La percée électorale du PTB place ce parti face à d’énormes défis

Si des élections devaient avoir lieu aujourd’hui, le PTB serait le deuxième parti en Wallonie, tout juste derrière le MR mais devant les sociaux-démocrates du PS. A Bruxelles, le parti deviendrait la troisième force avec une large avance sur Ecolo, Défi (l’ex-FDF) et les chrétiens-démocrates du CDH. En Flandre, le PTB franchirait le seuil électoral et obtiendrait trois sièges. Au total, le parti aurait donc pas moins de 16 sièges.

Par Eric Byl, article tiré de l’édition de mai de Lutte Socialiste

Le spectre de la pasokisation doit empêcher quelques pontes du parti de dormir… Avec des résultats comparables aux élections régionales, le PTB obtiendrait pas mal de parlementaires supplémentaires. Cela signifie des centaines d’assistants pour les parlementaires et la fraction au Parlement ainsi qu’un afflux financier phénoménal pour le parti qui permettra sans doute de disposer de dizaines de permanents en plus. Aux élections communales, cela signifierait l’arrivée de centaines d’élus. Ce ne sont évidemment que des sondages, mais tout indique que le PTB réalise une percée historique.

La social-démocratie ne doit s’en prendre qu’à elle-même

Ce développement n’est pas dû au hasard. Il s’agit d’une tendance internationale. L’autrefois si puissant PASOK grec est complètement débordé par Syriza. En Espagne, Podemos a dépassé le PSOE social-démocrate. Au Portugal, le bloc de gauche et le parti communiste talonnent la social-démocratie. Aux Pays-Bas, le social-démocrate PvdA a été rayé de la carte aux récentes élections et se retrouve loin derrière le Socialistische Partij, plus radical. En Allemagne, le SPD doit compter avec Die Linke sur son flanc gauche. Le Labour britannique a bien connu une résurgence avec l’élection de Jeremy Corbyn à sa présidence, mais il doit subir plus d’attaques de la part de l’aile droite du Labour que des Tories. En France, Mélenchon ne fut qu’à un pas du second tour des élections présidentielles et le candidat officiel du PS est tombé sous les 7%.

La social-démocratie ne doit s’en prendre qu’à elle-même. Des dizaines d’années de politiques de casse néolibérale, le fait de regarder l’électorat traditionnel de haut, d’attirer des parvenus qui ne visent que des carrières rapides, de se débarrasser de l’idéologie socialiste, d’être impliqué dans de nombreuses affaires, avec des dirigeants de parti qui gagnent un tas d’argent,… Tout ça a finalement sapé le mouvement. Ces mêmes dirigeants peuvent prétendre que les programmes de Corbyn, Mélenchon ou du PTB nous conduisent droit à l’abîme économique, la grande majorité des gens n’a cure de cet argument. Sont-ils à ce point éloignés du monde qu’ils n’ont même pas conscience que beaucoup d’entre nous sont déjà dans l’abîme, bien loin de la petite vie luxueuse à laquelle ces élus estiment avoir droit ?

Percée du PTB

Le PTB s’enorgueillit d’envoyer au parlement des représentants qui vivent du salaire d’un simple ouvrier. On les voit sur des piquets de grève, aux actions pacifistes, aux manifestations et actions de quartier. Le PTB est et veut rester un parti populaire. Au lieu de négliger ses sections, il essaie de les construire et d’être présent sur le terrain. Il sensibilise, mobilise et organise, ce que la social-démocratie a hélas abandonné depuis des années déjà. Au lieu de sortir des mesures incompréhensibles qui sont toujours tellement pondérées qu’elles se retournent contre les gens, le PTB propose des mesures concrètes liées à l’action sociale, à ses maisons médicales et à sa fraction parlementaire qui fait entendre la voix du commun des mortels au Parlement et dans les débats politiques.

Au lieu de reprocher aux gens d’être de droite, de suivre les nationalistes et les partis qui prônent l’ordre et la loi, le PTB met l’accent sur la solidarité. Il veut impliquer son élu à Liège, parfait bilingue, pour s’opposer à la droite en Flandre, de la même façon que la social-démocratie a jadis fait élire des Flamands en Wallonie ! Les prédécesseurs du PSL ont été actifs pendant des années au SP et y ont représenté son aile marxiste. La base nous considérait comme des militants très actifs et idéologiquement aguerris, la direction comme des infiltrés qu’il fallait éjecter. Mais qui sont les vrais infiltrés ? Ceux qui ont utilisé le mouvement pour s’enrichir !

Aujourd’hui encore, le PSL sera aux côtés du mouvement des travailleurs pour renforcer ce qu’il considère être un instrument pour défendre ses droits. Nous voulons oeuvrer à ce que ces sondages en faveur du PTB deviennent réalité, de préférence de manière encore plus éclatante, lors des élections communales de 2018 et des élections régionales, nationales et européennes de 2019. Mais, tout comme à l’époque du SP, nous continuerons à avertir, même de l’extérieur, des pièges à éviter et des faiblesses à surmonter tout en construisant notre propre courant. Les gens ne votent pas pour le PTB juste pour quelques mesures concrètes. Ils le font parce qu’ils veulent rompre avec la politique néolibérale de casse sociale qui creuse tellement le fossé entre pauvres et riches que cela en devient insupportable. C’est impossible sans une confrontation avec l’ensemble du système capitaliste.

Rompre avec le capitalisme

Les marges pour mener une autre politique se restreignent de plus en plus aujourd’hui. N’importe quelle majorité, qu’elle soit locale, régionale ou nationale, qui voudrait mettre fin à la casse sociale se trouvera face à un mur d’opposition de la part des patrons et de l’establishment. Ils mettront l’économie financièrement à sec, comme ils l’ont fait en Grèce avec Tsipras. Tsipras avait pris des ‘‘mesures concrètes’’ telles que le relèvement des salaires minimum, le rétablissement du treizième mois pour les pensionnés, l’arrêt des licenciements de fonctionnaires et de la privatisation de l’entreprise énergétique. Mais pour s’opposer à l’establishment, des ‘‘mesures concrètes’’ ne suffisaient pas. Cela exigeait des interventions socialistes comme la nationalisation du secteur financier et des secteurs clé de l’économie, un monopole sur le commerce extérieur et un appel au mouvement ouvrier international pour soutenir le gouvernement de gauche par la mobilisation. Aujourd’hui, Tsipras applique un quatrième mémorandum austéritaire encore plus féroce que les précédents.

Le PTB veut sensibiliser, mobiliser et organiser, mais le mouvement ouvrier grec était mobilisé, sensibilisé et organisé, surtout dans la période précédant le référendum sur le troisième mémorandum. Les syndicats mobilisent aussi mais, trop souvent, ils baissent encore le ton à la première confrontation sérieuse. Celui qui veut affronter le système capitaliste doit aller plus loin : en préparant dès maintenant les électeurs, les électeurs potentiels et les sympathisants en discutant ouvertement et démocratiquement avec eux de la stratégie, des tactiques et du programme nécessaires. Les opposants l’entendront aussi, mais cela ne pèse pas face à l’énorme avantage de puiser ses forces dans la réelle participation consciente de milliers de militants capable de convaincre et de mobiliser d’autres personnes dans les syndicats,es groupes d’action, les entreprises, les quartiers, les universités et les écoles.

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