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Déclaration de la majorité du Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO)


Entre le 12 et le 16 août, la majorité des membres du Comité exécutif international (CEI) élus en 2016 lors du dernier Congrès mondial du Comité pour une Internationale ouvrière (CIO) se sont réunis. Ils ont discuté de la scission du CIO initiée par la fraction minoritaire internationale (IDWCTCWI) dans la période ouverte par la réunion du CEI de novembre 2018. Ils ont discuté des tâches qui découlent de cette scission pour la majorité du CIO et de la manière de continuer à construire les forces du marxisme sur les plans politique et organisationnel. Notre objectif est de construire un parti révolutionnaire international de masse, ce qui est absolument nécessaire pour que la classe ouvrière réussisse à débarrasser la société du système capitaliste et parvienne à construire une nouvelle société socialiste.

Entre le 22 et le 25 juillet, une petite minorité du CEI a tenu une réunion internationale à Londres au cours de laquelle elle a décidé de « reconstituer le CIO » en conservant le nom, le site web et les ressources de l’organisation internationale. En d’autres termes, la minorité a « expulsé » la majorité ! Il s’agit là d’une évolution sans précédent dans toute formation politique qui prétend respecter les procédures démocratiques de base, sans même parler d’une formation socialiste révolutionnaire dont le centralisme démocratique est censé constituer l’un des fondements.

La fraction internationale, qui s’est elle-même appelée de manière arrogante « In Defence of a Working Class and Trotskyist CWI » (En défense d’un CIO trotskiste et reposant sur la classe ouvrière, IDWCTCWI) avait, avant de scissionner, le soutien de la majorité des directions dans seulement 9 sections et groupes du CIO (en Angleterre et au Pays de Galles, en Écosse, en Allemagne, en France, en Inde, en Malaisie, au Sri Lanka, en Afrique du Sud et au Chili). Cependant, la majorité des membres des sections d’Allemagne et d’Afrique du Sud soutiennent la majorité du CEI. Ainsi, la minorité internationale ne dispose du soutien de la majorité des membres que dans 7 sections de l’ensemble du CIO. La majorité du CEI bénéficie du soutien total ou majoritaire des sections ou groupes du CIO dans les 25 pays suivants : États-Unis, Irlande, Belgique, Suède, Grèce, Brésil, Autriche, Israël-Palestine, Russie, Australie, Chypre, Norvège, Turquie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Italie, Canada, Québec, Chine, Taiwan, Hong Kong, Pays-Bas, Tunisie, Soudan. De plus, la majorité du CEI a le soutien de la majorité des membres en Allemagne et en Afrique du Sud. Elle bénéficie également d’un soutien important en Grande-Bretagne et est aussi présente au Mexique, en Espagne, au Portugal et en Finlande. Dans certaines sections, par exemple au Nigéria, le tableau n’est pas encore défini. Le nombre total de pays dans lesquels la majorité du CIO est présente est d’environ 35. Le seul pays dans lequel la fraction internationale dispose de forces importantes est la Grande-Bretagne.

La fraction a été lancée par la majorité du Secrétariat international lui-même (avec deux membres aspirants du SI en opposition), ce qui est sans précédent dans le contexte d’une organisation fonctionnant sur base du centralisme démocratique. La fraction a été constituée par la majorité du SI contre la majorité du CEI, organe qui élit le SI et devant lequel le SI est responsable. C’était en soi une indication de leur intention de provoquer une scission au sein de l’Internationale dès le début, dès le moment où ils ont rencontré une forte opposition au sein du CEI.

Le fait que le résultat de la lutte fractionnelle ait été désastreux pour la fraction autour du SI dans les rangs du CIO indique clairement qu’ils n’avaient aucun contact réel ou aucune compréhension de l’organisation dont ils étaient censés assurer la direction quotidienne. Cela va de pair avec leur compréhension insuffisante des développements et des processus dans la situation objective ainsi que des réalités de la lutte des classes et de la conscience de classe actuelles, tout cela étant à l’origine de la scission du CIO.

D’autre part, le fait que la majorité tant du CEI et que du CIO se soit opposée à la majorité du SI (qui représentait la direction historique de l’organisation) et à sa trajectoire est révélateur du niveau politique élevé de la grande majorité des cadres et des membres de l’organisation internationale.

Les racines politiques de la crise

La crise a été initiée par l’approche hostile de la majorité du SI à l’égard de divergences avec la direction de la section irlandaise. Il s’agissait d’une grave violation de nos principes. Cependant, les racines de la crise sont, comme toujours, beaucoup plus profondes et politiques. Fondamentalement, la crise reflète les contradictions de la situation objective de même que les limites politiques de la majorité du SI (et de la direction de la section d’Angleterre et du Pays de Galles) ainsi que leur incapacité à comprendre ces processus en profondeur. Les mouvements pour l’émancipation des femmes et l’environnement sont deux des questions politiques qui ont dominé le débat. L’accent mis par les sections soutenant la Majorité sur ces mouvements et d’autres du même genre a été utilisé par la fraction minoritaire pour accuser la Majorité d’abandonner la classe ouvrière, et donc le trotskysme, et d’avoir capitulé devant les pressions petites-bourgeoises et l’opportunisme. Rien n’est plus faux. En réalité, l’ancienne direction du CIO avait une faible compréhension théorique de l’oppression des femmes – et il en va de même pour la question de l’environnement.

Une des caractéristiques centrales de la période actuelle est que la classe ouvrière et les masses laborieuses font face à l’assaut de la classe capitaliste à l’échelle mondiale, mais ne sont pas encore parvenus à freiner les attaques et à passer à la contre-offensive. En dépit d’une résistance massive et déterminée de la classe ouvrière dans de nombreux pays (par exemple en Europe du Sud et en particulier en Grèce dans la première moitié des années 2010) ; des mouvements sociaux de masse (comme le mouvement Occupy, le mouvement des parapluies à Hong Kong, les mouvements des femmes, les mobilisations des jeunes contre les changements climatiques, etc.) ; des révolutions (par exemple en Afrique du Nord et au Moyen-Orient en 2011 et au premier semestre 2019 au Soudan et en Algérie ainsi que la récente explosion sociale à Hong Kong) ; et du développement partiel de la conscience de classe, anticapitaliste et, dans une certaine mesure, socialiste dans certaines parties du monde (par exemple aux États-Unis où la majorité de la jeunesse préfère le terme de socialisme à celui de capitalisme dans tous les sondages de ces dernières années), un sentiment de recul et de défaite existe au sein de larges couches de la population des pays du globe.

Cela se reflète au niveau politique avec le recul de l’attrait de nombreux partis de la Gauche (anciens et nouveaux) et l’augmentation du soutien à l’extrême droite et au populisme de droite, comme on l’a vu lors des élections européennes de mai de cette année et avec l’émergence de Trump, Bolsonaro, Orban, Modi, etc. au cours de ces dernières années.

La capitulation de SYRIZA en Grèce reflète les limites du réformisme modéré des Nouvelles Formations de Gauche (NFG) à l’époque actuelle. À son tour, cette retraite a affecté d’autres NFG et de grandes sections des masses laborieuses. La plupart des NFG qui ont vu le jour au cours de la période précédente ont capitulé ou sont en crise et en recul. Certains ont complètement disparu ou jouent un rôle insignifiant – par exemple Rifondazione en Italie, le SSP en Écosse, le NPA en France, etc. Des contradictions similaires s’appliquent à de nouveaux « phénomènes » de gauche comme Corbyn en Grande-Bretagne. Les développements aux États-Unis, autour de Sanders et du DSA, connaissent actuellement une trajectoire différente essentiellement parce qu’ils n’ont pas encore connu le test de la pratique. Le portrait général est que pour des millions de travailleurs et de jeunes dans le monde, il n’y a pas d’alternative politique de gauche vers laquelle se tourner.

La crise du système capitaliste réduit aussi drastiquement la marge de manœuvre des dirigeants syndicaux qui refusent de défier le capitalisme. Par conséquent, ils sabotent et trahissent généralement la classe ouvrière et ses luttes. Ce facteur, qui bien sûr n’est pas neuf (comme Trotsky le décrit dans de nombreux articles, et en particulier dans « Les syndicats à l’époque de la décadence impérialiste », en 1940), pousse de larges pans de la classe ouvrière à prendre des initiatives par « en bas », c’est-à-dire hors du contrôle et des dirigeants traditionnels et contre leur volonté. Cela étant dit, d’importantes différences existent bien entendu d’un pays à l’autre concernant le rôle des dirigeants syndicaux, la manière dont les syndicats sont organisés et structurés et la conscience de la classe ouvrière à leur égard. Tout cela doit être pris en considération. Il va sans dire que comprendre le rôle des directions syndicales ne signifie ou n’implique en aucune façon que nous devrions ignorer ou abandonner notre travail au sein des syndicats. Mais cela signifie que la manière dont nous abordons ce travail, les slogans et les revendications que nous utilisons, doit tenir compte de ce facteur, comme cela a été démontré dans le matériel produit par la majorité du CEI et dans les sections qui l’ont soutenue au cours de cette dernière période.

Le développement, la forme et le caractère des mouvements contre l’oppression des femmes et contre les changements climatiques, en particulier par les jeunes, au cours des dernières années – sujets devenus centraux dans le débat avec la minorité – reflètent les processus mentionnés ci-dessus. Ils reflètent un processus de radicalisation à grande échelle, en particulier de la nouvelle génération, qui se déroule en grande partie en dehors des organisations traditionnelles et de masse.

Ces mouvements constituent un terrain d’intervention et de construction extrêmement important et fertile pour les forces du socialisme révolutionnaire. Cette intervention va de pair avec le fait d’apprendre à « écouter » les besoins et à comprendre le niveau de conscience des personnes en mouvement. Le programme de transition nécessaire pour jeter un pont entre notre programme socialiste et le grand public de la classe ouvrière est toujours, comme Trotsky l’a souligné avec force, un dialogue avec les masses.

L’orientation de la section irlandaise et celle d’autres sections vis-à-vis des mouvements des femmes et du mouvement pour l’environnement a été utilisée par la minorité afin d’accuser la Majorité d’abandonner les syndicats, et à travers eux la classe ouvrière dans son ensemble, pour se tourner vers les couches petites-bourgeoises ! Cette allégation n’était absolument pas fondée. Elle a également abaissé le niveau du débat politique au plus bas jamais atteint. La minorité s’est engagée dans une voie « irrationnelle », en choisissant un mot ici et une phrase là, pour créer des différences artificielles et les amplifier hors de toutes proportions. Elle a eu recours à des attaques personnelles contre des camarades à titre individuels, en empoisonnant l’atmosphère politique. En conséquence, et malgré le grand respect dont jouissait au départ la majorité du SI, la minorité n’a fini par convaincre qu’une petite minorité des sections de l’Internationale.

Sans sous-estimer l’importance des différences existantes, il n’en demeure pas moins qu’une scission au sein du CIO n’était ni nécessaire, ni inévitable. Ce qui a conduit à la scission a été le refus du SI de prendre sérieusement en considération les critiques formulées par la majorité du CEI et d’apporter les corrections nécessaires ; sa conviction qu’eux seuls pouvaient comprendre et analyser correctement la période et les tâches d’aujourd’hui ; et qu’eux seuls représentaient le marxisme actuel. Le facteur objectif qui a contribué à cette idée était que les principaux camarades du SI ont joué un rôle historique en aidant le CIO à passer d’une petite force dans les années 1960 et 1970 à la plus grande internationale trotskyste dans les années 1990. Ils ont toutefois échoué à comprendre que des sections fortes et des dirigeants politiques forts s’étaient développés dans un certain nombre de pays, qui pouvaient apporter et apportaient de nouvelles contributions significatives au développement de l’Internationale tant sur le plan théorique et politique que sur le plan tactico-organisationnel. Leur inflexibilité s’est manifestée le plus clairement dans leur attitude à l’égard des mouvements des femmes au cours de ces dernières années et de la façon la plus flagrante dans leur opposition au travail de la section irlandaise à travers « Rosa ».

Les problèmes dus aux faiblesses et aux limites du SI existaient déjà auparavant. Il semblait cependant que ces lacunes pouvaient être surmontées grâce à l’effort collectif des dirigeants internationaux, c’est-à-dire grâce à la contribution des dirigeants des sections nationales du CEI qui s’était transformé en un organe ayant une pensée « indépendante » et des perceptions critiques. Voyant que le CIO était capable de se développer et de grandir, malgré les limites relatives du SI, aucun membre du CEI n’avait soulevé la question d’un changement de composition du SI. Personne ne s’attendait à ce que la majorité du SI ne s’arrête devant rien – et soit même prête à détruire le travail de décennies – plutôt que d’accepter avoir commis une grave erreur lorsqu’elle s’est retrouvée en minorité au sein du CIO.

La faction IDWCTCWI a transformé toute différence réelle ou imaginaire en une différence à caractère « crucial » et « fondamental », accusant la Majorité d’avoir abandonné le socialisme révolutionnaire et le trotskysme. Leur principale allégation contre la Majorité était qu’elle avait capitulé devant l’opportunisme, les idées et les pressions petites-bourgeoises. Le « mystère » demeure sur le fait qu’ils n’ont jamais essayé d’expliquer, bien sûr, comment cet opportunisme a soudain conquis la grande majorité du CIO sans toucher les membres du SI chargés de suivre le travail de ces mêmes sections et sans avoir réalisé quoi que ce soit au cours de ces dernières années !

La vérité incontestable est que la majorité du SI et ses partisans à la tête de la fraction minoritaire se sont engagés dans un processus de dégénérescence bureaucratique. Ils ont non seulement ignoré de manière provocante les statuts du CIO et du CEI, élu par le Congrès mondial, mais ils ont aussi foulé aux pieds tout sens de la démocratie de parti. Ils ont refusé de fournir un état des lieux des finances ou de permettre un audit financier – officiellement exigé par de nombreuses sections et possibilité permise par les statuts du CIO. Ils n’ont pas eu l’honnêteté d’accepter leur position minoritaire et de quitter le CIO une fois la scission décidée. Au lieu de cela, ils ont choisi de s’emparer du nom, du site Web, des fonds et des réserves de l’Internationale (en ayant investi dans de nouveaux locaux d’une valeur de plus d’un million de livres sterling en Angleterre). Ils ont fini par « expulser » la Majorité, en justifiant ridiculement cela par leur prétention d’être les seuls véritables représentants du marxisme de nos jours ! Cette attitude, ces méthodes et ces pratiques les conduiront inévitablement droit dans le mur.

Les tâches de la majorité du CIO

Le système capitaliste mondial est en proie à l’une des crises économiques les plus profondes de son histoire. La crise déclenchée par la crise immobilière aux États-Unis en 2007, qui s’est transformée en crise bancaire internationale et en crise de la dette souveraine, a été la pire depuis le krach de Wall Street en 1929. Malgré l’injection massive de liquidités par les classes dirigeantes mondiales pour contenir la crise, aucun des problèmes fondamentaux de l’économie capitaliste n’a été résolu. Les contradictions subsistent et elles sont extrêmement intenses. L’économie mondiale est sur le point de connaître un autre très grave ralentissement économique après le dernier en 2008-2009. Mais, en même temps, les outils dont dispose la classe dirigeante pour faire face aux effets de la nouvelle récession sont beaucoup plus limités qu’en 2007-8, avec des dettes souveraines à des niveaux historiques, des déficits budgétaires élevés dans de nombreux pays « développés », des économies puissantes comme celle de l’Italie au bord du précipice et des taux d’intérêt extrêmement bas, souvent autour de zéro, voire négatifs dans certains cas (en Europe et au Japon). L’impasse dans laquelle se trouve le système capitaliste à l’échelle mondiale se manifeste également par la montée des gouvernements nationalistes protectionnistes et les conflits inter-impérialistes aigus, en particulier la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.

Le marxisme est le seul outil d’analyse capable d’expliquer la crise et les contradictions du système, capable de fournir une voie à suivre et d’aider à préparer l’avenir. La classe ouvrière est la seule force capable de changer la société, non pas par la voie du « crétinisme parlementaire », pour reprendre l’expression de Marx, mais par une révolution sociale pour s’emparer du pouvoir et construire une société socialiste sur une base continentale et globale. La victoire de la révolution sociale, sous la direction de la classe ouvrière, ne peut réussir que si elle est menée par un parti révolutionnaire de masse, suivant le modèle et les méthodes que les bolcheviks ont utilisées pour mener la révolution russe en octobre 1917.

Malgré les limites et les faiblesses du CIO au cours de ces dernières années et décennies, les méthodes utilisées par le CIO pour construire les forces du marxisme sont fondamentalement correctes et cela a été prouvé au fil du temps. D’une petite force dans les années 1960, il a pu se développer, en un demi-siècle environ, pour devenir la plus grande force révolutionnaire internationale. La scission initiée par la minorité est un sérieux revers. Mais le fait que la grande majorité du CIO ait écarté sa direction historique, une fois que cette direction a montré qu’il avait perdu sa capacité à fournir une direction compétente prouve que la lutte pour construire les forces de la révolution peut se poursuivre avec succès.

Les forces de la majorité du CIO ont toujours lutté contre la scission, mais cette dernière est aujourd’hui un fait, après les décisions de la conférence de l’IDWCTCWI en juillet dernier. La Majorité a donc le devoir de se constituer en force internationale séparée, et de procéder à un Congrès mondial, comme cela avait été décidé à l’unanimité lors du CEI de novembre 2018 (ce qu’a ignoré la minorité). Nous organiserons provisoirement la nouvelle organisation internationale sous le nom de « CIO – Majorité ». La question du nom sera discutée en détail pendant la période précédant le Congrès et les décisions finales seront prises lors du Congrès lui-même.

Les meilleures traditions du CIO seront sauvegardées, elles ne disparaîtront pas avec une minorité aveuglée. Ces traditions seront préservées par la majorité du CIO qui continuera à se baser sur l’analyse marxiste de notre époque et sur les idées et méthodes de Lénine et Trotsky. La Majorité maintiendra et approfondira ses relations organiques avec la classe ouvrière, non pas en tant que force extérieure qui s’oriente vers elle, mais en tant que partie intégrante de celle-ci. Elle s’efforcera de construire le mouvement syndical et de transformer les syndicats en organisations démocratiques et combattives, et assistera les tentatives de construction de nouvelles formations de gauche de masse, armées d’un programme socialiste. En même temps, elle s’orientera vers de nouveaux mouvements et phénomènes, suivra de près l’évolution de la conscience de masse et visera à les relier à la classe ouvrière et à la lutte pour la révolution socialiste.

Pour la Majorité, la théorie et les perspectives sont cruciales, seront développées en profondeur et seront utilisées comme guide pour l’action, c’est-à-dire comme guide pour s’orienter notamment vers de nouveaux mouvements, courants et phénomènes, afin de construire les forces de la révolution.

Le programme de transition et la méthode de transition resteront des outils indispensables de cette lutte.

Le centralisme démocratique est un principe fondamental dans la construction de nos forces tant au niveau national qu’international. Une discussion ouverte, libre et démocratique – avec liberté de remettre en question la justesse du programme, des tactiques et des actions du parti et de sa direction – est l’autre facette absolument nécessaire du centralisme – la nécessité d’agir en unité pour atteindre notre but. La majorité du CIO est convaincue qu’il n’y a pas de « messies » et que les idées et les méthodes correctes sont toujours le résultat d’un effort collectif. Le Centre international ne peut être efficace en tant que direction internationale que par un effort collectif et fraternel entre les organes élus de l’organisation internationale (le SI et le CEI), entre eux et les directions des sections nationales. La direction doit toujours être soumise au contrôle et la critique doit être facile et libre à tous les niveaux. La Majorité discutera, dans l’immédiat, d’initiatives visant à créer un climat de plus grande ouverture et de liberté de critique au sein de l’organisation internationale. Elle examinera également les mesures pratiques permettant d’améliorer le contrôle et la vérification des dirigeants élus et des organes dirigeants élus.

Mais, bien sûr, même les meilleures structures démocratiques, traditions et statuts ne peuvent empêcher l’organisation d’entrer en crise dans des circonstances spécifiques. Les différences et les débats internes sont inévitables dans la période que nous traversons, et dans n’importe quelle période en fait. Une organisation internationale qui dispose d’une approche pleinement démocratique et ouverte aux débats, sans cesser d’être une organisation d’action dans la lutte des classes, est la mieux équipée pour progresser et remplir son rôle dans la prochaine période. Mais ce que la crise du CIO confirme une fois de plus, c’est qu’une fois qu’une partie de la direction internationale perd sa capacité à se développer davantage, à offrir une direction compétente, à écouter les critiques et à accepter des idées différentes avec un esprit ouvert, alors elle peut dégénérer à une vitesse extrêmement rapide. Les membres de l’Internationale doivent être conscients qu’aucun dirigeant n’est à l’abri de ces dangers. Aucune loi ou procédure convenue ne peut, en soi, protéger une organisation contre ces dangers, aussi nécessaires soient-ils. L’existence d’un niveau politique élevé parmi les membres de l’organisation est la seule véritable défense possible, l’outil absolument indispensable, non pas pour éviter totalement une crise, mais pour en minimiser les répercussions.

Dans un certain sens, l’un des résultats les plus importants de la lutte fractionnelle a été que la grande majorité du CIO a tenu tête aux dirigeants historiques, s’est opposée à leurs idées et méthodes erronées et les ont forcés à devenir une petite minorité. Cela reflète le niveau politique élevé et les fortes traditions démocratiques conquises par les membres et les cadres du CIO. Les forces de la Majorité ont également prouvé dans le passé leur capacité à innover, à être flexibles, à prendre des initiatives audacieuses, à faire des sacrifices, à conquérir de nouveaux terrains et à construire. La majorité du CIO se construira dans les masses populaires, mais rétablira aussi les traditions de construction du CIO parmi la jeunesse. Forte de ces atouts, la Majorité du CIO est là pour rester, pour envisager l’avenir avec confiance et optimisme, et poser des pas décisifs dans la direction d’une alternative révolutionnaire à l’échelle mondiale.