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Riposter à la commercialisation néolibérale de nos villes par une forte alternative de gauche!

Ces six dernières années, l’étau du néolibéralisme s’est resserré sur les villes et les communes. La logique politique dominante ne considère pas le développement des villes comme étant l’affaire de la communauté. Les communes sont sur le marché pour attirer les investisseurs. Pendant ce temps, des économies sont réalisées dans les services publics, les listes d’attente s’allongent pour les logements sociaux et les taxes augmentent pour la population en général.

Par Bart Vandersteene, article tiré de l’édition de mai de Lutte Socialiste

Cette évolution mondiale de la vente de nos villes aux investisseurs n’est pas sans entrainer de résistance. L’État espagnol a connu des campagnes de masse contre les conséquences de cette politique. À Berlin, à la mi-avril, 25.000 personnes ont manifesté contre la hausse des loyers. Six mois avant la tenue des élections locales en Belgique, la question se pose de savoir comment nous pouvons renforcer la résistance avec la plus forte opposition de gauche possible.

Ces élections auront lieu sept mois avant les législatives et auront donc une dimension nationale supplémentaire. Ce sera une répétition générale des élections fédérales, régionales et européennes de mai 2019. Les partis établis utiliseront tout dans la lutte pour garder leur électorat. Ils s’accordent en général tous sur une chose : la ville en tant que lieu de vie, de travail et de détente n’est pas l’affaire des autorités, mais des barons de l’immobilier, des spéculateurs, des riches et créatifs entrepreneurs, des promoteurs et des agences de marketing. Et tout leur est servi sur un plateau d’argent. D’où le nombre croissant de scandales concernant des accords réalisés en coulisse, la corruption et l’influence de leurs amis entrepreneurs sur les prises de décision.

Ces liens étroits avec leurs amis managers poussent les politiciens établis à s’estimer mal récompensés. Ils occupent des postes au sein de conseils d’administration, tant privés que publics, et il leur semble tout à fait normal que les fonds publics soient utilisés pour augmenter leurs salaires personnels. Leur surprise face à l’indignation générale qui suit chaque nouveau scandale montre à quel point ils sont aliénés de la grande majorité de la population.

Pour la gauche conséquente, rémunérer ses représentants politiques au salaire moyen d’un travailleur est une position de principe. Ce n’est que de cette manière que le programme peut prendre le pas sur les carrières et que les élus peuvent ressentir l’impact de leur politique.

Le développement urbain a un coûteux prix social

Jusqu’à la fin du 20e siècle, la plupart des grandes villes n’étaient pas des endroits agréables à vivre. C’était un choix conscient des forces politiques dominantes de l’époque. De grands groupes de travailleurs vivant ensemble en ville conduisaient à des mouvements socialistes et anticléricaux plus forts. Le Parti catholique et la bourgeoisie, qui se servait de la religion pour contrôler les ouvriers, voulaient délibérément maintenir les gens dans les campagnes, sous le clocher des églises. Dans les villes, les problèmes sociaux se sont accumulés et le caractère industriel ancien a été maintenu. Ce n’étaient pas immédiatement des endroits où construire des lofts de luxe. Les jeunes familles qui en avaient les moyens sont parties.

La régénération urbaine a suivi : d’abord, les fonds de la collectivité ont été utilisés pour rendre les centres urbains attractifs – avec des coupes budgétaires, des privatisations et la réduction des services à la population – et ensuite, les promoteurs ont eu carte blanche.

Vingt ans plus tard, au XXIe siècle, l’exode urbain est d’une autre nature. De nombreuses villes deviennent inabordables pour les jeunes familles, en particulier en Flandre et à Bruxelles. Les nouveaux projets offrent des appartements qui coûtent facilement 300.000 euros ou des maisons qui commencent à 400.000 euros. Au cours des 25 dernières années, les villes ont été le théâtre d’énormes déplacements sociaux : les plus pauvres sont chassés ou doivent mettre la moitié de leur modeste revenu sur table pour vivre dans de mauvaises conditions.

Le prix moyen des maisons en Belgique a quadruplé au cours des 25 dernières années alors que la valeur que nous produisons en moyenne (le PIB par habitant) n’a fait que doubler. Les jeunes familles doivent puiser dans l’épargne des générations précédentes ou s’endetter lourdement pour vivre à un niveau convenable.

Aucune amélioration n’est en vue. Les caisses sont vides pour le logement social ou l’investissement public. Dans les villes néolibérales, le gouvernement n’agit qu’en tant que régulateur de l’économie de marché, l’accent étant mis sur la maximisation des profits des investisseurs et des grands propriétaires.

Finis les beaux discours des partis établis sur le logement abordable, l’environnement, les crèches et les écoles dans les quartiers,… Les partis établis font partie de toutes les coalitions possibles. Ils ont tous eu l’occasion de démontrer que leur politique est différente. Mais ils poursuivent tous la même politique avec seulement des différences marginales.

Les caisses sont vides, pas d’investissements

Depuis 1988, les villes et les communes sont le seul niveau de gouvernance où un budget équilibré doit être présenté chaque année. Une autre règle a récemment été ajoutée : les investissements à long terme doivent également disposer d’un financement précis inscrit dans un budget pluriannuel. La camisole de force financière s’est resserrée. Cela rend impossible tout plan d’investissement ambitieux en vertu de la loi.

La libéralisation du marché de l’énergie a également fait perdre environ 200 millions d’euros par an aux communes, et notre facture énergétique n’en est pas devenue moins chère. Le holding communal, durement touché par la crise bancaire, a été dissout. Les communes ont perdu leurs dividendes annuels (52 millions d’euros en 2008). Le coût des pensions des fonctionnaires locaux statutaires est supporté par les communes, qui sont presque littéralement obligées de recruter moins de fonctionnaires statutaires, voire plus du tout.

Le financement régional des communes a également été réduit. Certaines dotations n’ont plus été indexées. En Flandre, l’impact de la réduction des taxes pour les entreprises sur les revenus des communes a été compensé, mais cette compensation de 200 millions d’euros est menacée de disparition. Le taxshift du gouvernement fédéral – une baisse des taux d’imposition sur les revenus élevés – a un impact direct sur le financement des villes et des communes, car une partie de leurs revenus repose sur l’impôt sur le revenu des habitants.

Les villes et les communes sont responsables de 40 % des investissements publics : écoles, crèches, maisons de quartier, infrastructures routières et cyclables, politique de la jeunesse, centres culturels et sportifs, etc. Bref, toutes les commodités de base de notre vie quotidienne. L’argent est toutefois épuisé et des économies sont donc réalisées sur le personnel et les services. Les investissements se font attendre, les services existants deviennent plus chers et des taxes et redevances de toutes sortes ont été introduites pour la population.

Une camisole de force financière a été érigée pour les autorités locales, à l’image de l’attitude de l’Union européenne sur les États membres. Pour que les intérêts de la population soient prioritaires, une administration locale doit briser la loi. Il nous faut une ville rebelle ou un front de communes rebelles, où les représentants élus agissent en tant que représentants d’un mouvement de rébellion.

Renforcer la gauche conséquente

En 2014, pour la première fois, le PTB a obtenu deux élus fédéraux. Il a ainsi donné une voix au Parlement à l’opposition massive au gouvernement de droite en 2014-2015 et lui a permis de peser plus fortement sur le débat public. En Wallonie, en particulier, le PTB a pu être la voix de gauche par excellence. Depuis un an et demi, il est grimpé à 15% ou plus dans les sondages en Wallonie, de 7,5% à 12% à Bruxelles et autour du seuil électoral de 5% en Flandre. C’est susceptible d’entrainer une percée majeure et des élus dans toutes les grandes villes.

En première instance, l’approche de la politique du PSL n’est pas électorale. Les changements majeurs dans la société ont toujours résulté de mouvements de masse et de luttes sociales. Mais, bien sûr, ils ne sont pas sans rapport avec la lutte politique. Le succès dans le domaine politique peut donner la confiance nécessaire pour s’engager dans la lutte sociale.

Au cours des vingt dernières années, nous avons toujours abordé les élections en essayant de voir comment combler le vide à gauche. Nous avons participé ou soutenu des listes qui avaient le potentiel d’y contribuer, comme le Comité pour une Autre Politique en 2007, ROOD ! en Flandre en 2012, la liste PC-PSL-LCR-PH à Bruxelles en 2009, le Front des Gauches en 2010 et Gauches Communes en 2012 et en 2014 à Bruxelles. Parfois, nous avons déposé notre propre liste, non pas dans l’espoir de réaliser une percée électorale, mais pour être un facteur dans le débat politique. Lors des élections de 2014, nous nous sommes présenté à Bruxelles uniquement et avons appelé à voter en faveur du PTB partout ailleurs ainis qu’à rejoindre le PSL. Chaque voix pouvait contribuer à sa percée électorale.

À cet égard, fin mai 2017, nous avons contacté le PTB pour discuter de la façon dont les membres et les sections du PSL pourraient contribuer à l’obtention du meilleur résultat possible pour les listes du PTB aux élections locales. Nous pourrions renforcer une telle campagne en déposant nos propres candidats sur les listes du PTB là où notre travail et notre implantation peuvent offrir une réelle valeur ajoutée. Malheureusement, nous avons dû attendre 11 mois avant de pouvoir prendre rendez-vous : une réunion est prévue pour début mai.

Entre-temps, nous ne sommes pas restés à attendre. Nous nous sommes préparés à deux scénarios. Soit une discussion constructive est possible et un accord est conclu pour déposer des candidats du PSL sur les listes du PTB là où nous pensons conjointement que les sections du PSL peuvent contribuer aux campagnes et aux résultats les plus forts possible. Soit nous préparons notre propre campagne dans laquelle nous appellerons dans la plupart des villes et communes à voter pour le PTB, en participant également aux élections à Saint-Gilles et à Keerbergen, avec des listes de gauche pour lesquelles nous travaillons avec d’autres.

Pour une gauche forte avec un programme et une stratégie efficaces

L’insatisfaction est grande à l’égard de la direction que prend notre société. L’appel à une alternative est clairement perceptible, il suffit de penser aux scores spectaculaires et aux campagnes de Bernie Sanders, Jeremy Corbyn ou Jean-Luc Mélenchon. Depuis l’expérience de Syriza en Grèce, il est également clair que la discussion sur le programme avec lequel nous voulons réaliser une alternative n’est pas une question secondaire.

Par conséquent, les différences entre le PSL et le PTB sur ce programme ne sont pas un détail dans la marge. C’est pourquoi nous continuons à bâtir notre propre organisation, avec nos propres sections, nos membres, nos tracts et nos campagnes.

Pour la grande majorité de la population, les différences entre les deux partis sont très minces. Et dans le domaine électoral, en ce qui nous concerne, ces différences ne sont en effet pas un argument suffisant pour ne pas parvenir à une coopération.

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