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L’extrême droite surfe sur les vagues du populisme de droite

500 personnes ont participé à une manifestation combative contre le racisme à Gand le 22 mars. L’extrême droite a manifesté à 200 personnes, parmi lesquels 60 de Schild & Vrienden. Photo : Jean-Marie

Que le gouvernement néolibéral s’inspire de ce que l’extrême droite a mis en avant dans les années 1990 est un secret de polichinelle. Depuis le début de ce siècle, le plan en 70 points de ce qui était alors encore le Vlaams Blok a été presque entièrement incorporé dans la législation actuelle. Le débat politique d’aujourd’hui ne porte pas sur ce qui est nécessaire pour sortir de la pauvreté, pour s’attaquer à la précarité des conditions de travail et de vie et encore moins sur la manière dont une petite élite s’accapare la plupart des richesses. Nos politiciens préfèrent parler de ‘‘frontières fermées’’ et de ‘‘menace terroriste’’ sans dire un seul mot sur les causes économiques des flux de réfugiés, sur la guerre en Syrie ou sur le fossé grandissant entre riches et pauvres.

Par Sander (Gand)

Un discours qui était auparavant considéré comme choquant, raciste et simpliste est devenu aujourd’hui le courant dominant dans les politiques et la rhétorique de ce gouvernement. C’est ce ‘‘politiquement correct’’ de droite qui constitue également le terrain fertile pour augmenter la confiance de l’extrême droite et de toutes sortes d’organisations de ‘‘Nouvelle Droite’’. Nous avons vu, par exemple, Schild & Vrienden (un regroupement de l’extrême droite ultraconservateur à Gand – voir ci-dessous) attaquer une action pour une politique d’asile plus humaine à Gand ; les jeunes du Vlaams Belang étalant les personnalités du mouvement alt-right lors de son congrès ; et le groupe étudiant du NSV! organisant une marche de haine en faveur de l’apartheid le 22 mars.

Cette confiance de la part de l’extrême droite peut cependant être brisée par une résistance active. Le mouvement de solidarité avec les réfugiés a démontré quel était le potentiel. Il y a eu des grandes manifestations à Bruxelles, mais également en Flandre, presque toutes les conférences de Francken dans les universités ont été accompagnées d’actions de protestation de jeunes et de travailleurs contre la politique d’asile inhumaine et en solidarité avec les réfugiés. La manifestation nationale contre le racisme du 24 mars, comptait une grande présence de néerlandophones.

L’Alt-Right en Belgique

Des membres d’organisations d’extrême droite telles que le KVHV, le NSV, mais aussi les Jeunes de la N-VA, se sont retrouvés en organisant les conférences de Francken dans les universités. C’est à partir de là que Schild & Vrienden a vu le jour. Les membres des groupes mentionnés ci-dessus qui veulent aller plus loin, incluant des actions physiques, se sont retrouvés et ont fondé un nouveau groupe. Ils ont organisé un camp d’été dans le monastère des Maleizen, une confrérie de prêtres connue et redoutée pour réunir le clergé réactionnaire et négationniste, avec des jeunes radicaux de droite et des néo-fascistes. Pendant ce camp d’été, il y avait entre autres des cours d’entraînement au combat.

Entre autres choses, Schild & Vrienden s’est fait remarquer lorsque des membres ont publié sur internet une image représentant un viol avec les photos de deux militantes de gauche à la VUB. Le message était que l’arrivée de réfugiés entraînerait davantage de viols. L’extrême droite se considère comme une élite qui défend l’identité blanche contre tout ce qui serait ‘‘politiquement correct’’. Les idées dominantes sont généralement celles de la classe dirigeante. Le fait que la scène politique et économique soit dominée par des hommes riches et blancs qui défendent une politique néolibérale semble être un oubli utile à l’extrême droite.

Après l’élection de Trump en 2016, des personnalités de droite comme Richard Spencer et Steve Bannon se sont sentis encouragés à plaider plus ouvertement en faveur d’un monde culturellement (lire : racialement) séparé. Cette idée vient de la Nouvelle Droite française, qui a tiré le meilleur parti du fascisme et du nazisme mais qui, sous la pression des rapports de force, a quelque peu occulté ses vues.

A travers des forums Internet tels que 4chan, Spencer et ses coreligionnaires diffusent leur message d’un ‘‘ethno-état blanc’’, de misogynie, de transphobie, d’islamophobie,… Des milliers d’Américains qui se sont détournés de l’establishment en raison de la baisse continue de leur niveau de vie ont vu le message de Spencer et Co comme un moyen de contrer Hillary Clinton et d’élire le milliardaire Trump à la présidence. Les mouvements identitaires en Europe tentent de faire de même.

Mais il ne s’agit pas seulement d’activisme sur Internet : en 2017, les membres de Génération Identitaire ont tenté d’empêcher que des réfugiés soient secourus en Méditerranée. La journaliste auto-déclarée Lauren Southern, qui prêche la haine sur Youtube et dont l’entrée en Grande-Bretagne a récemment été refusée, a couvert cela. La même Lauren Southern était invitée au congrès des jeunes du Vlaams Belang le 10 mars, où elle a fait de la publicité pour son documentaire sur les ‘‘meurtres de boers’’ en Afrique du Sud (voir l’article ci-contre) et a appelé à rejoindre la marche de haine du NSV le 22 mars. Leur action ne remet pas en cause le système qui conduit à la violence. L’objectif est d’encourager la division et la haine, appelant à l’apartheid.

Extrême droite ou contre l’ordre établi ?

Des clubs néo-fascistes comme Schild & Vrienden gagnent en confiance. Leur violence physique au Château des Comtes de Gand est passée dans le journal sur VTM (chaîne commerciale néerlandophone). Leur président Dries Van Langenhove a reçu une tribune pour exposer sa transphobie. De Morgen a fait une longue interview avec lui, au cours de laquelle Siegfried Bracke a fait savoir qu’il était un fan. Van Langenhove a très bien vu l’occasion qui s’offrait à lui et a immédiatement commencé à lever des fonds dans ‘‘d’éminents’’ club philanthropiques du mouvement nationaliste flamand (cercles Marnix).

La rhétorique anti-établissement a été retirée du pot. Il implique plusieurs membres de la jeunesse N-VA, alors qu’il s’agit d’un parti au pouvoir qui poursuit la même politique d’austérité que les gouvernements précédents, mais à un rythme accéléré. Le fait qu’il y a un soutien financier de la part d’entrepreneurs amis dans les cercles Marnix en dit long.

Le racisme élitiste de l’extrême droite n’est pas du tout en désaccord avec ce que proposent certaines parties de l’establishment. Par exemple, le gouvernement de droite lui-même poursuit une politique de diviser pour régner. Une économie visant à enrichir une petite couche supérieure déjà riche et nauséabonde jette les bases de la division et de la haine. Pour rompre avec cela, il faut un système économique dans lequel la production est contrôlée et gérée par les travailleurs et leurs familles. Un système sans intérêts mercantiles impérialistes en cas de guerres qui déplacent des milliers de personnes ou les tuent.

Face à la division et à la haine, il faut une mobilisation de masse, en mettant l’accent sur notre unité et en défendant une alternative au capitalisme. Cela empêchera également l’extrême droite de faire passer la haine d’Internet à la rue.

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