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Développement important dans le travail international du PSL

Entretien avec Eric Byl

Mi-août, la réunion du Comité exécutif international (CEI) du Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO) a été suspendue le temps d’un meeting avec des membres du PSL/LSP. L’événement a été suivi en streaming dans plus de 30 pays, y compris collectivement à d’autres moments dans des fuseaux horaires différents. Un appel à la solidarité financière a permis de récolter plus de 40.000 euros dans le monde entier. Ce n’était pas une réunion ordinaire du Comité pour une Internationale ouvrière. Nous en avons discuté avec Eric Byl.

Quel rapport entretient le PSL avec le CIO ?

‘‘Le PSL défend une transformation socialiste de la société. L’époque où le capitalisme, en dépit de toutes ses atrocités et ses carences, remplissait son rôle historique consistant à réinvestir la plupart de ses profits dans l’amélioration des moyens de production est révolue depuis longtemps. Ni la division internationale du travail ni le pillage des colonies n’ont pu empêcher les crises économiques structurelles, le chômage de masse, l’appauvrissement, l’instabilité politique et, en fin de compte, les régimes militaires et fascistes et les guerres mondiales.

‘‘Dès sa création en tant que force organisée, le mouvement ouvrier avait conscience que la lutte contre un système mondial dominé à peine par quelques centaines de grandes entreprises nécessitait de s’organiser à l’échelle internationale. Aujourd’hui, la domination des multinationales est encore plus grande et les investissements financiers peuvent être transférés d’un continent à l’autre en un clin d’œil. C’est pourquoi le PSL participe à la construction d’un parti mondial. Le CIO est un premier pas dans cette direction avec des partis, des groupes et des membres présents dans 41 pays.’’

Quel est le programme du CIO ?

‘‘Aujourd’hui, les moyens techniques et scientifiques existent pour affronter tous les grands problèmes de ce monde: pauvreté, approvisionnement alimentaire, logement, éducation, réchauffement climatique, etc. Tout ce que vous voulez. Malheureusement, ces moyens sont aux mains d’une petite minorité de capitalistes ; ils ne sont pas partagés, mais brevetés. Des investissements nécessaires sont négligés car ils manquent de rentabilité. Les secteurs-clés de l’économie devraient être placés sous le contrôle démocratique de la collectivité et sous propriété publique afin de pouvoir orienter l’économie vers la satisfaction des besoins les plus urgents grâce à une planification démocratiquement décidée.

‘‘Nous soutenons les revendications immédiates des mouvements de lutte, en les liant systématiquement à ce qui est objectivement nécessaire, même si les capitalistes et leurs représentants prétendent que c’est impossible, et nous illustrons ainsi la nécessité du socialisme démocratique. Cela commence bien sûr quelque part, d’abord au niveau national, mais sans le soutien du mouvement ouvrier international et sans un élargissement à d’autres pays, toute attaque contre les intérêts des capitalistes subira une énorme contre-offensive.’’

Comment fonctionne le CIO ?

‘‘Comme le PSL, le CIO n’est pas une anticipation de la société future, mais une organe de combat. Il travaille donc selon les principes du centralisme démocratique qui cherche à concilier la nécessité de la plus grande liberté possible dans la discussion avec le besoin d’efficacité. Cela provient directement des luttes des travailleurs. On peut comparer ça à un piquet de grève. Pour des augmentations de salaire, un meilleur pécule de vacances,… on ne va pas nécessairement arrêter tous les travailleurs qui veulent travailler, parce que le patron peut s’en servir pour les rallier à sa cause. Alors on place un piquet filtrant. Lorsque des emplois sont en jeu, la fermeture de l’entreprise est une nécessité absolue. Alors plus personne ne franchira le piquet et tout le monde exécutera la décision majoritaire, même ceux qui ne sont pas d’accord avec celle-ci. En évaluant par la suite si cela était correct ou non.’’

Peux-tu nous parler des structures du CIO ?

‘‘Le congrès du CIO a lieu tous les trois ans. Sa composition respecte les principes de la Troisième Internationale communiste, avant sa dégénérescence stalinienne. Afin d’éviter que quelques sections nationales ne dominent les autres, les plus grandes sections se voient attribuer un maximum de 5 mandats, élus par les comités nationaux de ces sections nationales, les plus petites ont un minimum de 1 mandat et toutes les autres de 2 à 4 mandats selon leur taille. Lors de ces Congrès, 100 à 120 représentants élus, visiteurs et membres sortants du CEI débattent pendant une semaine des perspectives internationales, de notre stratégie, de nos tactiques et de notre programme. Après quoi un CEI est élu (le dernier comprenait 49 membres avec droit de vote). Ce dernier, à son tour, élit un Secrétariat international (SI) qui s’occupe du fonctionnement quotidien entre la tenue de deux CEI et est responsable devant le CEI. En même temps, un comité d’audit et un comité d’audit financier sont élus avec des membres qui n’appartiennent pas au CEI. Le CEI se réunit une fois par an.’’

Au cours des 10 derniers mois, des débats importants ont eu lieu au CIO. De quoi s’agissait-il ?

‘‘A partir de l’été 2018, le SI a accusé la section irlandaise d’accorder trop d’attention à l’oppression des femmes, de faire des compromis sur les politiques d’identité, de négliger l’orientation vers la classe ouvrière et les syndicats, d’accorder une attention insuffisante aux fronts uniques, de diluer son programme, de ne pas suffisamment profiler le parti, d’avoir une position partiale sur la question nationale et d’avoir abandonné le centralisme démocratique. Cela a été rejeté à une large majorité au Comité national (CN) de la section irlandaise, où 4 membres du SI étaient présents. Le SI a ensuite porté la discussion au CEI de novembre 2018, rien d’exceptionnel. Ce qui était surprenant, c’était la nature et l’ampleur des allégations, le fait que rien n’avait été dit à ce sujet auparavant, que le SI parlait de désaccords ‘‘fondamentaux’’ et ne semblait pas disposé à prendre du recul après que le CN irlandais eut rejeté sa position. Les membres du CEI de 5 des 10 plus grandes sections ont protesté, et le SI a étendu ses accusations à ces sections. Finalement, une majorité de 24 des 46 membres de plein droit du CEI présents et 6 des 10 membres aspirants du CEI se sont prononcés contre le SI. Ce dernier a alors mis en place une fraction avec une minorité du CEI (21). Il a été décidé d’approfondir la question durant un an et de prendre décision lors d’un Congrès mondial en janvier 2020 et de convoquer le CEI dans l’intervalle en août 2019, tout cela sous la supervision d’un Comité d’Organisation du Congrès (COC) conjoint.’’

Il y a finalement eu une scission. Pourquoi donc ?

‘‘Après trois réunions, la fraction autour du SI a commencé à boycotter le COC. Dans les comités nationaux des sections du CIO et plus tard dans les assemblées générales, la fraction a perdu de plus en plus de terrain. Au cours de ces débats, ce qu’elle voulait vraiment faire est également clairement apparu. Le SI avait développé une vision très pessimiste de la conscience de classe, estimait qu’il fallait ‘‘se retrancher’’ et ne pas exposer nos membres aux idées petites-bourgeoises dans les nouveaux mouvements autour d’oppressions spécifiques car ‘‘sinon, nous serions dans la mauvaise direction si la classe entre vraiment en mouvement’’. Une minorité au sein de la fraction autour de la section espagnole ne partageait pas ce pessimisme et s’est séparée en mars de la fraction du SI, mais aussi du CIO.

‘‘La majorité du CEI a reconnu que la classe ouvrière n’avait pas encore marqué les mouvements de son emprunte, mais elle a appelé à intervenir de façon énergique dans les nouveaux mouvements. C’est la meilleure façon de combattre les influences petites-bourgeoises et de se préparer aux tempêtes sociales qui nous attendent. Depuis lors, la section irlandaise est intervenue vigoureusement dans les grèves des sages-femmes, des ambulanciers, des facteurs et tout particulièrement dans l’occupation du chantier naval de Belfast.’’

Le SI vous a-t-il exclu ?

‘‘Après le départ de la section espagnole, suivie par les sections du Venezuela, du Mexique et du Portugal, il était certain qu’il était impossible au SI d’obtenir une majorité au sein du CEI et certainement pas lors d’un Congrès mondial, ce qui toutefois était déjà évident. Il a donc contesté la légitimité du CEI, s’est essuyé les pieds sur nos statuts et a même menacé d’exclure la majorité. Enfin, avec 80% de la section d’Angleterre et du Pays de Galles, les sections du Chili, de Malaisie, du Sri Lanka, d’Inde, d’Écosse, de France et une minorité des sections allemande et sud-africaine, il a décidé de refonder le CIO, en quelque sorte, lors d’un congrès en juillet, et de s’accaparer le nom et toutes les ressources. La majorité n’a pas été conviée et a continué à aller de l’avant avec la réunion du CEI du mois d’août.

‘‘La majorité dispose de sections dans 27 pays et de groupes dans 6 autres, il n’y a qu’au Nigeria que le débat doit encore être clôturé. La majorité comprend les sections entières de Chine-Hong Kong-Taïwan, des Etats-Unis, de Grèce, de Suède, du Brésil, de Russie, de toute l’Europe centrale et orientale, d’Israël/Palestine, de Belgique, etc.

Quelle est la prochaine étape ?

‘‘Bien sûr, une évaluation a été faite au CEI. Le fait que 75% des membres actifs étaient prêts à se révolter contre la direction historique illustre la vitalité de cette majorité. Des leçons ont été tirées, des mesures ont été prises et d’autres sont en préparation pour éviter qu’un tel scénario se reproduise à l’avenir. Cette évolution est évidemment un choc, mais c’est également caractéristique qu’une telle chose se produise au moment même où la politique annonce un tournant. Comme toute crise, elle crée des opportunités, et nous sommes convaincus qu’en peu de temps, nous pourrons restaurer l’internationale socialiste révolutionnaire dynamique et démocratique que nous étions autrefois, mais qui perdait de ses couleurs depuis quelque temps.

Déclaration de la majorité du CIO.
• Un nouveau site de l’internationale sera disponible dans le courant du mois de septembre : worldsocialistalternative.com. D’ici là, nous disposons d’un blog : worldsocialist.net