Nicolás del Caño et Romina del Plá

Déclaration du Comité provisoire du CIO sur les élections en Argentine

L’Amérique latine connaît une aggravation de sa crise économique, politique et sociale. Une nouvelle phase de résistance et de lutte contre les attaques de l’impérialisme, du grand capital et de ses sous-fifres locaux a commencé dans la région.

Le soulèvement indigène, populaire et des travailleurs en Équateur, qui a contraint le gouvernement de Lenín Moreno à revenir sur la mise en œuvre des plans imposés par le FMI, est un exemple clair de la gravité de la crise, de la volonté de lutter et de la force des opprimés et des exploités dans cette région. Des crises et des mobilisations massives ont eu lieu dans des pays comme Haïti, le Honduras et bien d’autres, en plus de l’exemple de Porto Rico. Cette situation devrait encore se durcir au cours de la prochaine période.

Dans ce scénario, les élections du 27 octobre en Argentine et les exemples de résistance populaire et des travailleurs aux attaques imposées par le gouvernement de Mauricio Macri sont d’une importance fondamentale. Tous les travailleurs conscients et la gauche socialiste internationale doivent adopter une position claire sur ces processus.

La gravité de la crise dans ce pays clé de la région pourrait avoir un fort impact sur le contexte latino-américain et international. La crise argentine fait partie de la crise internationale du capitalisme, mais elle est aussi un déclencheur potentiel de nouvelles crises au-delà de ses frontières.

L’accord que Macri a conclu l’an dernier avec le FMI pour un méga-prêt de 56 milliards de dollars américains n’a pas permis d’améliorer la situation. Les prêts déjà accordés n’ont fait que remplir les poches des spéculateurs et des créanciers de la dette au détriment des pauvres et des travailleurs. Mais les politiques néolibérales mises en œuvre par Macri et l’ingérence directe du FMI dans les décisions gouvernementales n’ont fait qu’aggraver la crise économique et sociale.

La récession et l’inflation élevée constitue un cocktail aux gigantesques coûts sociaux. Le chômage, les emplois précaires, la baisse du revenu familial, la détérioration des conditions de vie sont les caractéristiques du pays après presque quatre ans d’administration Macri. Il y a officiellement 35,4% de la population en dessous du seuil de pauvreté. Cela représente 8 % de plus qu’il y a un an. Plus de 15 millions de personnes (25,4 % des familles) n’ont pas les moyens de se procurer des aliments de base. La pauvreté touche 51% des enfants en Argentine.

Ce scénario est très similaire à celui qui, en décembre 2001, a entraîné l’explosion sociale de « l’Argentinazo », lorsque le président Fernando De La Rua a dû démissionner et s’enfuir en hélicoptère de la Casa Rosada, entourée de manifestants.

L’Argentine est aujourd’hui le premier emprunteur mondial du FMI. Il est symptomatique que la deuxième place sur cette liste soit précisément l’Équateur, un pays qui vient de connaître un soulèvement populaire, indigène et ouvrier précisément en raison de des politiques néolibérales d’ajustement imposées par cet organisme international.

Dans le cas de l’Argentine, de nombreuses luttes importantes ont déjà eu lieu, dont cinq grèves générales sous l’administration Macri et la grande confrontation de décembre 2017 devant le Congrès dans la lutte contre la contre-réforme de la sécurité sociale. Le mouvement des femmes – de Ni Una Menos au puissant mouvement pour le droit à l’avortement – a également été une inspiration internationale. La grève des travailleurs du secteur public à Chubut, en Patagonie argentine, a eu des répercussions nationales et montre le potentiel de généralisation des luttes.

Macri se dirige vers la défaite

D’un point de vue électoral, la crise a rendu les chances de réélection de Macri extrêmement improbables. Sa défaite décisive aux élections primaires en août annonce un résultat encore pire le 27 octobre.

Macri est arrivé au pouvoir lors des élections de décembre 2015, après s’être constuit l’image d’un manager moderne, détaché des préoccupations prétendument idéologiques de ses opposants, les partisans du « kirchnerisme », l’aile « péroniste » de la présidente de l’époque, Cristina Kirchner.

Sa victoire électorale a représenté le retour au pouvoir de la droite explicitement néolibérale après de nombreuses années de gouvernements péronistes qui avaient opté pour la conciliation de classe et ont souvent dû faire des concessions aux travailleurs.

L’arrivée de Macri au pouvoir a été un processus moins traumatisant que celui qui a eu lieu au Brésil, par exemple. Dans ce pays voisin, la droite néolibérale a repris le contrôle total du gouvernement par un coup d’État institutionnel en 2016 et a dû se tourner vers Bolsonaro, candidat d’extrême droite avec des caractéristiques proto-fascistes, lors des élections de 2018.

Le fiasco absolu de l’administration Macri et son probable fiasco électoral à venir représentent une défaite sérieuse pour la nouvelle droite qui est arrivée au pouvoir dans plusieurs pays latins, remplaçant les gouvernements de centre-gauche usés qui gouvernaient sur base de conciliation de classes sans jamais avoir rompu avec le capitalisme.

Fernandez-Fernandez n’offre pas d’alternative réelle

Il est compréhensible que des millions de travailleurs argentins considèrent aujourd’hui comme leur priorité l’objectif de vaincre Macri lors des élections. À cette fin, un vote en faveur de la liste qui réunit Alberto Fernandez et Cristina Fernandez de Kirchner semble être la voie la plus simple.

Mais la combinaison Fernandez-Fernandez ne représente pas une rupture effective avec les politiques de Macri et n’offre pas une véritable issue à la crise du point de vue des travailleurs et des pauvres. Fernandez insiste sur la politique de conciliation et les pactes sociaux impliquant les travailleurs et la bourgeoisie, et a réaffirmé qu’il continuera à maintenir l’accord avec le FMI.

De plus, dans les années à venir, l’Argentine ne connaitra pas le le scénario international qui a favorisé la croissance économique après la crise de 2001, en grande partie à cause du boom des matières premières et de la renégociation de la dette. L’idée que ces prétendues années de croissance économique et de stabilité relative reviendront n’a aucun fondement dans la réalité.

La large unité d’action et de lutte contre les attaques de Macri et toute attaque contre les travailleurs n’élimine pas la nécessité de construire un projet politique indépendant, socialiste et de gauche pour les masses.

La tâche fondamentale qui se présente avec ces élections est de regrouper les forces nécessaires aux luttes décisives qui viendront inévitablement. Un vote pour les candidats du Frente de Izquierda y de los Trabajadores – Unidad fait, à notre avis, partie de ce processus d’accumulation des forces pour les affrontements qui vont venir. Plus la liste présidentielle de Nicolás del Caño et Romina del Plá recueille de voix et plus les élus du FIT-U seront nombreux, mieux ce sera pour les luttes à venir.

Le FIT-Unidad défend l’indépendance de classe des travailleurs et ne stimule pas les illusions dans la conciliation de classe. En défendant la nécessité de rompre avec le FMI et de suspendre le paiement de la dette pour que les revendications populaires puissent être satisfaites, ils vont dans la bonne direction.

Nous considérons également comme positifs les efforts visant à étendre le FIT (auparavant composé de PTS, PO et IS) à d’autres secteurs de la gauche, tels que le MST, et à des groupes combatifs populaires et sociaux. Nous comprenons, cependant, que la tâche de construire une référence politique de masse de la gauche socialiste est encore une tâche à accomplir par la gauche et le mouvement ouvrier en Argentine.

Cette tâche devra être menée dans les luttes sociales dans le cadre de la crise qui s’aggrave. L’expérience concrète de larges secteurs de la population, le fiasco de la droite au pouvoir et les limites du kirchnerisme peuvent faire place à cette alternative de gauche. Il est nécessaire de relever ce défi et de s’y préparer. Le Comité pour une Internationale Ouvrière est au service de cette lutte dès maintenant !

Le Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO) est une organisation socialiste révolutionnaire organisée dans plus de 30 pays sur tous les continents, qui se bat pour unir les travailleurs et tous les opprimés en lutte et pour un programme en défense du socialisme mondial. Nous saluons tous les travailleurs et les jeunes en lutte en Argentine et nous les invitons à lire nos analyses et commentaires sur worldsocialist.net.