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La résistance sociale doit passer à la vitesse supérieure

“La coalition suédoise survit, mais elle a été mise à rude épreuve. Sa viabilité est menacée. La gauche est en plein mouvement, mais n’est toujours pas une alternative. Les extrêmes de droite et de gauche progressent. Le paysage politique n’est pas devenu plus stable.” C’est ainsi que le quotidien flamand De Standaard résumait les choses au lendemain des élections.

par Nicolas Croes

Au MR, hors de question toutefois de considérer le désastre électoral libéral comme une conséquence de la politique de la majorité fédérale. Et dès lors qu’il s’agit de trouver un bouc émissaire, on sait que l’imagination est au pouvoir au MR… Pour Alain Courtois, échevin sortant et ancien chef de file du MR à Bruxelles-Ville, la cuisante défaite s’explique par la ‘‘métamorphose des quartiers’’ qui rend inaudible le message néolibéral. Pour Charles Michel – qui sait se voiler la face comme personne – c’est la RTBF qu’il faut blâmer, car elle a ouvert son JT du samedi soir par un reportage sur le rapport du GIEC sur le climat !

L’inquiétude grandit parmi la population concernant les enjeux environnementaux. C’est bien vrai. Et sur ce plan, le programme libéral ne peut qu’être un repoussoir. C’est vrai aussi. Mais cela s’ajoute à un monumental empilement de colère et de frustration sur le plan social. La réforme des pensions a tout particulièrement fait l’objet d’un rejet massif de la population que les sondages illustraient comme une évidence. L’équipe fédérale a tout fait pour reléguer le mécontentement social à l’arrière-plan en déviant l’attention sur des thèmes tels que les migrants ou le sécuritaire, mais tout ne s’est pas passé comme il le souhaitait…

La lutte sociale, le meilleur bouclier contre la logique de division

Différentes mobilisations ont remis les thèmes sociaux à l’avant-plan juste avant les élections. Le 20 septembre, plus de 5000 manifestants défilaient à Namur à l’appel de la FGTB contre le projet du gouvernement wallon MR-CDH de réformer les APE (Aides à la Promotion de l’Emploi) et en défense des services publics. Le 28 septembre, une manifestation des secteurs publics fédéraux a réuni 10.000 personnes à Bruxelles. Le 2 octobre, des rassemblements décentralisés en front commun syndical dans les grandes villes du pays ont réuni des dizaines de milliers de manifestants tant du public que du privé. Le 11 octobre, un arrêt de travail de deux heures a eu lieu en front commun syndical dans les hôpitaux publics, les communes et les CPAS de Bruxelles sous le slogan ‘‘Tout augmente, sauf nos salaires’’. Comme le disait alors un responsable syndical, ‘‘ce n’est pas un hasard si cette action a été organisée à la veille des élections’’.

Si l’on veut empêcher la coalition fédérale ‘‘suédoise’’ de rempiler pour un nouveau mandat de casse sociale, il faut dépasser le stade de la ‘‘rude mise à l’épreuve’’ et poursuivre la lutte dans la perspective des élections de mai 2019. La FGTB Charleroi & Sud-Hainaut a insisté pour que la journée d’action du 2 octobre soit suivie d’un plan d’action national, si possible en front commun, avec la ‘‘planification claire d’une grève générale avant la fin de l’année 2018’’. C’est ce chemin qu’il faut suivre pour assurer l’échec des manœuvres de diversion des partis gouvernementaux.

L’alternative de gauche

Au lendemain des élections et à la veille de la journée de lutte contre la pauvreté du 17 octobre, l’office statistique européen (Eurostat) a rappelé que plus de 20% de la population de Belgique – soit près de 2,3 millions de personnes ! – est menacée de pauvreté ou d’exclusion sociale. Pour sortir de cette pente glissante, il nous faut suivre un autre chemin politique que celui de l’austérité. La percée électorale ‘‘rouge vif’’ du PTB, qui dispose aujourd’hui de plus de 150 conseillers communaux, démontre que cette recherche d’alternative prend une ampleur inédite.

Sur le plan politique aussi, il faut aller de l’avant avec audace et ambition. Les commentateurs de l’establishment ne cessent de rabâcher qu’un projet de gauche est ‘‘irréaliste’’ parce que non finançable. Les moyens existent pourtant. Mais il faut briser la logique budgétaire actuelle, où tout un tas de règles ne servent qu’à condamner éternellement les autorités publiques à la famine. Renforcer la gauche et en faire une alternative crédible, cela signifie de l’armer d’un programme qui vise à réellement rompre avec la logique de marché capitaliste. Il est urgent de discuter de ce qu’implique le socialisme et de populariser ce programme par l’action, dans la rue. C’est ce que le PSL a fait dans sa campagne électorale, tant là où nous avions des candidats (à Saint Gilles et à Keerbergen) que dans le reste du pays, où nous avons appelé à voter PTB. Rejoignez-nous pour renforcer cette approche combattive !

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