Coronavirus : marchés boursiers en chute libre et craintes d’une nouvelle récession

Le plus grand effondrement du marché depuis la crise de 2008

Per Olsson, Rättvisepartiet Socialisterna, section suédoise d’Alternative Socialiste Internationale. Article initialement publié le 10 mars.

L’effondrement des bourses qui s’est produit lundi 9 mars a été le plus important depuis le début de la crise du capitalisme mondial en 2008. La chute de la bourse des États-Unis à l’heure d’ouverture a été si sévère qu’elle a entrainé un arrêt technique des échanges après seulement cinq minutes.

Cet effondrement des marchés boursiers mondiaux a été provoqué non seulement par la perte de production et la stagnation de la croissance causées par l’épidémie de coronavirus, mais aussi par une nouvelle menace : un nouveau conflit portant sur le cours du pétrole.

Ce conflit s’est déclaré après que l’Arabie saoudite a baissé le prix de son pétrole en guise de réponse au refus de la Russie de convenir d’une réduction de la production. Lundi, le cours du pétrole a atteint son niveau le plus bas depuis la première guerre du Golfe, en 1991.

Tout semble indiquer que les effets du krach boursier de lundi et de ceux qui se sont produits dans les jours et les semaines qui ont précédé ne sont pas des phénomènes temporaires. Il s’agit de la tempête parfaite, qui présage de nouvelles tempêtes dans le futur proche.

« L’effondrement du cours du pétrole et la réduction de la demande suscitée par l’épidémie de coronavirus créent un cocktail toxique ; si le marché chute de façon si brutale à présent, c’est en raison de la crainte d’une récession mondiale », a déclaré ce lundi Mme Johanna Kull, économiste chez Avanza.

L’économie mondiale est aujourd’hui plus faible qu’au début de la crise de 2007-2009, laquelle a eu pour conséquence la guerre commerciale, une hausse massive des montagnes de dettes, et des déséquilibres.

Même avant la propagation mortelle du virus, la croissance économique en Chine avait déjà ralenti (l’année dernière, l’économie chinoise a connu une croissance de 6,1 %, soit le taux de croissance le plus faible depuis 29 ans) et plusieurs pays étaient au bord de la récession. Le commerce mondial avait également déjà cessé de croitre à la fin de l’année dernière.

Craignant de voir la baisse de l’activité économique (particulièrement prononcée dans l’industrie) se propager aux marchés financiers, les gouvernements et les banques centrales ont ressuscité leurs mesures de « relance ciblée », qui se sont traduites par un retour de la politique monétaire d’« assouplissement quantitatif » : une baisse des taux d’intérêt et d’autres mesures destinées à garantir l’accès des marchés financiers à des prêts bon marché. Cette politique a temporairement joué le rôle de « lubrifiant » pour les cours des actions et pour les profits, même si l’effet sur l’économie réelle en a été extrêmement limité.

Mais lorsque le coronavirus a commencé à se propager et que l’économie chinoise, la deuxième au monde (et bientôt la première), a été mise à l’arrêt, toutes les tendances à la crise déjà présentes se sont renforcées. Depuis le début de l’année, l’économie chinoise est au point mort. Pris de panique, le régime chinois et les capitalistes de ce pays ont maintenant commencé à prendre des mesures visant à lever l’état d’urgence pour forcer les travailleurs à retourner sur leur lieu de travail, malgré le risque de contagion persistant. Ce retour au travail forcé pourrait rapidement engendrer une catastrophe humaine et une crise économique encore plus graves.

Dans son pronostic du 2 mars, l’OCDE écrivait : « La contraction de la production en Chine se ressent dans le monde entier, mettant en évidence le rôle de plus en plus crucial que joue la Chine dans les chaines d’approvisionnement, les voyages et les marchés de denrées de base mondiaux ». L’institution met également en garde contre ce phénomène : « Une épidémie de coronavirus plus durable et plus intense, qui se propagerait à une grande échelle dans la région Asie-Pacifique, en Europe et en Amérique du Nord, affaiblirait considérablement les perspectives économiques. Dans ce cas, la croissance mondiale pourrait tomber à 1,5 % en 2020, soit la moitié du taux prévu avant l’apparition de ce virus ».

Les exportations de la Chine ont chuté de façon spectaculaire au cours des deux premiers mois de l’année, ce qui, au vu de son important déficit commercial, envoie au régime le signal que « la situation va s’aggraver », comme l’a écrit le South China Morning Post le 9 mars.

Le fait que la bourse de Wall Street n’ait pas connu la moindre hausse la semaine dernière malgré la réduction de 50 points de son taux directeur par la Réserve fédérale américaine reflète à la fois le pessimisme et les inquiétudes de l’élite capitaliste qui estime que même le « marché » ne fait pas très confiance à la diminution des taux d’intérêt.

Comme l’écrivait M. Andreas C?ervenka dans Dagens Industri le 3 mars, « L’inquiétude des marchés concernant le coronavirus rappelle les semaines qui ont suivi le crash de la banque Lehman : la seule chose qui est certaine, c’est que rien ne l’est. Partout règnent les suppositions et les rumeurs. La différence par rapport à 2008 est que l’économie mondiale affronte aujourd’hui cette nouvelle crise en partant déjà d’une position de faiblesse. Et les mesures de relance ne semblent guère gêner le virus ».

Cependant, les autres banques centrales vont suivre la tendance ; tandis qu’au même moment, les gouvernements sont prêts à dépenser des sommes vertigineuses pour mettre le capitalisme et les capitalistes à l’abri du danger. Cela pourrait éventuellement ralentir le cours de la crise, surtout si ces mesures de relance sont accompagnées d’autres plus globales, sous la forme d’investissements dans les infrastructures, de programmes pour l’emploi et autres. Mais même ces efforts ne pourront éviter la persistance de la stagnation ou donner au capitalisme la stabilité nécessaire pour éviter de nouvelles crises économiques et politiques.

Sur un large front, tous les pronostics économiques sont maintenant revus à la baisse. D’après Bloomberg Economics, l’économie chinoise ne devrait croitre que de 1,2 % au premier trimestre 2020 par rapport à l’année précédente, soit la plus faible croissance jamais enregistrée. Mais sans reprise rapide en mars, même cette prévision pourrait s’avérer optimiste.

Le capitalisme chinois est le principal moteur de croissance du capitalisme mondial depuis la crise de 2008-2009 et personne ne peut le remplacer, surtout maintenant que le capitalisme états-unien se développe également plus faiblement que prévu, que le Japon et la Corée du Sud sont déjà en récession, et que la croissance dans la zone euro risque d’être négative pour le premier semestre de cette année.

Pour les travailleurs et les jeunes, il est nécessaire de se préparer politiquement et rapidement aux périodes de turbulences qui nous attendent. D’abord et avant tout, en reprenant la lutte contre le mélange toxique formé par le capitalisme, la politique droitière et l’épidémie. Nous devons exiger une protection et des mesures préventives contre le coronavirus, une indemnisation complète pour tous ceux qui ne peuvent se rendre au travail totalement ou partiellement, des soins médicaux gratuits, une assurance maladie générale et une expansion rapide des soins de santé publique, des fonds pour le développement de vaccins ainsi que l’amélioration des conditions des travailleurs de la santé, le droit de travailler à domicile et la fermeture immédiate de tous les environnements à risque.

Une nouvelle récession mondiale, venant s’ajouter à une décennie perdue d’austérité et de stagnation, soulignera encore davantage, aux yeux de millions de personnes, la faillite du système capitaliste et la nécessité d’une alternative socialiste permettant d’assurer la solidarité internationale et la planification démocratique de l’économie pour répondre aux besoins de la population et de la planète.

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