USA. Les femmes en ligne de mire, mais aussi en première ligne de la résistance

25 mai, manifestation « Trump not welcome » à Bruxelles. Photo: socialisme.be

Avant même qu’il ne devienne président, de très nombreuses femmes (mais pas que!) se sont inquiétées de la teneur des propos misogynes de Donald Trump, mais aussi des mesures socio-économiques et des coupes budgétaires dans les quelques aides sociales existantes qu’il projetait. Si la peur peut figer, elle peut aussi mettre en mouvement les masses et favoriser les discussions sur le type de lutte et d’alternatives dont nous avons besoin pour faire face aux politiques orientées vers la classe des milliardaires qui utilise les divisions (le racisme, le sexisme,…) pour se maintenir au pouvoir. Le 21 janvier, lendemain de l’investiture de Trump, pas moins de 3,5 millions de personnes sont descendues dans les rues lors des Women’s march : du jamais vu aux USA ! Et, depuis, le mouvement de contestation se poursuit et se construit !

Par Emily (Namur), article tiré de l’édition de juin de Lutte Socialiste

Trump ne se contente pas de politiques sexistes, il use et abuse de propos à caractère misogyne. L’enregistrement dans lequel il a affirmé ‘‘Grab’em by the pussy’’ (‘‘attrapez-les par la chatte’’ – traduction libre) a fait grand bruit. En plus de dénoncer ces mots, les manifestations contre la politique de Trump se sont réapproprié ces propos en les retournant : de nombreuses personnes se définissent comme des ‘‘pussy grabber’’ et revêtent un bonnet rose aux oreilles de chat comme symbole de protestation.

A nous de choisir !

Trump a demandé aux femmes de son administration ‘‘de s’habiller comme des femmes’’, en jupe et talons hauts. Les dictats vestimentaires, en particulier vis-à-vis des femmes, sont courants. La municipalité de Dadeville en Alabama souhaite, elle, interdire aux femmes de porter jupe, robe et short court ! Au coeur de la culture du viol, ces injonctions voudraient rendre les femmes victimes d’une agression responsables de cette dernière parce que, en tant que femmes, elles n’auraient pas à se trouver à tel endroit à telle heure ou à se vêtir comme elles le souhaitent.

Nous ne sommes pas en reste de ce côté-ci de l’Atlantique avec le Forem qui dispense des cours sur la manière de s’habiller et de se maquiller pour décrocher un emploi. La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) autorise quant à elle depuis mi-mars les entreprises à interdire le port du voile à leurs salariées. La CJUE argumente que si cette volonté de neutralité s’applique à tous, elle n’est en rien discriminatoire vis-à-vis des musulmanes. Et pourtant, ce sont bien elles qui sont ciblées ! Décrocher un emploi leur deviendra encore plus difficile.

A l’image des lycéennes de Valence (France) qui protestent pour pouvoir s’habiller comme elles le souhaitent, nous devons poursuivre la lutte pour le droit de chaque personne à s’habiller comme elle l’entend ; à elle de choisir pantalon ou jupe, la longueur de cette dernière ainsi que ce qu’elle porte sur la tête sans que des pressions extérieures ne soient exercées, par la famille comme par l’école ou l’employeur.

Le droit de choisir, les femmes doivent également l’avoir en matière de santé sexuelle et reproductive. Trump est farouchement opposé à cela et, n’ayant pas la compétence d’interdire l’avortement (compétences des Etats), il a supprimé les subsides à toute organisation internationale qui pratique l’IVG ou qui renseigne à ce sujet. Il met en exemple le Texas qui autorise désormais les médecins à mentir sur l’état de santé de l’embryon pour éviter qu’une femme décide de mettre fin à une grossesse dans un contexte où il n’existe pratiquement pas d’aide sociale pour les personnes malades ou handicapées !

Trump a également nommé un farouche opposant à la santé sexuelle et reproductive comme nouveau juge à la Cour suprême. En plus de s’opposer à l’avortement, il juge que des entreprises ont le droit, pour raisons religieuses, de refuser de donner à leurs employées une couverture santé qui rembourse la contraception. Nombreux sont celles et ceux qui, dès l’élection de Trump, sont descendus dans les rues pour s’opposer à cette politique. La lutte victorieuse des Polonaises contre le projet de loi interdisant totalement le recours à l’avortement (dont nous avons déjà parlé dans une précédente édition de ce journal) illustre que la lutte paie !

Pour des soins de santé accessibles et de qualité

Trump a finalement réussi à faire passer son Affordable Health Care Act (AHCA) à la Chambre des représentants qui exclura de toute possibilité de couverture santé pour 24 millions d’Américains. Les Etats ne sont désormais plus obligés de couvrir les ‘‘frais de santé essentiels’’ comme les soins obstétriques ou le soutien psychologique, y compris pour les personnes victimes de violences. Il permet également d’exclure d’une assurance maladie toute personne ayant une ‘‘maladie préexistante’’, c’est-à-dire toute maladie déclarée avant l’inscription chez l’assureur.

Ainsi, une personne ayant bénéficié d’un suivi post-traumatique ou d’un traitement anti-MST suite à un viol pourrait ne plus bénéficier d’une couverture santé ! Du point de vue de Trump et de ses amis assureurs, une victime de viol est une personne à risque. L’AHCA correspond à une coupe de 880 milliards de dollars dans la santé (dont la couverture était déjà plus que médiocre). Ces économies permettront à Trump de financer les réductions fiscales qu’il veut offrir aux plus riches. Pour les familles, c’est une catastrophe sans nom.

En Belgique, si on peut se targuer d’avoir une bien meilleure couverture santé, les 902 millions d’euros d’économie dans le secteur font mal. Les plus précaires doivent choisir entre se soigner ou se nourrir et se loger correctement. La santé des femmes est directement attaquée avec une restriction des budgets des plannings familiaux, des examens gynécologiques moins remboursés ou encore la diminution du nombre de jours en maternité. Les conditions de travail se détériorent pour les travailleurs, qui sont dans le secteur majoritairement des femmes. Ces derniers mois, le non-marchand est régulièrement descendu dans les rues pour protester contre les mesures d’économies et la charge excessive de travail. Cette lutte essentielle est aussi le plus grand mouvement de femmes et pour les droits des femmes actuellement en Belgique. La syndicalisation des femmes, certainement dans les secteurs où elles sont majoritaires, est importante pour construire un mouvement fort et uni pour des conditions de travail décentes et une augmentation de notre pouvoir d’achat.

La lutte contre Trump et les politiques pro-riches s’organisent aux États-Unis, les femmes y jouent un rôle clé. Manifestons en solidarité avec les luttes outre-Atlantique, mais également pour ne plus subir les politiques pro-riches ici.

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