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Pression au travail croissante, pouvoir d’achat en berne : trop c’est trop !

Organisons sérieusement notre lutte !

Il y a plus d’un siècle, Eugène Debs, figure reconnue du socialisme américain, expliquait ‘‘Je m’oppose à un ordre social qui permet à un homme, ne faisant absolument rien d’utile, d’amasser une fortune de centaines de millions de dollars quand des millions de femmes et d’hommes travaillant tous les jours gagnent à peine assez pour assurer une existence misérable’’. Des mots qui raisonnent aujourd’hui d’une manière frappante quand on analyse la situation sociale partagée par bon nombre d’entre nous.

Par Karim Brikci, délégué CGSP-ALR Bruxelles

Ces derniers mois, il suffit d’ouvrir son journal pour y découvrir des enquêtes, statistiques et autres articles de ‘‘spécialistes’’ démontrant très clairement ce que la classe dirigeante tente, sans succès, de cacher : l’explosion des inégalités sociales et la pauvreté toujours plus croissante pour une énorme partie de la population. Selon une enquête d’Eurostat publiée en octobre, plus de 20% de la population belge, soit près de 2,3 millions de personnes, est aujourd’hui menacée de pauvreté ou d’exclusion sociale. Il suffit en effet de marcher dans la rue, de parler à ses collègues pour se rendre compte que plus personne n’est à l’abri et que cette situation devient tout simplement intolérable !

Cette réalité n’empêche pas pour autant la FEB, la fédération patronale de Belgique, de continuer à pleurnicher sur les difficultés des entreprises belges. Mais quel culot ! Il suffit d’ouvrir L’Echo pour se rendre compte de l’hypocrisie de leurs apitoiements. En juillet 2018, l’indice Bel20 (les 20 plus grandes entreprises belges cotées en bourse) signait un de ses meilleurs mois de l’année, nous explique le journal patronal, avant d’ajouter : ‘‘Les prévisions économiques actuelles, qui tablent sur une croissance de 2,3% en Europe cette année, devraient sans difficulté se traduire par une croissance des profits des entreprises de 10% en 2018 et probablement de 8% en 2019’’. Hors de question, bien évidemment, pour ces patrons de partager leurs profits et d’imaginer une hausse de nos salaires. Cette revendication légitime des travailleurs et de leurs organisations ne serait d’ailleurs reçue par le monde politique et patronal que comme étant de la pure démagogie.

Et comme si cela ne leur suffisait pas de s’engraisser sur notre dos, nous subissons tous les jours, sur nos lieux de travail, une campagne agressive qui vise à augmenter la productivité avec comme effets une dégradation généralisée de nos conditions de travail et une pression permanente, devenue totalement insupportable.

Une camarade de la fonction publique bruxelloise expliquait très pertinemment lors d’une grève le 8 novembre dernier pour l’augmentation des salaires : ‘‘Quand on parle de ‘‘productivité’’, de surcharge de travail beaucoup pensent aux travailleurs du privé dont les patrons exigent toujours plus d’efforts pour plus de rentabilité et de profits avec moins de salaire… Et bien, camarades, il en est de même chez nous dans les services publics dont les responsables exigent toujours plus avec moins de personnel, dans certains cas des horaires incompatibles avec une vie de famille, une pression parfois très forte et du harcèlement, du chantage et des menaces directes ou indirectes pour que la peur empêche les travailleurs de réagir… En bref, des conditions de travail qui se détériorent, des burn-out qui augmentent, des congés de maladie qui provoquent une forte déstabilisation des et dans les services, des membres du personnel qui perdent confiance en eux mais aussi dans leurs collègues…’’

Tout ceci n’est pas une fatalité. Nous partageons, matin et soir, notre constat de cette réalité sur nos lieux de travail. Autrement dit, nous faisons au quotidien de la politique sans que l’on en ait conscience. Nous avons aussi faussement l’impression d’être les seuls à ne plus accepter cette situation intolérable et que ‘‘les autres’’ ne sont pas prêts à bouger. Il faut en finir avec cette résignation !

Il faut que l’on sorte de notre isolement et que l’on reprenne urgemment confiance en nous, en notre force collective tout en suivant la voie que nos camarades bagagistes, de Bpost et de nombreux autres ont courageusement ouvert dernièrement. Parce que nous ne sommes pas seuls ! Parce que nous sommes nombreux à en avoir marre ! Parce que tout comme Eugène Debs, nous refusons cet ordre social, organisons-nous !

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