Home / Edito - à la une / Le PTB, futur moteur de mouvements de masse ?

Le PTB, futur moteur de mouvements de masse ?

Peter Mertens, président du PTB

Même s’il ne s’agit encore que de sondages, le PTB/PvdA se trouve à l’aube d’une percée électorale historique. Un nouveau vent de gauche conséquente souffle enfin sur la Belgique. A l’échelle internationale, ce vent nouveau prend de l’ampleur depuis la grande récession de 2008, le détricotage de nos conquêtes sociales par les partis traditionnels ainsi que l’incapacité du capitalisme à promettre autre chose que des crises économiques, sociales, environnementales et humanitaires.

Par Ben (Charleroi), article tiré de l’édition d’été de Lutte Socialiste

Avec une approche large et ouverte, et sur base d’un programme réformiste de gauche radicale peut-être parmi les plus aboutis du moment, le mouvement qu’est la France Insoumise s’est rapidement construit un soutien, atteignant les 540.000 adhérents en un peu plus d’un an. Le Labour britannique, suite à l’élection de Jeremy Corbyn à sa direction sur base d’un programme anti-austérité, a été complètement transformé dans sa composition sociale. De moins de 200.000 membres en 2015, il est passé à 800.000 membres aujourd’hui de par l’afflux massif de gens ordinaires, principalement issus de la jeunesse, qui ont vu une opportunité de se débarrasser des blairistes (les partisans de Tony Blair) et de lutter pour un programme de gauche véritable. A l’échelle de la Belgique, une progression comparable équivaudrait à rassembler 90.000 personnes. Dans le contexte politique favorable au renouveau politique de gauche, il est tout à fait possible de construire une telle organisation/mouvement de masse voire d’aller beaucoup plus loin quand on sait l’implantation populaire qu’ont les syndicats dans notre pays.

Le PTB pourrait jouer ce rôle moteur de reconstruction de la gauche politique. Mais pour atteindre un décuplement des forces militantes de gauche véritable, une dynamique plus ouverte sera nécessaire, faite de campagnes ciblées mais aussi de débats larges et publics sur le programme, les stratégies et les tactiques. De tels débats pourraient préparer les électeurs, électeurs potentiels, sympathisants et la population en général à la question de la prise du pouvoir, à comment y parvenir, à la riposte de l’establishment à laquelle il faut s’attendre et à la façon dont nous aurons à répliquer. Pour devenir massive, une telle dynamique nécessite peut-être de lâcher prise, de perdre un peu de contrôle au profit d’initiatives spontanées.

En France, nous avons activement contribué à la campagne de la France Insoumise. Au Royaume-Uni, nous avons défendu le programme de gauche de Jeremy Corbyn. Nous avons fait de même dans de nombreux pays où s’est levé un nouveau vent de gauche, comme aux Etats-Unis avec Bernie Sanders. Nous comptons faire de même en Belgique avec le PTB. De nouvelles victoires pour le PTB seraient des victoires pour l’ensemble de la gauche en Belgique.

Mais tout en soutenant ces dynamiques, nous continuerons d’avertir des dangers d’un programme qui laisse la gestion et le contrôle des secteurs clés de l’économie au secteur privé et à la logique de concurrence. L’histoire ancienne comme récente des gouvernements réformistes de gauche a systématiquement montré que ceux-ci sont très vite placés devant le choix de plier face aux attaques de la classe capitaliste ou d’adopter des mesures de plus en plus considérables. S’y préparer n’est pas un luxe, mais une nécessité.

Le seul chemin permettant de s’assurer que l’économie ne fait pas face à une grève du capital, à de la spéculation boursière et monétaire, ou même à d’autres actes encore plus directs de sabotage et de déstabilisation économiques, ce serait qu’un gouvernement socialiste reprenne sous propriété collective les principaux moyens de production, de distribution et d’échange. Rien qu’en débutant avec l’ensemble des plus grandes entreprises du pays et en établissant un monopole sur le commerce extérieur, un gouvernement socialiste pourrait commencer à organiser l’économie de manière planifiée sous le contrôle et la gestion démocratique des travailleurs.

Nos tâches immédiates

Bien sûr, un gouvernement des travailleurs n’est pas encore d’actualité en Belgique, il reste encore du chemin à parcourir. Ce chemin ne sera pas linéaire, les hauts et les bas, ainsi que les divers scénarios possibles dépendront de nombreux facteurs, comme par exemple le PS, qui bien qu’en pleine crise ne s’avoue pas encore vaincu. Cela dépendra aussi de l’attitude des syndicats et de l’ampleur de la pression de leur base pour couper les liens avec les partis traditionnels.

Mais cela dépendra beaucoup de l’attitude du PTB lui-même. C’est une nouvelle période qui s’ouvre avec d’énormes possibilités pour les classes populaires et le PTB sera mis sous pression pour participer au pouvoir. Si la pire erreur serait de vouloir collaborer avec des partis qui appliquent l’austérité, il ne faudrait pas non plus que le PTB soit jugé responsable de l’instauration de coalitions de droite après les prochaines élections, qu’elles soient communales ou régionales.

Une bonne partie de l’immense potentiel dont dispose le PTB et l’ensemble de la gauche politique, syndicale et associative dépendra de la manière dont le PTB acceptera d’être le moteur d’un mouvement de classe large, ouvert et démocratique – une sorte de front unique regroupant les membres du PTB et des non-membres autour d’objectifs communs – ou s’il préférera garder son attitude de contrôle strict qui risque de jouer un rôle de frein. Tout dépendra aussi de l’approche politique du PTB. Le parti s’efforcera-t-il essentiellement de devenir acceptable face aux partenaires de coalition à venir ou alors décidera-t-il de défendre avec audace une alternative combative reposant sur les intérêts de la majorité de la population en expliquant clairement que cette alternative s’appelle le socialisme ?