Etats-Unis : que retenir de la défaite d’Obama ?

Les élections de mi-mandat aux Etats-Unis se sont traduites par une défaite d’Obama face aux Républicains, sous l’impulsion du nouveau-venu, le ‘‘Tea Party’’, emmené par Sarah Palin. Cela signifie-t-il pour autant qu’Obama est trop à gauche pour des Etats-Unis trop à droite ? Une telle conclusion serait pour le moins erronée lorsqu’on observe le mécontentement qui se cache derrière ces résultats électoraux.

Par Baptiste (Wavre)

Fox News, le relais médiatique par excellence de la frange la plus conservatrice des Républicains, insiste sur le fait que cette défaite n’est rien d’autre qu’un rejet du soi-disant agenda politique de gauche du président Obama. Des analystes un peu plus sérieux insistent eux sur le fait que des millions d’Américains ont voté sans toujours être sûr de ce qu’ils voulaient, mais qu’en tout cas ils savaient qu’ils n’étaient pas satisfaits par la politique menée par Obama.

De fait, depuis qu’Obama est arrivé au pouvoir les travailleurs ont vu le chômage monter et concerner quelques 23 millions de personnes, ils ont vu se faire expulser de leur logement des millions de ménages et des coupes budgétaires dans toute une série de services publics.

Promesses creuses et poursuite de la politique impérialiste.

Cette incapacité à donner une réponse à la crise autre que le ‘‘socialisme pour les riches’’ (socialiser les pertes, privatiser les profits) a été renforcée par le constat amer que toutes les promesses d’Obama se sont révélées être des paroles creuses, tant du point de vue d’une réforme des soins de santé que sur le plan de l’implication militaire des États-Unis au Moyen-Orient. Sa réforme n’assurera jamais des soins de santé accessible à tous et de qualité, tant Obama a fait de concessions majeures aux compagnies d’assurances privées et aux grandes entreprises pharmaceutiques.

Quant à sa politique de guerre, son annonce d’augmenter les troupes en Afghanistan avait déjà créé un grand mécontentement. D’autant plus que l’argument d’Obama assurant que l’augmentation des troupes allait porter le coup fatal aux talibans s’est trouvé infirmé et cette guerre n’en finit plus d’être un bourbier menaçant de s’étendre au Pakistan, qui ne cesse de multiplier les dépenses militaires, les pertes civiles et qui ne cesse de dégrader les conditions de vie des travailleurs et des paysans pauvres de la région. La recherche d’un accord avec des franges modérées de talibans est symptomatique de l’échec de l’intervention américaine au Moyen-Orient, et confirme encore une fois que cette intervention n’était en rien une solution contre les groupes réactionnaires dans la région. Que du contraire, la corruption et le diktat des seigneurs de guerre et autres réactionnaires n’ont fait que s’affirmer depuis le début de l’occupation.

Mécontentement généralisé contre l’establishment et récupération par le Tea Party.

L’élection d’Obama à la maison blanche en janvier 2009 était marquée par l’enthousiasme de millions de travailleurs et de pauvres aux USA. Mais moins de deux ans plus tard, cet engouement a fait place à une désillusion sans pareil. L’incapacité d’Obama et des démocrates à répondre à la crise autrement que par le sauvetage de l’élite de Wall Street tout en laissant les conditions de vie et de travail de millions de personnes se dégrader a permis au Tea Party de récupérer un mécontentement populaire largement partagé.

Selon un sondage, le plan de relance d’Obama a effectivement donné l’impression à 60% des personnes sondées que l’attention avait été prioritairement accordée aux élites financières (qui ont très rapidement recommencé à s’arroser de milliards de bénéfices et de bonus) et non aux emplois. Si l’on regarde un peu plus loin, il n’y a rien d’étonnant à cela : au lendemain de son élection, son cabinet était constitué de toute une série de figures bien connues de Wall Street, comme Larry Summers pour ne citer que lui, qui est passé plus tôt par la direction de la Banque Mondiale et par le cabinet de Clinton. Barack Obama avait déjà très tôt démontré qu’il n’était rien d’autre que le porte-parole des démocrates, un parti pieds et poings liés à la gestion du capitalisme.

La ‘‘réponse’’ du Tea Party n’en est évidemment pas une, ses discours populistes sont bourrés d’hypocrisie derrière une apparence de ‘‘parti du peuple’’ ce parti n’est rien d’autre qu’un instrument financé par les milieux du ‘‘big business’’ afin de protéger leurs intérêts. Ce n’est rien d’autre que la même tactique vicieuse des autres ‘‘droites folles’’ à travers le monde : en récupérant le mécontentement envers ‘‘l’establishment’’, ces partis profitent du diviser-pour-mieux-régner, ces discriminations et divisions parmi les travailleurs permettant de dissimuler leurs politiques néolibérales antisociales. En outre, ce Tea Party est aussi caractéristique d’une classe moyenne qui se retrouve poussée dans la pauvreté par la crise. Lorsque les affaires tournent, cette classe moyenne accorde une certaine confiance aux partis traditionnels du capitalisme mais, en temps de crise, elle se retourne, enragée, vers des populistes qui s’attaquent à l’establishment. C’est du moins le cas en l’absence d’un parti de masse des travailleurs qui offrirait une alternative au discrédit du capitalisme.

Une période d’instabilité politique est ouverte.

S’il s’agit d’une défaite pour Obama, il n’y a pas pour autant un phénomène de ralliement autour des républicains. Que du contraire, les résultats électoraux sont plutôt caractérisés par une volatilité importante et une colère généralisée contre les élites financières et contre l’establishment. C’est ainsi qu’on peut comprendre le phénomène d’un Tea Party sorti de nulle part et la chute de 78% à 45% de la popularité d’Obama. Pour le moment, l’alliance est réussie entre le parti républicain et le Tea Party, essentiellement grâce à une situation d’opposition au Président en place. Mais, à un certain moment, le ‘‘populisme irresponsable’’ du Tea Party peut devenir plus un fardeau pour les républicains qu’un instrument. A ce moment là, les républicains pourraient très bien se retrouver à nouveau discrédités par leurs politiques néolibérales et le Tea Party pourrait très bien disparaître aussi vite qu’il est apparu une fois confronté à ses incohérences programmatiques. Au final, ces élections ont principalement constitué une illustration de la crise politique que traversent les États- Unis. D’ailleurs, les chiffres suivants appuient ce constat : seuls 10% des jeunes entre 18 et 29 ans en âge d’aller voter se sont rendus aux urnes et, plus globalement, seuls 41% des électeurs sont allés voter.

Une réponse des travailleurs est nécessaire.

A la suite de sa défaite, Obama a réagi en annonçant qu’il irait à présent encore plus loin dans les compromis avec les républicains, notamment en ce qui concerne les coupes asociales dans les budgets, les privatisations et les accords de libre-échange. Un certain dépit dans la gauche est probable à la suite de ces élections mais, dans un second temps, la colère générée par les politiques de droite menée par une ‘‘cohabitation’’ au pouvoir entre les deux partis du capitalisme américain conduira inévitablement à résister, à s’organiser et à contre-attaquer.

La gauche fait face dans cette période de crise à un défi historique qui comporte également de nombreuses opportunités. Un mouvement de masse enraciné parmi les jeunes et les travailleurs est nécessaire pour résister à la droite et proposer une véritable alternative politique de gauche aux deux partis du ‘‘big business’’ et à la crise de leur système capitaliste.

Par le passé, les acquis sociaux ne sont jamais arrivés grâce à la bonne conscience des démocrates ou par du lobbying politique envers eux. Ces acquis ont toujours été arrachés par la lutte des travailleurs et des pauvres, et il est grand temps de remettre ce mot d’ordre à l’ordre du jour. Il est nécessaire de canaliser la colère pour construire un parti politique et un programme socialiste défendant les intérêts des travailleurs. Un tel parti des travailleurs est indispensable pour ne plus laisser la place à la droite folle.

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