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Au sujet du rassemblement antifasciste de ce 24 novembre et des discussions qu'il suscite

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Un bilan largement positif

Le bilan que tirent EGA, Blokbuster et le PSL de la mobilisation unitaire contre le local nazi à Ixelles est largement positif. Ensemble, nous avons alerté les habitants de la présence d’un local nazi dans leur commune. Nous avons stimulé la vigilance contre toute tentative de semer la haine qui émane des groupes qui s’y réunissent. Nous avons ainsi posé une base sur laquelle développer de futures mobilisations quand ces groupes essayeront d’imposer leur marque dans les semaines, mois et années à venir. Nous avons aussi assuré que le collège communal d’Ixelles ne puisse plus prétendre ne pas avoir été au courant au moment où ces nazis causeront des incidents. Nous ne manquerons pas de le leur rappeler le moment venu.

Pour notre part, nous sommes en général également satisfaits de la répartition du travail entre les divers organisateurs qui s’est exprimée dans la participation diversifiée composée d’habitants du quartier, d’écoliers et d’étudiants, de personnes d’origine belge ou migrante, avec ou sans papiers ainsi que de diverses organisations de gauche dont certaines – parmi lesquelles le PSL, EGA et Blokbuster – ont réalisé un véritable effort de mobilisation. La manifestation, spontanée et improvisée, s’est déroulée de manière très correcte et a permis de gagner le soutien de nombreux passants.

Ce n’est qu’à la fin de la manifestation que quelques habitués ont voulu rouler les mécaniques face à la police. Nous n’avons pas trouvé cela particulièrement pertinent ou intelligent, mais n’exagérons rien, cela n’a pas eu de réel impact sur le mouvement. Nous ne comprenons d’ailleurs pas non plus pourquoi certains insistent pour gonfler le nombre de participants, nous avons même lu le chiffre de 500. Prétendre cela est mensonger, cela nous décrédibilise tout en laissant sous-entendre que nous ne serions pas satisfaits des 200 participants que nous avions. Pour nous, ce nombre ainsi que la diversité des participants, organisés et non-organisés, ont été très encourageants. Cela représente une bonne base pour continuer à se mobiliser.

Arrêtez de vouloir encadrer la liberté de se réunir, de s’organiser et la liberté de presse

À l’approche de l’action du 24 novembre est apparu un désaccord. Une partie des organisateurs et quelques participants voulait réprimer l’activité politique en imposant la règle d’un drapeau par organisation, sauf « les drapeaux de causes (Antifascisme, féminisme, anarchisme,…) ». Voilà le genre de restrictions que la société capitaliste n’ose plus (pour l’instant, ne leur donnez pas d’idée s’il vous plaît) imposer aux mouvements sociaux depuis que la classe ouvrière a arraché le droit de se réunir librement et de s’organiser comme elle l’entend ainsi que la liberté de la presse. Imaginons un instant que le gouvernement impose une telle restriction aux manifestations syndicales, ce serait alors considéré comme une mesure anti-démocratique. Imaginons-nous encore que les dirigeants syndicaux imposent un nombre strict de banderoles « à l’exception de causes-clés », ce serait considéré par la base comme une mesure bureaucratique inacceptable.

Pour le mouvement ouvrier, le fait de s’organiser est une nécessité absolue. Il lui serait sans cela impossible de se battre contre les capitalistes qui disposent de tous les moyens. Les capitalistes préfèrent affronter chaque travailleur individuellement. Ils soufflent depuis longtemps à leurs oreilles qu’ils sont chacun des travailleurs hors du commun qui travaillent durement alors que les ‘organisations syndicales et politiques’ les instrumentalisent et limitent leurs possibilités pour ne servir que les fainéants. Mais la nature du travail salarié, surtout dans les grandes unités de production, pousse à la solidarité et à l’organisation. Il est apparu de plus en plus clairement que se libérer en tant qu’individu ne peut être réalisé qu’au moyen de l’organisation collective. La collectivité étant diverse par essence – croyants et athées, d’origine belge ou migrante, jeunes et aînés, etc. – l’objectif de parvenir à l’unité impose le respect de la liberté d’expression de chacun, sans limitations, sans encadrement et sans l’encadrement qu’ont subi les journalistes occidentaux durant la guerre en Irak ou les syndicats à l’ère du stalinisme.

elleditquellepartiraouelleestmemepasvenueAucun mouvement ne connait d’homogénéité parfaite. Et bénéficier de l’expérience de tous représente évidemment une chance. L’unité ne se construit pas qu’entre convaincus, mais dans la diversité d’opinions. Cette liberté de donner son avis est un élément essentiel qui comprend la liberté de matériel et aussi la liberté de presse. Nous ne savons pas s’il s’agit d’une provocation d’un adversaire au mouvement antifasciste, mais nous avons lu l’appel suivant : « la prochaine fois, on pourra cramer la gueule aux drapeaux du PSL ? parce que non seulement y’en avait PLEIN (en plus de leur stand de merde et de leurs vendeurs de journaux) (…) » Nous ne pensons pas que limiter la liberté de presse est également la position des organisateurs désireux d’encadrer l’utilisation de drapeaux, mais le fait qu’ils n’ont même pas pris la peine de réagir n’est pas un bon signe.

D’où vient alors ce réflexe de vouloir « encadrer » la liberté d’autrui ? Pour certaines couches dans la société, qui n’ont pas directement l’expérience de l’ouvrier, il est difficile de comprendre le respect de la liberté d’autrui. Ils croient souvent encore les fables de l’individu- élite qui ne veut pas appartenir au « troupeau », qui croit disposer de qualités hors du commun, pour qui la solidarité ne se résume pas à la défense d’intérêts communs, mais au mieux à l’entraide, voire même à l’aide de l’élite éclairée aux plus démunis, ce que les chrétiens appellent la charité. Ils accentuent le rôle de l’individu plutôt que celui de la classe et ne comprennent pas que l’individu ne se libère que par la lutte collective. Ils ont horreur de « l’organisé » de la même manière que le patron a horreur du « syndiqué », ce qui n’est autre qu’une forme spécifique d’organisation.

Les manœuvres et la censure ne peuvent que constituer un frein dans la lutte. C’est justement en défendant ouvertement ses idées qu’il est possible d’avancer. C’est illustré, par exemple, lors d’un vote en assemblée générale de travailleurs dans une entreprise pour décider d’aller ou non en grève. Le fait de voter à main levée et ouvertement permet à chacun de se faire une idée des tendances générales de la manière la plus précise possible et permet, finalement, que le débat puisse se faire de la manière la plus transparente possible afin d’en ressortir les meilleures méthodes et tactiques. Parmi la base, jamais il ne serait accepté que le vote soit limité à une voix par branche ou par section. Nous pensons que le mouvement antifasciste ne peut pas non plus l’accepter sans mettre en péril sa force et son efficacité.

L’unité se construit dans la diversité, pas en encadrant ou en limitant les droits des autres. L’unité linéaire, imposée, encadrée, c’est ce qu’on retrouve dans le parti unique des staliniens ou dans l’interdiction de s’écarter de la ligne de la bureaucratie. C’est ce qu’on retrouve aussi dans les courants de droite qui se basent principalement sur des couches plus individualistes. Il serait inacceptable que certains ne défendent pas la pluralité dans le mouvement antifasciste. C’est d’autant plus dommage que la manifestation du 24 novembre à Ixelles, où les encadreurs n’ont d’ailleurs pas osé encadrer, a illustré le potentiel et la volonté qui existent dans la jeunesse et le quartier.]]>