NON aux persécutions homophobes en Tchétchénie !

ction contre la violence homophobe en Tchétchénie organisée à Bruxelles le 2 juin dernier. Photo : Socialisme.be

Les rapports relatant l’oppression brutale dont sont victimes les personnes LGBTQI+(1) en Tchétchénie (république constitutive de la Fédération de Russie) sont des plus choquants. Le gouvernement réfute les témoignages faisant état de l’existence de camps de concentration, en précisant immédiatement qu’il n’existe aucun homosexuel dans le pays… Il nie toute implication dans la violence homophobe parce que, selon lui, les familles ‘‘régulent’’ elles-mêmes la situation. La communauté LGBTQI+ en Russie a besoin de notre solidarité !

Par Anna (Anvers)

Kadyrov: une marionnette de Poutine

La Tchétchénie se situe au nord du Caucase. Il s’agit d’une région autonome de la Fédération de Russie, mais qui est en réalité presque indépendante. La Tchétchénie a longtemps été une zone de conflit entre les différentes religions et cultures de la région. En 1944, les déportations massives de Tchétchènes et d’Ingouches à l’instigation de Staline visaient déjà à ‘‘stabiliser’’ la région par la force.

Deux guerres ont eu lieu entre les séparatistes tchétchènes et l’armée russe (1994-1996 et 1999-2009). La seconde guerre a officiellement pris fin en 2000 avec la prise de la capitale Grozny. Un gouvernement pro-Kremlin dirigé par Ahmat Kadyrov (ancien séparatiste ayant fait défection pour l’armée russe) avait été instauré, mais les opérations de contre-insurrection ont perduré jusqu’en 2009. Son fils, Ramzan Kadyrov, le dirigeant actuel du pays, lui a succédé. Il déclare être le plus fidèle fan de Poutine, rien de surprenant vu le généreux soutien financier qu’il reçoit de son idole.

Les élections à la Douma (le parlement russe) de 2007 et 2011 illustrent les liens étroits entre Poutine et Kadyrov ainsi que le degré de corruption des autorités locales : taux de participation à 99% et 99% des voix pour Russie unie, le parti de Poutine dont Kadyrov est le dirigeant tchétchène. La politique tchétchène est le reflet de celle de Russie : une petite oligarchie y concentre tous les pouvoirs économiques et politiques.

Violence homophobe

La Russie est l’un des endroits les plus homophobes au monde et cela empire. Poutine a dans les faits aboli la séparation entre l’Église orthodoxe et l’État et son parti, Russie unie, mène une politique homophobe reposant sur l’idée que la Russie a perdu ses valeurs en les ‘‘occidentalisant’’. Les personnes LGBTQI+ ne peuvent pas rester habiter auprès d’une famille traditionnelle russe. Comme toujours en période de crise et de coupe dans les services publics, le concept d’une famille comportant un mari, son épouse et ses enfants est défendu par les autorités pour reprendre en mains l’aide aux personnes âgées et les travaux domestiques, y compris les tâches sociales privatisées.

En Russie, l’ouverture d’esprit est présentée comme étant ‘‘gay’’. Mais les terroristes réactionnaires de Daesh sont décrits comme des ‘‘fous homosexuels’’… La vie y est dangereuse pour les personnes LGBTQI+. Se tenir la main en rue est hors de question et s’organiser pour défendre ses droits est loin d’être évident puisque la ‘‘propagande homosexuelle’’ est interdite. Les différentes couches de la population sont montées les unes contre les autres en vue de cacher les problèmes sociaux. Toutes les formes de protestation sont d’ailleurs réprimées et cachées. Quand des dizaines de milliers de personnes sont récemment descendues dans les rues contre la corruption du Premier ministre Medvedev, la presse n’en a pas fait état.

Il est difficile de décrire avec exactitude ce qui se passe en Tchétchénie. Les sources d’information sont très limitées, la répression ne vise pas exclusivement les personnes LGBTQI+, elle frappe également les opposants et les journalistes. Les échos dont nous disposons font mention de plus de 100 prisonniers, d’au moins 3 morts, de la persécution des journalistes et de l’établissement de camps de prisonniers. Les dénégations du gouvernement tchétchène font craindre le pire puisqu’il déclare : ‘‘Il n’y a pas d’homosexuels en Tchétchénie, il n’y a personne à poursuivre. (…) Une plainte concernant un crime de haine homophobe serait déclarée irrecevable parce qu’il s’agit d’un crime d’honneur et que cela ne pourrait être encouragé.’’ Le gouvernement tente d’encourager les familles à elles-mêmes s’en prendre physiquement à leurs membres LGBTQI+.

Cela a bien entendu un impact sur la conscience de la population. Les statistiques indiquent que 74% des personnes interrogées refusent que la société russe accepte les personnes LGBTQI+ (Pew Research Center, 2013). Un nombre croissant de personnes (63% en 2015) se félicite des lois homophobes. Quel contraste avec la situation qui prévalait en Russie il y a tout juste un siècle, quand la Révolution russe de 1917 a ouvert la voie à la légalisation du mariage homosexuel, au droit à l’avortement, à la possibilité de changer de genre sur les documents d’identité, au droit de vote pour les femmes,…

L’effondrement du stalinisme, la crise des années ’90 où tout ce qui n’avait pas encore été privatisé l’a été et la nouvelle crise des années 2000 suivie d’une baisse générale des conditions de vie ont créé des conditions difficiles pour la résistance et la riposte aux attaques antisociales. Cela renforce la nécessité de développer la solidarité internationale.

Et maintenant ?

Cette question reçoit une attention internationale croissante. Le 20 avril, la Pride.be, Cavaria et d’autres organisations LGBTQI+ ont mené une action à Bruxelles avec quelque 500 participants. Nous ne pouvons pas compter sur les institutions internationales et l’establishment européen, nous ne pouvons compter que sur nos propres mobilisations pour augmenter la pression.

Lors de la Pride à Bruxelles le 20 mai, nous avons dénoncé la situation ce qui prévaut en Tchétchénie et en Russie (ce journal a été envoyé à l’impression peu de temps avant). Nous voulons ensuite organiser une action de protestation à l’ambassade de Russie. Une pétition est diffusée par des militants russes, nous vous proposons de la signer et de la diffuser autour de vous.

(1) Lesbiennes Gays Bisexuel.le.s Trans* Queer Intersexué.e.s

Pétition : https://www.change.org/p/russia-prosecutor-general-investigate-mass-murder-and-torture-of-lgbt-people-in-chechnya

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