Luttons pour nos pensions !

Si nous fêtons le premier mai aujourd’hui encore, c’est parce que cette journée de lutte commémore la force de la classe ouvrière et a entrainé des conquêtes sociales. Il est dans de nombreux cas difficile de le voir avec des fêtes ou des manifestations dociles, mais le Premier Mai est le symbole de la journée internationale de lutte pour les 8 heures. C’est la menace des mouvements révolutionnaires par en bas qui a arraché des réformes par en-haut. La Belgique ne fait pas défaut : c’est la vague de protestations consécutive à la première guerre mondiale qui nous a livré la journée des 8 heures. Cette guerre avait ouvert la voie à la révolution russe, une rupture anticapitaliste à laquelle la révolution allemande a fait écho il y a tout juste un siècle. En Belgique, les rangs des syndicats grossissaient et le suffrage universel masculin fut octroyé, de même que la journée des 8 heures. Il a fallu lutter, mais nous avons gagné !

Tout cela semble bien lointain. Quand avons-nous encore gagné quelque chose et arraché de nouvelles conquêtes ? La plupart des mouvements ont un caractère défensif, pour préserver d’anciens acquis. Prenons les pensions par exemple. Nous devons nous battre contre la propagande mensongère du patronat et leurs représentants politiques. L’efficacité de ces derniers est reflétée par la concentration accrue des richesses au sommet de la société. Des rapports d’Oxfam, nous savons qu’une poignée d’individus possèdent plus que la moitié la plus pauvre de la population mondiale. Et cette tendance continue. Les revenus des CEO d’entreprises du Bel20 ont augmenté de 20% l’an dernier. Dans ces sphères-là, la norme salariale, ça n’existe pas… Cette récompense accompagnait l’augmentation des bénéfices de ces entreprises de 7 milliards d’euros.

C’est cette chasse aux profits qui est responsable des attaques contre nos pensions, pas notre espérance de vie. Mais un bon mensonge contient un élément de vérité. Nous vivons plus longtemps, c’est vrai. Et le financement de notre sécurité sociale, et donc de nos pensions, pose problème, c’est tout à fait vrai aussi. Le patronat instrumentalise ces faits pour nous en faire porter la responsabilité : refuser de réformer notre système de pension serait un désastre pour les générations futures. Cette propagande ment par omission. Elle oublie de préciser que notre productivité a augmenté de 14% entre 2000 et 2016 alors que nos salaires n’ont augmenté que de 7%. L’autre moitié a disparu dans les poches du patronat. Le revers de la médaille, c’est le spectaculaire envol du nombre de burnouts, de maladies liées au stress et de personnes qui arrêtent de travailler pour cause de maladie. Voilà qui permet de comprendre pourquoi, en dépit d’une espérance de vie en hausse, nous ne vivons en bonne santé que jusque 64 ans en moyenne. Cela non plus, la propagande patronale ne nous le dit pas.

Dans ce système capitaliste, c’est la soif de profits qui règne en maître. C’est la raison pour laquelle le financement des pensions pose problème. C’est aussi pour cela que sont ignorées des revendications parfaitement évidentes – une pension minimum de 1.500 euros équivalente à 75% du salaire au lieu des 60% actuels, le retrait des mesures visant à l’allongement de la durée des carrières et des attaques sur la prépension, le maintien des périodes assimilées, l’augmentation des pensions du privé au niveau de celles du public,…

Tout cela est pourtant nécessaire : avec 882 euros (pour les femmes) et 1.181 euros (pour les hommes) par mois en moyenne, nos aînés sont condamnés à la pauvreté. Disposer d’une pension digne est absolument envisageable, mais pas sans défier les bénéfices des grandes entreprises. Le combat sera ardu. Il nous faut le mener de la manière la plus efficace : en impliquant un maximum de collègues dans l’organisation d’actions crescendo et leur mise en pratique, en construisant de plus forts instruments politiques pour les travailleurs (la politique néolibérale des partis ‘‘partenaires’’ des syndicats affaiblit notre résistance et a plongé la social-démocratie dans une crise historique) en élaborant nos politiques alternatives et en ayant l’objectif de rompre avec ce système.

La bataille pour une pension digne et un travail soutenable vient seulement de commencer. À l’époque, la journée des 8 heures était tout aussi impossible et impayable, jusqu’au moment où la lutte est devenue mondiale. Adoptons une approche combative couplée à la perspective d’une victoire. La journée d’action nationale du 16 mai ne doit pas être la fin mais le début d’une nouvelle lutte offensive tant sur le terrain social que politique !

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