Vers une Union Européenne verte ?

L’actuel président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso, avait déclaré en 2007 au Financial Times Deutschland : «Les Etats-Unis se reposent beaucoup sur les mécanismes du marché dans la lutte contre le changement climatique et ils ont raison. Cependant, les mécanismes du marché ne fonctionnent que lorsque des objectifs contraignants ont été fixés». Voilà la « logique » qui a conduit au plan d’action de la Commission européenne contre le réchauffement climatique. Youpie ?

Nicolas Croes

Ce plan, décidé en mars 2007 comprend quatre objectifs principaux à atteindre d’ici 2020: réduire de 20% des émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport à 1990, augmenter à 20% la part d’énergies renouvelables dans la production d’énergie, alimenter les transports avec 10% de « biocarburants durables » et enfin réaliser des économies d’énergie de l’ordre de 20%.

Il faut tout d’abord rappeler que les scientifiques estiment qu’une réduction de 80% des émissions mondiales de GES des pays industrialisés serait nécessaire UNIQUEMENT pour contenir le réchauffement à 2%. Et on ne parle pas encore des émissions de pays comme la Chine ou l’Inde… Ni de l’échec flagrant de la campagne destinée à atteindre les précédents objectifs de réduction. Ensuite, les « biocarburants » ont un impact extrêmement néfaste en termes de déforestation, d’augmentation des prix de l’alimentation, d’exploitation effrénée des sols,… sans parler de leur faible impact sur les émissions de GES. Enfin, au chapitre des mesures contraignantes, il sera possible en cas de non respect des objectifs de consommation d’énergie renouvelable d’acheter des « certificats de garantie d’origine » à d’autres pays. Sinon quoi ? Mystère…

Le coût de ces mesures est estimé par Barroso à 60 milliards d’euros par an en 2020. C’est très peu au regard de ce qui risque de devoir être payé si rien n’est fait. C’est largement insuffisant aussi, mais cela n’empêche pas l’indignation de ceux que l’on appelle pudiquement des « capitaines d’industries ». De fait, il semblerait que le lobbying de la grande industrie sur le président de la Commission européenne n’ait jamais été aussi puissant.

«Les nouveaux objectifs de réduction élevés (…) affaibliront la compétitivité de l’Europe dans le monde sans avoir de véritables effets sur la protection de l’environnement» a indiqué le Conseil européen de l’industrie chimique (CEFIC), rejoint par l’Union des industries de la communauté européenne (BusinessEurope).

Patrons et actionnaires n’ont pourtant pas trop à s’inquiéter. Le plan de l’UE a surtout comme objectif de tenter de limiter la dépendance de l’Europe des 27 à l’égard de fournisseurs étrangers face aux prix élevés du pétrole et du gaz tout en jetant de la poudre aux yeux de la population. Mais leurs critiques sont fondées. Tant que l’on restera bloqué dans la logique d’un système où la première entreprise à être un peu moins compétitive se fait flinguer par les autres, ces arguments continueront à avoir une base. Surtout à l’aurore d’une grave crise économique…

Et si on parle surtout du réchauffement climatique, n’oublions pas que ce n’est qu’un des symptômes du cancer qui ronge la planète. Pollution des océans (dont seulement 4% sont encore intacts à travers le monde), empoisonnement graduel de la chaîne alimentaire,… Le système de production actuel cause de violents problèmes partout où il passe. Ne limitons pas notre durée de vie à tenter de changer le système, changeons DE système.

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