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Nous exigeons notre part du gâteau : un meilleur salaire minimum, maintenant !

Aux USA, la lutte pour un salaire minimal a connu un développement massif.

Lors du congrès fédéral de la FGTB qui s’est tenu fin mai, les revendications offensives tenaient le haut du pavé : un salaire minimum de 14 euros par heure, une pension minimum de 1500 euros par mois et une réduction collective du temps de travail. L’obtention de ces exigences constituerait un énorme pas en avant pour des centaines de milliers de travailleurs et leurs familles. N’en restons pas aux mots : il nous faut une campagne offensive et un calendrier d’actions. Questions/réponses sur le salaire minimum.

Par Geert Cool

Pourquoi augmenter le salaire minimum à 14 euros par heure ?

Alors qu’auparavant, jamais autant de richesses n’ont été concentrées chez une si petite élite, les couches plus larges de la population éprouvent nombre de difficultés pour joindre les deux bouts. Tout devient plus cher: le logement, les transports, les loisirs, les crèches, les soins aux aînés, etc. Tout augmente, sauf nos salaires. Entre 2000 et 2016, notre productivité a en moyenne augmenté de 14% alors que les salaires n’ont augmenté que de 7%. La pression augmente au travail, mais sans les revenus qui y correspondent. Ou ces messieurs-dames de la haute société pensent-ils vraiment qu’ils sont les seuls à travailler durement ? Qu’ils échangent leurs costumes avec les vêtements d’un ouvrier d’usine, d’un employé de supermarché ou d’une infirmière pour quelques semaines !

Nous travaillons plus intensément; disposer d’un meilleur salaire n’est que justice. L’augmentation du salaire minimum à 14 euros de l’heure mettrait un terme à la propagation du virus des bas salaires. Il s’agit d’une mesure concrète contre la pauvreté. Cela instaurerait de plus une pression pour une tendance générale à la hausse des salaires. Un salaire minimum de 14 euros par heure représente un salaire mensuel net de 1.700 euros en tant que travailleur à temps plein. Cela permet de joindre les deux bouts.

Un revenu de base ne serait-il pas une meilleure alternative ?

Cette proposition d’un revenu de base part du constat correct que, pour beaucoup, les fins de mois sont difficiles et que de plus en plus de gens sont laissés pour compte. Le problème, cependant, n’est pas tant le système de travail salarié que la répartition des richesses. Si, sur la base des ressources dont disposent actuellement les travailleurs ordinaires, nous accordons à chacun un montant de base mensuel fixe, il serait très bas et pourrait également porter atteinte à la sécurité sociale (celle-ci est désormais financée par des cotisations sur nos salaires). Avec un revenu de base de 500 euros ou 600 euros par mois, la pauvreté ne fera qu’augmenter.

Obtenir un montant plus élevé exige de se battre pour une autre redistribution des ressources. La meilleure façon de mener cette bataille est d’utiliser notre place dans le processus de production : ce sont les travailleurs qui créent la richesse par leur travail, et les travailleurs peuvent donc toucher l’élite en cessant le travail. Le lien entre la richesse et le travail est essentiel ; desserrer ce lien avec un revenu de base n’aidera pas notre lutte.

En optant pour un salaire minimum de 14 euros par heure, une pension minimum de 1.500 euros et une allocation de chômage minimum de 1.200 euros, tout le monde sera au-dessus du seuil de pauvreté. Dans ce cas, il n’y aura pas besoin d’un nouveau système tel qu’un revenu de base.

D’autres revendications, autour des heures de travail notamment, ne sont-elles pas plus importantes ?

Notre approche démarre de ce qui est nécessaire pour les travailleurs et leurs familles, ce qui comprend diverses mesures qui ne peuvent être considérées isolément les unes des autres. Un salaire minimum plus élevé n’est pas suffisant en soi pour obtenir un travail et une vie de qualité. Cela exige une réduction efficace de la pression du travail en répartissant le travail disponible entre ceux qui peuvent travailler. Une réduction générale du temps de travail sans perte de salaire et avec embauche supplémentaire est donc nécessaire. Nous avons aussi besoin de davantage d’investissements publics dans les services publics, tels que l’éducation, les soins de santé, le logement social, etc. et il faut également augmenter les prestations et les allocations sociales.

En fixant un montant pour certaines revendications, comme un salaire minimum de 14 euros par heure, le programme devient plus concret et il est plus facile de mener une campagne d’information et de mobilisation plus large.

Est-il possible d’obtenir 14 euros par heure ?

Les huit personnes les plus riches au monde possèdent plus que la moitié la plus pauvre de la population mondiale. Voilà qui réfute tous les arguments sur le caractère inabordable des revendications sociales.

En Amérique du Nord, dans de nombreuses villes et régions, des luttes concrètes menées sur le terrain ont imposé un salaire minimum de 15 dollars de l’heure. Seattle a été la première grande ville où cela s’est produit. Cette mesure s’est traduite par un transfert de 3 milliards de dollars des riches vers les pauvres. Cela n’a pas entraîné de pertes d’emplois : au cours de la première année suivant l’introduction de la mesure, il y a eu une augmentation du nombre d’emplois de 2,5 % et le salaire moyen dans la ville a augmenté de 3,5 %. Ces chiffres étaient supérieurs à la moyenne nationale.

Il est possible d’arracher de meilleurs salaires. Ce combat doit être mené tant sur la scène syndicale que sur la scène politique. C’est ainsi que, dans le passé, la journée des 8 heures et le système de sécurité sociale ont été obtenus. Les capitalistes ne feront de concessions que s’ils ne voient pas d’autre moyen d’arrêter ou de ralentir un mouvement social croissant et radical en faveur d’un changement social. C’est la menace de la révolution qui a ouvert la voie aux congés payés ou à l’octroi du suffrage universel. La lutte pour un salaire minimum plus élevé fait selon nous partie de la construction d’une relation de force pour un changement de société vers le socialisme, une société orientée vers la satisfaction des besoins de la majorité de la population.