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Le capitalisme vert est-il une illusion ?

La fraude colossale de Volkswagen, deuxième constructeur automobile mondial, résume l’approche du système capitaliste en matière d’environnement. VW a arrangé des tests d’émissions de véhicules dans le monde entier pour augmenter ses bénéfices à court terme. Et l’Union européenne n’a rien fait – sous la pression des gouvernements qui soutiennent leurs propres industries automobiles. Peu importe que des milliers de personnes meurent de maladies directement liées à cette pollution, ou que la production massive de gaz à effet de serre menace la vie sur terre. PETE DICKENSON examine cet échec systémique.

Cela fait plus d’un quart de siècle que les classes dirigeantes du monde ont entamé des discussions sérieuses sur le réchauffement climatique, en préparation du ‘‘Sommet de la Terre’’ de Rio, parrainé par l’ONU en 1992. Pourtant, aucune mesure significative n’a été prise pour s’attaquer au problème, même si la majorité de l’establishment capitaliste a fini par comprendre qu’il fallait faire quelque chose. Le sommet de Paris semble très loin de rompre avec cette tendance. Comment expliquer ce manque d’action ?

Deux exemples en particulier mettent en lumière les problèmes sous-jacents qui empêchent tout accord. Premièrement, l’échec du système d’échange de quotas d’émission qui était censé être le mécanisme permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique. Deuxièmement, le sort des subventions de l’État pour les énergies renouvelables telles que l’énergie solaire et éolienne.

Dès le départ, l’échange de droits d’émission a été considéré comme un moyen de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le respect du marché. Après des années de débats, un accord a été conclu en 1997 à Kyoto, au Japon, pour introduire un système d’échange de permis de carbone qui comprend des limites juridiquement contraignantes sur les émissions de dioxyde de carbone, un gaz à effet de serre important. Chaque pays avait son propre niveau d’émissions autorisé dans le traité. A l’intérieur des pays, les entreprises avaient leur propre objectif qui ne pouvait être dépassé que si un permis de polluer était acheté. Le coût du permis devait être fixé à un niveau suffisamment élevé pour dissuader les sociétés de dépasser leur quota.
Dès le départ, les pressions exercées par les pays à émissions relativement élevées ont contraint les rédacteurs du traité à introduire toute une série de lacunes. Les objectifs fixés étaient donc très modestes, seulement quelques points de pourcentage de réduction des émissions, tout à fait insuffisants pour résoudre le problème. En outre, des accords de « compensation » ont été autorisés, dans le cadre desquels les entreprises pouvaient parrainer des projets verts dans les pays pauvres en échange d’exemptions de permis. Cette option a donné lieu à toute une série d’escroqueries scandaleuses.

Plus grave encore était la capacité des gouvernements de délivrer autant de permis qu’ils le souhaitaient. On a estimé que le prix d’un permis devrait être d’au moins 35 $ la tonne de carbone pour avoir un effet dissuasif sur les entreprises. Dans la pratique, le prix des permis n’a pratiquement jamais atteint ce nombre et, en fin de compte, après la crise économique de 2007/08, les permis sont devenus pratiquement sans valeur puisque les gouvernements ont délivré autant de permis que les entreprises le leur demandaient.

L’échec du traité de Kyoto est un exemple très significatif de l’incapacité du capitalisme à faire face au danger du réchauffement climatique, mais ce n’est probablement pas surprenant, même pour les capitalistes. L’objectif était d’encourager les États-Unis, le plus grand pollueur du monde à l’époque, à y participer – en rendant le système de permis aussi indolore que possible au départ. Le coup mortel porté à Kyoto a été le refus du gouvernement américain d’y participer, mettant les intérêts du capitalisme américain au premier plan.

Même si le traité de Kyoto avait été mis en œuvre avec succès, il est encore douteux qu’il aurait eu l’impact nécessaire. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une taxe sur le carbone au sens traditionnel du terme, dans une économie monopolisée, le système d’échange de permis aurait eu pour effet que les entreprises auraient répercuté les coûts des permis sur les consommateurs. Ce permis aurait alors rencontré le même problème qu’une écotaxe : dans quelle mesure et à quelle vitesse une hausse des prix de l’énergie aurait entraîné un comportement plus écologique des consommateurs ?

La plupart des consommateurs n’ont pas la possibilité de choisir un fournisseur d’énergie verte et sont prisonniers des technologies polluantes actuelles. Même si le prix d’un permis augmentait de manière très significative, entraînant une forte hausse des prix de l’énergie, il y aurait peu de réduction des gaz à effet de serre, certainement pas par rapport à l’ampleur de la réduction et au calendrier nécessaire, qui est une baisse de 40% des émissions en 2020. Bien que plus sensible aux prix que le secteur de l’énergie, la même logique s’applique aux transports publics. Une hausse du prix du carburant n’entraînerait pas un passage rapide à un système énergétiquement efficace, car il faudrait trop de temps pour restructurer les transports publics sur des lignes vertes.

Pour les marxistes, une question très importante dans ce contexte est celle de la répartition équitable. Une taxe sur le carbone, qui est ce que le système d’échange de permis aurait représenté, est régressive puisque les pauvres dépensent un pourcentage plus élevé de leurs revenus dans l’énergie. Si le prix d’un permis devait être suffisamment élevé pour avoir une chance d’avoir un impact sur l’environnement, cela aggraverait la répartition déjà inégale.
De plus, si l’on envisageait un prix de permis aussi élevé, cela aurait des répercussions sur les profits des grandes entreprises et entraînerait une énorme opposition de la part des multinationales.

L’essor des énergies renouvelables et leur chute

On aurait pu s’attendre à davantage de subventions pour les technologies renouvelables introduites à plus grande échelle au cours de la première décennie du siècle, car elles représentaient une forme plus directe d’intervention de l’État. En fait, les subventions ont eu un effet faible mais significatif, les énergies renouvelables représentant 8,5 % du marché mondial de la production d’énergie d’ici 2013 (Programme des Nations Unies pour l’environnement [PNUE] Tendances mondiales des investissements énergétiques, 2014). Par ailleurs, 43 % des nouvelles capacités de production en 2013 étaient renouvelables, ce qui est encourageant, et ce qui a conduit certains commentateurs écologistes à dire que le monde (capitaliste) s’était enfin réveillé au problème du réchauffement climatique.

Pour voir si cela est vrai, il est nécessaire d’analyser les données sur l’investissement par pays et d’examiner les tendances des dépenses et ce qui les motive. Les résultats doivent ensuite être comparés au niveau global d’investissement nécessaire pour maintenir l’augmentation de la température mondiale en dessous de 2°C (par rapport aux niveaux préindustriels), un point au-dessus duquel il pourrait y avoir des augmentations de température incontrôlables, selon les scientifiques climatiques. Enfin, et c’est le plus important, il faut tenir compte du délai nécessaire pour atteindre ce résultat.

L’échelle mondiale, les investissements dans les énergies renouvelables ont atteint un sommet de 257 milliards de dollars en 2011, mais ont chuté de 23 % depuis. L’austérité en Europe en est une cause majeure, avec des dépenses en baisse de 56 % en Allemagne et de 75 % en Italie (Bloomberg New Energy Finance, 2014). Les perspectives environnementales sont en fait bien pires que ce que la baisse de 23 % laisserait présager en raison de facteurs particuliers sur le marché japonais de l’énergie, à la suite de la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011. Le rapport du PNUE a également montré que les coûts unitaires des cellules photovoltaïques avaient baissé et que, par conséquent, leur déploiement avait augmenté, contribuant de manière significative au chiffre apparemment impressionnant de 43 % de toutes les nouvelles capacités de production d’énergie renouvelable. Mais en examinant le tableau plus en détail, on constate que ce résultat est en grande partie accidentel et qu’il est très peu probable qu’il se reproduise.

L’augmentation de la capacité de production d’énergie solaire est liée à plusieurs problèmes. Les aides et subventions publiques, qu’elles soient relativement ouvertes, comme en Europe, ou cachées, comme en Chine, ont joué un rôle très important dans l’adoption de telles cellules. L’effondrement qui a suivi la crise économique de 2007/08, suivi de l’austérité, a également entraîné une baisse des prix des cellules photovoltaïques en raison de la baisse de la demande d’énergie. La surcapacité de l’industrie solaire massive en Chine a renforcé cette tendance. Dans le même temps, le prix du pétrole est resté à un niveau historiquement élevé, soutenu par l’instabilité géopolitique et la politique du cartel de l’OPEP. Ces facteurs ont rendu l’énergie solaire temporairement plus attrayante.

Or, ces conditions favorables se sont transformées en leur contraire. Le prix du pétrole est passé d’un sommet de 140 dollars le baril à 50 dollars, en raison du ralentissement économique en Chine, et les subventions se sont réduites en Europe en raison de l’austérité. En Grande-Bretagne, le nouveau gouvernement conservateur de droite poursuit une politique d’austérité de la terre brûlée – littéralement, dans le cas de l’environnement. Pratiquement tous les petits progrès réalisés en droit de l’environnement au cours des 25 dernières années doivent être abrogés. Les subventions aux parcs éoliens terrestres ont été annulées et l’aide à l’énergie solaire a été amputée. Toutes les subventions environnementales restantes, bien que minuscules, font l’objet d’un ‘‘réexamen’’ – c’est à dire qu’elles seront supprimées. Bien que le coût des subventions soit minime, la priorité pour le gouvernement est de marteler les pauvres et l’environnement pour que des allégements fiscaux puissent être accordés aux grandes entreprises, contribuant ainsi à soutenir leurs profits.

Il n’y a aucun signe d’une reprise économique mondiale significative qui pourrait commencer à recréer les conditions propices aux énergies renouvelables. L’austérité est prise en compte pendant de nombreuses années encore par les gouvernements européens et il n’y a actuellement aucun signe que les dirigeants chinois vont changer de cap et relancer les dépenses.
Même si les conditions de marché favorables aux énergies renouvelables devaient réapparaître, cela ne modifierait pas les perspectives négatives pour l’environnement. Le rapport Stern, commandé en 2006 par le dernier gouvernement travailliste, mais jamais mis en œuvre, a déclaré que des investissements dans les énergies renouvelables représentant 1% de la production économique mondiale totale pendant 40 ans étaient nécessaires pour lutter contre le réchauffement climatique. Même en 2011, année de pointe, les investissements n’ont jamais atteint ce niveau. Il est inconcevable que des conditions de marché suffisamment favorables puissent persister, sans interruption pendant 40 ans, pour faire de l’exigence de Stern une réalité.

Les États nations dans un monde globalisé

Le point clé qui ressort de l’histoire des subventions aux énergies renouvelables et de l’échange de permis est l’échec total des deux tentatives les plus sérieuses des gouvernements pour enrayer le réchauffement climatique. Derrière cela se cache leur incapacité à parvenir à un accord international et leur refus total de prendre des mesures qui pourraient nuire, directement ou indirectement, aux profits des multinationales qu’ils représentent. Pourtant historiquement, cela n’a pas toujours été le cas -que les politiciens bourgeois refusent de prendre des mesures pour freiner les excès polluants de leurs capitalistes. En outre, comme le rapport Stern l’a clairement démontré, les coûts à long terme de l’inaction sur le réchauffement climatique dépassent de loin les coûts de l’atténuation. Alors, qu’est-ce qui retient les représentants actuels des classes dirigeantes ?

Par exemple, pourquoi nos dirigeants actuels ne peuvent-ils pas copier leurs prédécesseurs du XIXe siècle qui ont pris des mesures, y compris des sanctions pénales, contre les entreprises qui polluaient l’environnement ? Répondre à cette question explique en grande partie l’impasse actuelle. Il y a un siècle et demi, il était beaucoup plus facile pour la classe capitaliste de s’attaquer à la pollution environnementale parce que le problème était largement limité à l’intérieur des frontières nationales. De plus, les affrontements commerciaux entre les pays et les profits en jeu sont beaucoup plus importants aujourd’hui qu’à l’époque où la Grande-Bretagne était la puissance mondiale dominante et ne se sentait pas aussi menacée par ses rivaux étrangers. Depuis le début du XXe siècle, le capitalisme est devenu un système mondial défini d’abord par une forte augmentation des échanges de biens, puis par l’exportation massive de capitaux. Par la suite, en raison des pressions protectionnistes, l’exportation de la production a été suivie par l’implantation d’entreprises multinationales partout dans le monde.
Malgré cette mondialisation du capital, l’État-nation est devenu important, en tant que défenseur, par la force si nécessaire, des entreprises qui relevaient de sa juridiction. Avec l’intensification de la concurrence pour les bénéfices entre les entreprises, l’importance de l’État s’est encore accrue. La contradiction entre les besoins des capitalistes individuels de faire tomber les barrières nationales dans la recherche du profit et leur dépendance à l’égard de leur propre Etat pour défendre leurs intérêts existe toujours aujourd’hui.

Les 147 entreprises qui contrôlent 40% de la richesse mondiale et dominent l’économie mondiale – d’après une étude de l’Ecole polytechnique fédérale suisse d’octobre 2011 – résistent à tout ce qui limite leurs profits, même dans une faible mesure, et dépendent de leur pays d’origine pour les aider. Ce faisant, ils ont montré à maintes reprises qu’ils se concentrent uniquement sur les avantages à court terme. Dans l’aveuglement engendré par une concurrence intense, ils ne tiennent pas compte des problèmes à long terme qui menacent même leur propre existence, comme la dégradation de l’environnement.

Coopération capitaliste dans la guerre froide

Les apologistes du système capitaliste objecteront que cette analyse de l’impérialisme ignore le potentiel de coopération qui existe et exagère les antagonismes entre les grandes puissances. Ils admettront peut-être que, oui, des ‘‘erreurs’’ ont été commises avant 1945, mais les leçons de cette catastrophe de la Seconde Guerre mondiale ont été tirées et que l’après-guerre a été marquée par des exemples significatifs de coopération entre les puissances impérialistes, tels que la création des Nations unies, de l’Union européenne et de l’Organisation mondiale du commerce. Ils pourraient également citer l’exemple du Protocole de Montréal relatif à des substances qui appauvrissent la couche d’ozone (1987) comme exemple d’un accord international visant à contrôler une menace environnementale dangereuse. S’attendre à un accord sur le réchauffement de la planète n’est donc pas sans espoir, pourrait-on dire.

En laissant la discussion sur Montréal à plus tard, il est vrai que la redistribution continuelle du marché mondial par la force des armes impliquant les grandes puissances, prédite par Lénine, un des dirigeants de la révolution russe de 1917, semble avoir été remplacée par une nouvelle réalité historique après 1945. L’équilibre des relations internationales a été profondément modifié après la guerre entre les vainqueurs, les États-Unis et l’Union soviétique non-capitaliste. Les classes capitalistes nationales ont alors dû coopérer, les dents serrées, afin de présenter un front uni dans la guerre froide contre l’URSS, dont le système social non capitaliste représentait une réelle menace pour les principales puissances impérialistes même si ce système n’était qu’une sanglante caricature de socialisme.

La création d’un front uni a été favorisée par deux facteurs. Le premier était la domination des États-Unis sur les autres grandes nations capitalistes, de sorte qu’ils pouvaient, dans une certaine mesure, dicter l’agenda politique. La seconde est la reprise économique d’après-guerre qui a contribué à masquer les conflits d’intérêts sous-jacents entre les diverses puissances capitalistes. Les États européens étaient également prêts à concéder un certain degré de leur souveraineté à l’Union européenne, pour tenter de contester l’hégémonie économique des États-Unis.

Aujourd’hui, les facteurs particuliers qui ont obligé les capitalistes à coopérer, quoique dans une certaine mesure, disparaissent rapidement. Les grands tournants ont été l’effondrement de l’Union soviétique en 1991 et la grande récession de 2008, qui a marqué la fin décisive de ‘‘l’âge d’or’’ économique de 1950-75. Le conflit entre les principales puissances économiques domine de plus en plus l’actualité, même si nous n’en sommes pas encore à l’étape de la guerre. Les institutions multilatérales créées après 1945 s’effondrent ou sont moribondes. L’UE est confrontée à un processus de désintégration et l’OMC a été abandonnée, pour être remplacée par des accords bilatéraux tels que le Partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement (TTIP). L’ONU est totalement impuissante à imposer la paix et l’ordre. L’échec des tentatives de lutte contre le changement climatique est un signe avant-coureur de l’abandon de la coopération d’après-guerre. Bien que les coûts de l’action soient relativement faibles, les tensions croissantes entre les principales puissances ont empêché de parvenir à tout accord.

L’accord mondial sur l’ozone

La question du Protocole de Montréal reste donc un exemple de coopération internationale en matière d’environnement. Dans les années 1980, il est devenu évident que les produits chimiques, appelés CFC (chlorofluorocarbures), libérés par les bombes aérosols, causaient la dégradation de la couche d’ozone dans l’atmosphère. Ceci causait une augmentation considérable de l’incidence des cancers de la peau. Il y a eu une entente à Montréal, sous les auspices de l’ONU, qui a permis de réduire considérablement les niveaux de CFC de 77 % entre 1988 et 1994. Ce succès pourrait-il être répété pour le réchauffement climatique ?

Il existe des différences cruciales entre les deux questions. Premièrement, l’échelle est complètement différente, parce que le coût de l’élimination d’un seul produit chimique du processus de production, lorsque des produits de substitution étaient facilement disponibles, est insignifiant par rapport au remplacement de la capacité de production d’électricité de la planète entière. Deuxièmement, le coût de l’élimination des CFC a touché tous les pays industrialisés sur une base à peu près égale, si l’on considère le PIB par habitant. Il est toutefois significatif que les États-Unis aient tardé à ratifier l’accord de Montréal des années durant. Le pays n’a accepté de le faire que lorsqu’une société chimique américaine, DuPont Inc, a effectué une percée technique lui permettant de dominer le marché des substituts des CFC.

Comparez le coût de la réparation de la couche d’ozone au réchauffement planétaire. Dans ce dernier cas, les États-Unis sont l’un des plus grands coupables, représentant environ 20 % des émissions, avec seulement 5 % de la population mondiale. Sa part par habitant est quatre fois supérieure à la moyenne mondiale et près du double des émissions de l’UE par habitant. Par conséquent, si le pollueur est amené à payer proportionnellement, comme l’insistent ses rivaux, alors les États-Unis seront les principaux perdants en cas d’action sur le réchauffement climatique, contrairement à la couche d’ozone. Cela a rendu impossible la conclusion d’un accord international, une situation rendue plus difficile par l’émergence de la Chine en tant que principal émetteur de gaz à effet de serre.

La Chine a toujours insisté sur le fait qu’elle n’était pas historiquement responsable du réchauffement climatique et qu’elle ne paierait pas pour cela. Le refus du régime chinois de participer au suivi de Kyoto a donné au Congrès américain une excuse pour faire de même et a tué l’idée. Par conséquent, ce qui est à l’ordre du jour à la COP21 de Paris, ce ne sont que des propositions de réductions volontaires des émissions avec des délais de mise en œuvre également sur base volontaire et non-contraignants.

À la recherche d’une solution technologique

Les responsables du sommet de Paris tenteront d’occulter l’importance de ce forum de discussion, avec des déclarations de percées, mais rien ne cachera la faillite des classes dirigeantes du monde sur cette question. Reconnaissant cela, certains d’entre eux s’en remettent maintenant à un argument de dernier recours désespéré : que le ‘‘génie’’ du capitalisme pour l’innovation réussisse à tirer un lapin technologique hors du chapeau pour résoudre le problème.

Les économistes orthodoxes de droite considèrent que l’innovation, stimulée par la concurrence du marché, a pour effet d’élever le niveau général de productivité de sorte que la consommation d’énergie diminue pour un niveau donné de consommation. Il est vrai que, jusqu’à la crise de 2008, la productivité augmentait d’environ 2 % par an dans les pays industrialisés, entraînant une baisse de la quantité de ressources naturelles nécessaires pour un niveau de consommation donné. Toutefois, rien n’indique que cela ait entraîné une baisse de la pollution. En outre, depuis la crise de 2008, la productivité au Royaume-Uni a chuté et ne semble pas encore vouloir retrouver son niveau antérieur.

Même si nous acceptons, à titre d’argument, que cette théorie des néolibéraux de l’ultra libre marché était vraie, il faudrait plusieurs décennies pour avoir un impact suffisant pour réduire la pollution au niveau nécessaire, alors qu’il serait trop tard pour prévenir une catastrophe environnementale totale. Pour que la théorie de l’économie de marché fonctionne et que les réductions d’émissions soient fixées pour atteindre les objectifs nécessaires en matière de réchauffement de la planète, il faudrait des gains de productivité induits par l’innovation pour permettre une réduction rapide et massive de la consommation des ressources naturelles, tout en favorisant la croissance économique. Il n’y a aucune chance que cela se produise sous le capitalisme.

Devant la faillite des idées du libre marché, certaines sections de la bourgeoisie envisagent maintenant des approches plus interventionnistes dans l’économie de l’environnement. Ces idées sont parfois liées à des théories dites win-win, dont l’élément central est que les entreprises ne sont pas conscientes des possibilités que les nouvelles technologies peuvent offrir tant pour s’attaquer aux problèmes environnementaux que pour réaliser des bénéfices. C’est le travail des gouvernements, selon la théorie, d’encourager les institutions et d’introduire des règlements, contenant des éléments de carotte et de bâton, pour encourager les patrons à cueillir ce ‘‘fruit à portée de main’’.
Le problème de cette approche est qu’elle se heurtera en fin de compte à la logique du capitalisme. La bourgeoisie cherche le Saint-Graal d’une innovation qui fournira une énergie renouvelable moins chère que le pétrole et le charbon, mais le système de marché a été incapable de produire les percées technologiques nécessaires.
Plus de demi-mesures

Les gouvernements et les entreprises hésitent à investir en raison des coûts élevés et des répercussions sur les bénéfices. Si, en 1995, le gouvernement américain avait consacré les mêmes ressources et la même urgence à la fusion nucléaire, qui est une source potentielle d’énergie renouvelable surabondante, plutôt qu’au projet Manhattan d’une bombe nucléaire pendant la Seconde Guerre mondiale, il y a une chance raisonnable qu’il aurait déjà réussi. Le projet de bombe a absorbé 10 % de la consommation d’énergie totale des États-Unis. Cet engagement a été pris parce que toutes les puissances belligérantes luttaient pour leur survie. Il est inconcevable qu’un effort équivalent soit fait aujourd’hui parce que les capitalistes ne considèrent pas que la lutte contre le réchauffement climatique ait la même urgence, loin de là.

En dernière analyse, l’attrait d’un profit rapide demeure la raison d’investissement dans les nouvelles technologies, que ce soit par les entreprises ou par les gouvernements agissant en leur nom. Dans le contexte de l’intense rivalité actuelle entre les puissances impérialistes, tout investissement doit être rentabilisé à court terme, ce qui exclut de prendre au sérieux des projets comme la fusion nucléaire. Lorsqu’ils étaient dans l’opposition, Tony Blair et Gordon Brown étaient partisans d’une approche interventionniste, mais ils l’ont rapidement abandonnée lorsqu’ils ont constaté qu’elle allait à contre-courant du système de profit, même dans une faible mesure. Jeremy Corbyn et John McDonnell prennent sans aucun doute l’interventionnisme plus au sérieux, et toute mesure proposée qui a vraiment un impact sur le réchauffement climatique, comme les subventions, serait bien sûr la bienvenue. Plus le niveau d’intervention est élevé, plus les chances de réussite sont grandes.

Mais la logique du capitalisme impérialiste est inéluctable, en particulier lorsqu’il s’agit d’aborder une question comme le changement climatique, où le temps des demi-mesures est depuis longtemps dépassé. Il sera impossible pour un futur gouvernement de gauche de prendre les mesures urgentes nécessaires tout en restant dans le cadre d’un système économique antagoniste et prédateur. C’est pourquoi la lutte contre le réchauffement climatique et la dégradation de l’environnement doit aller de pair avec la lutte pour le socialisme. La transformation de la base sociale et économique de la société est la seule voie à suivre, sur une base internationale, puisque le réchauffement climatique ne respecte pas les frontières nationales.