Ceux qui se sentent plus en sécurité maintenant se font des illusions

Un an après les attentats de Paris

Ce titre comporte une faute en parlant de ‘‘politique de sécurité’’. C’est à peine s’il y en a une en Belgique…

Par Anja Deschoemacker

Le nombre de personnes qui décèdent sur les routes ou des conséquences de la pollution de l’air (qui cause encore plus de victimes) n’a toujours pas poussé le gouvernement à abandonner sa politique de subvention aux voitures de société pour assurer la primauté des transports publics. En dépit des incidents en série que connaissent les centrales nucléaires belges, les autorités n’estiment pas utile de taper sur les doigts d’Electrabel, même symboliquement. Le dernier rebondissement en date est un rapport du Comité stratégique de l’Agence fédérale pour la sécurité nucléaire (AFCN) concernant des risques informatiques précédemment niés par le gouvernement ! Toute la ‘‘politique de sécurité’’ est réduite à ce dont se vante le gouvernement: la lutte contre le terrorisme. En même là, il se vante à tort !

Le journaliste Bart Brinckman a écrit un article consacré aux ‘‘trous dans la culture de sécurité’’ dans l’édition du De Standaard du 12 novembre : ‘‘Le gouvernement a, en gros, comblé les trous de trois manières. Plus d’argent a été alloué aux divers services, le législatif a accordé plus de force de frappe à la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme et, ensuite, quelques placébos ont calmé l’opinion publique : des paras dans la rue, des détecteurs de métal sur les festivals, des contrôles supplémentaires aux aéroports.’’

Les dernières mesures mentionnées sont effectivement des placébos. Cela n’aurait pas évité les attentats de Zaventem et de Maelbeek en mars dernier. Mais il faut être d’un optimiste aveugle pour croire que cette liste a comblé les réels ‘‘trous dans la culture de sécurité’’.

“Plus d’argent alloué aux divers services’’ ? On va embaucher de nouveaux agents de police. C’est promis. Mais l’on a promis de même aux agents pénitentiaires des années durant sans qu’ils n’en aient rien vu ! Ils ont finalement dû apprendre à ‘‘travailler d’une autre façon’’. Dans les cénacles gouvernementaux, la discussion bat son plein au sujet de la sous-traitance de certaines tâches de la police à des entreprises privées de gardiennage. Les militaires ont, eux, été remerciés de leurs innombrables heures supplémentaires prestées ces derniers mois avec l’augmentation de l’âge de leur pension ! C’est pourquoi la participation à leur manifestation du 15 novembre fut massive. Tous les services publics sont sous-financés depuis plus de 30 ans déjà, y compris les matières relatives à la sécurité ; et cette néfaste dynamique se poursuit. Dans le meilleur des cas, les mesures du gouvernement ont l’effet d’une goutte d’eau sur une pierre brûlante.

“Le législatif” a-t-il donné plus de force de frappe ‘‘à la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme’’ ? Les forces de sécurité ont vu disparaître de vieilles limitations de leurs possibilités d’action, c’est vrai. Quant à savoir si cela sera de nature à contrer le terrorisme et l’extrémisme… Rien n’est moins sûr. Bart Brinckman fait gentiment remarquer que le gouvernement doit aussi investir dans la prévention, dans ‘‘les travailleurs de quartier, les enseignants, les parents, les coachs sportifs ou les assistants sociaux’’. Le gouvernement ne s’est pas contenté de refuser d’y consacrer de l’argent : il y a appliqué des coupes budgétaires et d’autres sont encore à venir ! Parallèlement, la Belgique continue d’être embourbée dans des guerres telles que celle de Syrie, un terreau fertile pour le terrorisme et l’extrémisme.

Le gouvernement – certainement des personnalités telles que Jan Jambon, Théo Francken ou Jan Bourgeois et ses 200 jeunes qui protestaient contre l’arrestation d’Abdeslam (selon les journalistes, ils étaient 20 au maximum et ils protestaient contre une nouvelle razzia dans leur quartier) – met en danger notre sécurité sur un autre plan encore. Au lieu de donner de bonnes perspectives d’avenir aux jeunes des communautés issues de l’immigration, ces derniers sont plus que jamais stigmatisés et discriminés. Et cette fois, ce n’est pas à cause du Vlaams Belang, c’est le gouvernement lui-même qui s’en charge. La réponse de la bande à Michel face à l’exclusion de la société occidentale c’est… encore plus d’exclusion. Cela revient à passer la serpillière quand le robinet est grand ouvert.

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