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Retour sur l’échec des majorités progressistes en Wallonie et à Bruxelles

Dirk De Block, tête de liste du PTB à Molenbeek. Photo : Jean-Marie

Malgré l’importante campagne de la FGTB wallonne pour des ‘‘alliances de gauche partout où c’est possible’’, les négociations pour des majorités communales entre le PS et le PTB ont échoués. Le syndicat s’est opposé aux alliances PS-MR en défendant des ‘‘majorités progressistes’’ PS-PTB-ECOLO pour opérer un virage à 180 degrés face aux politiques d’austérité des gouvernements de droite.

Par Boris (Bruxelles)

La mascarade du PS à Liège et Charleroi

Willy Demeyer, le bourgmestre PS de Liège s’est allié au MR et a mis fin aux discussions avec le PTB en déclarant: ‘‘le PTB n’a pas été en mesure de démontrer ni la faisabilité ni le financement de ses propositions. Ses solutions étant le recours à l’endettement, la taxation massive et l’insurrection vis-à-vis des autres niveaux de pouvoir.’’ Même argument épouvantail pour Paul Magnette : le programme du PTB coûterait 2000€ de taxes supplémentaires pour chaque carolo. Pendant ce temps, de vraies négociations étaient en cours en parallèle avec ECOLO.

A Liège et à Charleroi, le PS a manœuvré pour se débarrasser du PTB. Les négociations ne visaient pas à conclure un accord mais à démontrer d’une part la prétendue incapacité du PTB ‘‘à prendre ses responsabilités’’ en montant dans une majorité et d’autre part que le programme du PTB serait ‘‘impayable’’. Cette campagne orchestrée par le PS visait à présenter tout vote favorable au PTB comme un vote gaspillé dans la perspective des élections de mai prochain. Chaque avancée sociale proposée par le PTB – même limitée – était considérée comme excessive. Dans les faits, le PS à fait le boulot de la droite en défendant le credo de cette dernière face à l’austérité : TINA ‘‘There is no Alternative’’.

Et à Molenbeek ?

En était-il de même à Molenbeek là où, contrairement à ailleurs, le PTB était indispensable pour mettre le MR dans l’opposition ? Après coup, chaque parti dénonce le manque de sincérité de celui d’en face. Il est toutefois permis d’en douter. Le PTB a finalement retiré la prise des négociations à la suite du départ d’ECOLO, principalement en raison de la répartition des postes d’échevins. C’est une erreur. La base de la discussion aurait dû être le programme. Catherine Moureaux (PS) affirme qu’elle n’avait encore refusé aucune proposition de la note de négociation présentée par le PTB.

Ce qui est certain, c’est que personne ne peut reprocher au PTB d’être allé négocier avec une note trop audacieuse. Il s’agissait d’un programme de 5,3 millions d’euros de dépenses et de recettes supplémentaires: 1000 logements sociaux supplémentaires en 6 ans (alors que 17.000 ménages figurent sur la liste d’attente du Logement Molenbeekois), un kit de rentrée scolaire gratuit, la gratuité des garderies rendues payantes par la majorité précédente MR-cdH-ECOLO, l’embauche de 20 instituteurs supplémentaires et un chèque sport et culture pour les adolescents.

L’équilibre budgétaire serait atteint d’une part par la limitation des salaires des échevins à 6.000€ bruts et par la suppression d’un poste d’échevin et, d’autre part, par une augmentation de toute une série de taxes, pas pour chaque Molenbekois bien entendu, mais sur les surfaces de bureaux, les antennes GSM, la publicité, les caisses enregistreuses des supermarchés, les logements vides, les terrains non battis ou encore les parkings des grandes surfaces et des entreprises.

Éviter le piège des négociations en coulisses

Le PTB aurait pu organiser des assemblées en y invitant les habitants et le personnel de Molenbeek pour y discuter de ce que signifie un programme d’urgence sociale dans la commune. L’approche aurait été idéale pour éviter de se laisser engluer dans un agenda de négociations secrètes et, de cette manière, préparer au mieux une mobilisation active et la construction d’un rapport de forces autour de ce programme d’urgence sociale.

A Bruxelles, le front commun syndical a élaboré un plan d’action pour le personnel des communes, des CPAS et des hôpitaux publics. Ils revendiquent entre autres une campagne de nomination du personnel, une augmentation des salaires de 10% et la réduction du temps de travail sans perte de salaire et avec embauches compensatoires. Tous les futurs conseils communaux seront interpellés à ce sujet. Officiellement, le PS se déclare favorable à la semaine de 4 jours et au salaire minimum de 14€ de l’heure. Le 8 novembre dernier, lorsque la manifestation du front commun syndical est passée devant les locaux du PS, Laurette Onkelinx est d’ailleurs sortie affirmer son soutien aux revendications syndicales.

N’aurait-il pas été utile d’aborder à la table de négociation quelle serait l’attitude d’une majorité progressiste face aux revendications syndicales ? Dans le cas où le PS aurait accepté, cela aurait illustré à quel point le PTB peut faire une différence. Ces mesures auraient encore été insuffisantes, mais quel enthousiasme cela aurait suscité dans le mouvement des travailleurs à 6 mois des élections de mai ! Dans le cas où le PS aurait refusé, cela aurait prodigieusement exposé ce parti comme étant celui des promesses creuses.

Une fronde des villes et des communes

Ces dernières décennies, un désinvestissement inédit a frappé nos communes et les autorités des autres niveaux. Le manque de moyens sévit partout : dans le logement social, les crèches, les écoles,… Molenbeek a tout particulièrement souffert de la mise sous tutelle financière de la commune par la Région, qui a imposé une politique d’austérité drastique. Parmi le personnel communal, aucun départ (en pension ou autre) ne pouvait être remplacé. Le comportement de la Région bruxelloise envers les Molenbeekois est le miroir de celui de l’Union européenne envers le peuple grec.

Il nous faut un réinvestissement public, et un majeur ! Cela exige d’en finir avec le transfert des moyens publics vers les entreprises et les riches. Les moyens fiscaux des communes sont limités. Il faut briser les carcans budgétaires volontairement limités et construire un front de communes rebelles contre les pouvoirs subsidiaires. C’est de cette manière que nous avons tracé un chemin pour le programme de lutte défendu par Gauches Communes tout au long de sa campagne électorale dans la commune bruxelloise de Saint-Gilles. Cette approche manquait à la campagne du PTB ; la population n’a pas été préparée à l’offensive de critiques qui a suivi les résultats.

A Charleroi, on retrouvait dans la note du PTB toute une série de taxes comparables à celles présentées pour Molenbeek, mais adaptées au tissu industriel carolo. On y trouvait également – et c’est une bonne chose – des éléments de rupture avec les trajectoires budgétaires imposées aux communes par les régions et le fédéral. Il y était question du fait que l’éventuelle majorité progressiste prenne la tête d’une fronde des villes et des communes pour une augmentation de 15% des subventions de la Région wallonne aux fonds des communes.

C’est un excellent élément à saisir pour une désobéissance organisée des majorités de gauche et la construction d’un rapport de forces contre les carcans budgétaires. Il n’a malheureusement pas été question de cette ‘‘insurrection vis-à-vis des autres niveaux de pouvoir’’ dans les négociations à Molenbeek et Zelzate. Etait-ce parce que, dans ces deux cas, les négociations avaient des chances d’aboutir ? La gauche ne doit pas restreindre son action à quelques mesures bienvenues mais limitées. Elle doit représenter un véritable changement.

La droite et le patronat se félicitent de l’échec des majorités progressistes. Leur campagne de calomnie qui amalgame gauche et désastre économique est lancée. En mai, nous pourrons voter pour un gouvernement de la ‘‘taxe des millionnaires’’. Son instauration provoquera la fureur des capitalistes ainsi qu’une campagne de sabotage sous forme d’une fuite des capitaux. Nous précisons d’emblée qu’y faire face exige un programme socialiste comprenant le non-paiement de la dette publique, la nationalisation du secteur financier et le recours à l’arme de la nationalisation face à la réaction patronale.