en 2009 à 1.274 aujourd’hui. Ces dernières années, l’AFSCA a même proposé de sous-traiter les contrôles !

Gil Houins, qui semble de toute sa vertu défendre le consommateur, a été l’initiateur du fameux Smiley : un autocollant à poser sur le produit qui atteste que l’entreprise a ‘‘mis en place un système crédible de contrôle de l’hygiène’’ et donc se contrôle elle-même ! L’Agence réalise ainsi des économies mais des industriels peu scrupuleux comme Verbist, peuvent ainsi être ‘‘juges et partis’’ quant à leur propre marchandise.

Quelles solutions contre ces crises à répétitions ?

Une partie de la population, très certainement parmi la jeunesse, tirera comme conclusion qu’il faut changer notre modèle de consommation et diminuer, voir proscrire, la consommation de viande et de produits animaux. Nous estimons que ceux qui optent pour ce choix doivent pouvoir bénéficier de produits de qualité. Mais pourquoi le marché végétarien ou vegan ne subirait-il pas le sort de l’agriculture et du BIO en étant absorbé par la logique capitaliste ? Cette dernière, comme le disait déjà Karl Marx, détruit les deux sources de richesses: le travail et la nature. En détruisant la nature, elle détruit aussi les animaux (que nous les mangions ou non) qui sont en relation avec leur environnement. Ne pas manger d’animaux n’est donc pas pour autant synonyme de leur préservation.

Face à ces crises alimentaires, nous défendons quant à nous de retirer l’agriculture, tout comme l’ensemble des secteurs clés de l’économie (finance, pharmacie,…), des mains du privé pour les placer sous le contrôle et gestion démocratiques de la population. On ne contrôle pas ce que l’on ne possède pas !

1. https://fr.socialisme.be/2812/afsca
2. https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_tout-savoir-sur-l-afsca-depuis-quand-comment-pourquoi-payee-par-qui?id=9864639
3. http://www.afsca.be/comiteconsultatif/membres/

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