La crise du coronavirus démontre qui fait tourner le monde

Ces dernières semaines, il est apparu clairement qui fait tourner le monde et qui ne le fait pas. Ce ne sont pas les CEO qui ont besoin de personnel pour compter leur argent afin que d’autres employés puissent le transférer vers des paradis fiscaux. Pas non plus les responsables politiques traditionnels qui, du haut de leur tour d’ivoire, n’ont pas vu cette catastrophe pourtant prévisible arriver et ont donc réagi beaucoup trop tard. Ni les commentateurs professionnels dominent nos médias depuis des années en prônant l’austérité et le démantèlement des services publics et de nos conditions de vie.

Par Geert Cool

Non, ceux qui font tourner le monde, ce sont les ‘‘héros’’ des soins, du secteur de la distribution (supermarchés et autres magasins), des transports publics, les facteurs, les enseignants,… Ces secteurs où les salaires sont généralement bas, mais dont le travail est pourtant essentiel. Kshama Sawant, Conseillère de ville à Seattle, a fait référence à juste titre à Karl Marx dans le magazine populaire Teen Vogue : ‘‘C’est la classe ouvrière qui crée de la valeur dans l’économie, tandis que les patrons s’en réservent la part du lion’’.

Ce sont les travailleuses et travailleurs qui font tourner le monde. Alors pourquoi ne pourraient-ils et elles pas le prendre en main ? Même pour déterminer la stratégie de sortie du confinement en Belgique, aucun représentant du monde du travail n’est impliqué dans le GEES. Les ‘‘héros’’ d’aujourd’hui sont-ils les articles à mettre au rebus de demain ?

Les gouvernements n’ont pas vu venir cette crise sanitaire. Il était pourtant déjà clair en janvier que le virus était hautement contagieux et mortel. Qui pensait sérieusement que le virus resterait confiné à la Chine ? Mais se préparer à l’éventualité aurait affecté les bénéfices des entreprises. Les gouvernements ont donc adopté la politique de l’autruche en espérant que tout irait bien.

Cette négligence criminelle s’est ajoutée à une longue cure d’austérité dans le domaine des soins de santé tandis que les maisons de repos étaient la proie des multinationales. Un reportage de la chaîne flamande VRT avait résumé les choses en 2017 sous le titre éminemment approprié : ‘‘Soins minimums, profits maximums’’. Aujourd’hui, les personnes âgées paient jusqu’à 2.000 euros par mois pour être enfermées dans des maisons de la mort. Aucune préparation, aucune planification, une négligence mortelle et aucune mesure décisive pour faire face à la crise : voilà comment résumer la politique capitaliste.

Cette situation désastreuse ne provient pas d’une simple catastrophe naturelle. Le capitalisme perturbe les équilibres écologiques et repose sur une logique où les soins sont progressivement supprimés tandis que le secteur pharmaceutique dépense aux Etats-Unis plus d’argent en publicité qu’en innovation et en recherche. Le Covid-19 est un virus qui a proliféré sur le terreau fertile de la pourriture du capitalisme.

Les puissants de cette terre, ceux qui se sont isolés en toute sécurité dans leurs spacieux yachts et villas privés, veulent remettre la main-d’œuvre au travail le plus rapidement possible. Mesures de protection, distanciation sociale,… tout devient subordonné au profit. Pendant que nous comptons nos morts, ils comptent leur argent. À quoi servent tous ces appels à rester chez nous, alors que des dizaines de milliers de personnes sont obligées d’aller travailler quotidiennement, même dans des entreprises non-essentielles ? Avec cynisme, les patrons reconnaissent qu’une reprise rapide de l’économie entraînera des morts, mais cela ne compte pas face aux dommages que peuvent subir leurs profits.

Le capitalisme est un système malade, c’est clair ! Nous avons besoin d’une société différente. Nous constatons déjà aujourd’hui les possibilités qui s’offrent à nous à cet égard. Oui, il y a beaucoup de peur et de frustration. Mais nous voyons aussi le développement extraordinaire d’une solidarité dans la population. L’engagement, souvent désintéressé, des travailleurs est phénoménal. C’est la classe ouvrière qui fait tourner le monde. Nous n’accepterons pas que les patrons nous fassent payer la crise par des licenciements, des économies sur les soins et les services publics ou une réduction de la protection sociale.

Nous défendons une société socialiste où les besoins de la majorité de la population, y compris la défense de l’environnement, sont essentiels. Une utilisation démocratiquement et rationnellement planifiée de la richesse et des connaissances technologiques disponibles peuvent concentrer la créativité et l’engagement de la classe ouvrière vers un progrès bénéfique à tous. Cette alternative socialiste est nécessaire plus que jamais. Elle ne tombera pas du ciel, il va falloir nous battre pour y parvenir, autour de revendications directement liées à notre quotidien mais placées dans la perspective d’une transformation totale de la société. N’hésitez pas et rejoignez-nous dans ce combat!