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Gaza, Jordanie : le retour de la lutte de masse au Moyen-Orient

Photo : Wikimedia

Guerre en Syrie, terrorisme d’État israélien dans les territoires palestiniens occupés, instabilité et dictatures, la situation au Moyen-Orient est loin d’être rose. Il existe toutefois des éléments plus positifs. Comme les tentatives des régions kurdes de construire une alternative à la guerre et à la division sectaire au Nord de la Syrie, hélas aujourd’hui sous la pression de l’agression de l’armée turque. Ces dernières semaines ont aussi connu un puissant mouvement social en Jordanie de même qu’une mobilisation de masse à Gaza.

Par Koerian (Gand)

Jordanie : l’austérité pousse à la révolte

Les manifestations et les grèves ont conduit à la démission du Premier ministre jordanien au début du mois de juin. Jusqu’à récemment, la Jordanie était considérée comme un facteur stable dans une région plongée dans les troubles. Pendant le processus de révolution et de contre révolution au Moyen Orient et en Afrique du Nord en 2011, le pays était resté relativement calme et tenu en laisse par les États-Unis et le FMI.

Le FMI a forcé le roi Abdallah II et le premier ministre Mulki à appliquer un programme d’économies budgétaires en échange d’un prêt de 723 millions de dollars destiné à réduire la dette publique, représentant 96% du PIB. L’Arabie saoudite a cessé de fournir son aide à la Jordanie fin 2017, ce qui a plongé le pays dans la tourmente économique.

Les taxes ont fait grimper le prix des services et des biens de base comme l’eau et le carburant. Cela a mis la classe ouvrière et les pauvres sous pression. La Jordanie connaissait déjà un taux de chômage de 18,5% et 20% de sa population vit sous le seuil de pauvreté.

La grève générale et les protestations massives ont commencé en réaction à l’augmentation de l’impôt sur le revenu des travailleurs, y compris les plus faibles. La classe ouvrière appauvrie et la classe moyenne se sont unies dans la résistance. Les médias sociaux ont explosé et les rues ont été occupées. Le gouvernement avait augmenté les prix de l’électricité et du carburant pour la cinquième fois cette année, jetant encore plus d’huile sur le feu. Les syndicats des secteurs privé et public ont uni leurs forces, les stations-service ont été boycottées et des centaines de milliers de personnes ont manifesté contre les coupes budgétaires, les diktats du FMI et même contre le Roi.

La maison royale et les États du Golfe tentent de calmer le jeu

L’ampleur des manifestations était telle que le roi Abdallah n’a pas pu les arrêter. Craignant pour sa propre position, il a choisi de sacrifier le premier ministre et est revenu sur les dernières hausses de prix.

Bien que l’élite jordanienne soit sur la défensive, les dirigeants syndicaux se sont laissé voler l’initiative. La première tempête semble être passée, mais le risque de nouvelles mobilisations sociales est élevé. Le nouveau Premier ministre, Razzaz, provient de l’ancien cabinet et est un ancien collaborateur de la Banque mondiale, tout entier acquis à la doctrine néolibérale.

Entre le marteau d’une classe ouvrière à la confiance renforcée et l’enclume du FMI, le gouvernement cherche une fois de plus le soutien de l’étranger, principalement des pays du Golfe. L’Arabie saoudite, le Koweït et les Émirats arabes unis ont promis une nouvelle aide de 2,5 milliards de dollars. Ce soutien peut donner un peu de répit à l’élite jordanienne, mais il n’offre pas de solution à la crise fondamentale que traverse le pays.

Une vague régionale de protestations

Dans une région qui a connu une vague de mouvements révolutionnaires en 2011 et 2012, avec des mesures néolibérales et des régimes autoritaires qui vacillaient, un tel soulèvement a le potentiel de faire tâche d’huile. Au début de cette année, des soulèvements de masse ont eu lieu en Iran et, en Egypte, les troubles sociaux peuvent reprendre à tout moment. Un soulèvement réussi peut donner aux jeunes et aux travailleurs de toute la région la confiance nécessaire pour entrer en action. Ce n’est pas pour rien que l’Arabie saoudite semble répondre à la demande de soutien jordanienne : une nouvelle vague de soulèvements dans la région pourrait menacer le régime saoudien lui-même.

Rébellion à Gaza

Des actions de masse ont lieu depuis le 30 mars contre le siège de Gaza par Israël ainsi qu’en faveur du droit au retour des réfugiés palestiniens. Israël a réagi avec une répression sanglante : plus de 150 hommes, femmes et enfants ont été tués par les forces de défense israéliennes, des milliers d’autres ont été blessés.

Pour démolir ce nouveau mur de répression, la solidarité internationale des travailleurs est nécessaire. Une lutte bien organisée, avec un programme qui offre des solutions réelles aux besoins des masses palestiniennes, peut renforcer la solidarité avec les travailleurs de Jordanie, du Liban et aussi d’Israël. La lutte en Jordanie peut représenter une source d’inspiration et une voie à suivre. Aujourd’hui, plus de deux millions de Palestiniens vivent en Jordanie et ces pays entretiennent des liens historiques.

A la fin des années 1980, sur base de grèves et d’un soulèvement populaire généralisé et bien organisé, la première Intifada palestinienne a pu poser un véritable défi au régime israélien. Cependant, au lieu de forger des liens avec la classe ouvrière organisée de la région sur base d’un programme social, l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) a négocié avec les régimes de ces pays et de l’Occident. Elle a étouffé l’Intifada avec les accords d’Oslo, ce qui n’a fait que renforcer l’emprise d’Israël sur les territoires palestiniens.

Des exigences telles qu’une sécurité sociale adéquate, de bons emplois permanents et une éducation gratuite peuvent unir les travailleurs au-delà des frontières nationales contre leurs régimes répressifs respectifs. Bien que la lutte en Jordanie semble avoir pris fin pour le moment, toute protestation constante des travailleurs dans la région pourrait déclencher un raz-de-marée et emporter les élites autoritaires de la région.

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