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La politique qui déshumanise les réfugiés est responsable de la mort de Mawda !

Où s’arrêtera la politique de criminalisation des migrants, sans papiers et demandeurs d’asile ? Le 15 mai dernier, le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration Theo Francken a reçu le feu vert du Kern (Conseil restreint des ministres) pour le projet d’adoption d’un arrêté royal sur le placement d’enfants en centres fermés dès juillet. Cette politique raciste du gouvernement, menée à coups de rafles, d’enfermements et de violence est allée jusqu’à causer la mort d’une fillette de deux ans, la jeune Mawda, dont la famille kurde fuyait la terreur instaurée par l’État islamique en Irak.

Par Pietro (Bruxelles)

Des centres fermés pour familles avec enfants !

Dès juillet 2018, l’extension du centre fermé 127 bis ouvrira cinq ‘‘unités pour les familles’’ (trois pour six personnes et deux pour huit) afin d’y enfermer parents et enfants en situation irrégulière. L’ouverture de 3 nouveaux centres fermés est également prévue d’ici 2021 afin de doubler la capacité de rétention. En 1988, on comptait 30 places en centre fermé, on compte aujourd’hui près de 650 et demain, il y en aura 1066(1)! Il s’agit bien de véritables prisons où des hommes, des femmes et des enfants, qui n’ont commis aucun délit et qui ne sont passés devant aucun juge, sont enfermés.

Le gouvernement a décidément de l’argent pour enfermer les migrants, y compris leurs enfants, mais il n’en a pas pour créer des emplois convenables et mener une politique sociale pour la population.

La répression tue !

Le jeudi 17 mai dernier, Mawad Shawri, une fillette de deux ans née en Allemagne de parents fuyant la guerre au Kurdistan irakien, a été tuée par la Police fédérale d’une balle dans la tête. Les circonstances de ce meurtre ont été rendues publiques le mardi 22 mai par les parents de Mawda, via l’intermédiaire de leur avocat : ‘‘Un policier a tiré sur la camionnette lors de la course-poursuite entre les migrants et la police. La camionnette ne fonçait pas sur un véhicule de police. Les véhicules de police les plus avancés étaient à hauteur de la camionnette et non pas devant ou à un endroit où la camionnette aurait pu les menacer. Aucune arme n’a été trouvée dans la camionnette.’’

Dès l’annonce de la mort de Mawda, tout a été fait pour étouffer l’affaire. Puis pour faire porter la responsabilité de la violence sur les passeurs et les migrants eux-mêmes. Le Parquet de Mons a d’abord donné la version de la police : avant le résultat de l’autopsie, le parquet niait la possibilité d’un mort par armes à feu. L’autopsie a prouvé l’inverse ; Mawda a bien été abattue par une balle tirée par l’arme d’un policier fédéral. Le parquet a également avancé la version de la police selon laquelle la camionnette, arrêtée sur le bord de l’autoroute voulait foncer sur les policiers, repris largement dans la presse sans questionnement sur les évènements.

Michel, Jambon et partis traditionnels : hypocrites !

Le cabinet du ministre de l’Intérieur Jan Jambon a déclaré que les migrants étaient responsables : ‘‘Les règles sont simples, la police peut ouvrir le feu si des vies humaines sont en danger’’. Pas une seule réserve sur les circonstances dans lesquelles la police a ouvert le feu ! Autrement dit, le message du ministre de l’Intérieur adressé à sa police est qu’il existe désormais un ‘‘permis de tuer’’ des migrants, car ils représenteraient un danger.

Charles Michel a déclaré vouloir faire toute la lumière sur les faits et traiter cette affaire avec humanité et dignité. C’est sans doute dans cette logique d’humanité qu’un ordre de quitter le territoire a été délivré à la famille juste après le drame, transformé par la suite en un titre de séjour uniquement temporaire. Quelle hypocrisie !

C’est la politique de haine et raciste envers les migrants menée ces dernières années par le gouvernement MR-NVA qui a tué Mawda. Pour Charles Michel, on doit regretter une telle tragédie irréparable, mais il ne voit pas de problème quant aux rafles de migrants dans la rue, les trams, les centres culturels ou dans des lieux d’hébergement.

De son côté, Frédéric Daerden (PS) a déclaré qu’une Commission d’enquête parlementaire était prématurée. Reconnaissant qu’il existe un ‘‘climat particulier anti-asile en Belgique’’, il estime toutefois que ‘‘lier ce contexte avec le drame’’ lui paraissait ‘‘être un raccourci’’ ! Que lui faut-il de plus ?! Le CDH dénonce ‘‘le populisme’’ de ceux qui voient dans cette affaire des causes et responsabilités politiques.

Contre la haine, la solidarité Régularisation !

Le gouvernement a utilisé de manière consciente cette politique de répression des migrants pour diviser, détourner l’attention de l’opinion publique des vrais responsables des politiques d’austérité antisociales et utiliser les migrants comme boucs émissaires.

Le gouvernement n’est pas seulement responsable moralement de la mort de Mawda, il l’est aussi politiquement. Cet homicide est la conséquence du climat de répression envers les migrants et les sans-papiers. Il y a 20 ans, après l’affaire de Semira Adamu, le ministre Louis Tobback avait démissionné. Aujourd’hui, rien de tel. Le ministre N-VA reste en place et ne se soucie pas du large sentiment de réprobation dans la population.

L’indignation n’est plus suffisante. Il faut organiser cette colère en forgeant un rapport de forces chez les jeunes, les travailleurs et d’une manière générale auprès de tous les citoyens pour exiger les démissions de Jambon, de Francken et la fin de toutes ces politiques racistes.

A cette fin, le PSL mobilisera largement pour la manifestation du 10 juin afin de soutenir les associations de sans-papiers, les collectifs, les syndicats contre la politique migratoire répressive du gouvernement. Aucune contradiction n’existe entre lutter pour la régularisation des sans-papiers et, en même temps, lutter pour des politiques sociales à destination de l’ensemble de la population vivant en Belgique en matière de logements, d’emplois, de services publics, etc. Si la liberté de circulation des personnes est combattue par le gouvernement, les richesses produites par les travailleurs en Belgique, elles, se dorent la pilule dans des paradis fiscaux, pour un montant de 221 milliards d’euros. Une convergence des luttes est indispensable pour que les richesses que l’on produit soient mises à profit de l’ensemble de la population.

RDV le dimanche 10 juin à 14h, gare de Bruxelles-Nord pour une grande manifestation pour la régularisation de tous les sans-papiers, contre la politique qui criminalise ceux qui cherche un refuge.

1) http://www.knack.be/nieuws/belgie/capaciteit-gesloten-centra-breidt-uit/article-normal-852551.html
2) http://www.levif.be/actualite/belgique/mort-de-mawda-mise-en-place-d-une-commission-d-enquete-parlementaire-prematuree/article-normal-842091.html

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