Irlande. La colère occupe les rues après un jugement scandaleux dans une affaire de violences sexistes, homophobes et racistes

Ces derniers jours, d’importantes manifestations ont eu lieu en Irlande à la suite de l’acquittement d’un soldat qui avait assommé une jeune femme qui était intervenue contre les accusations sexistes, homophobes et racistes qu’il avait lancées à un arrêt de bus à Limerick (troisième ville la plus peuplée du pays, après Dublin et Cork). Le juge a acquitté le soldat. La rue a protesté contre la violence et les propos sexistes.

La carrière d’un soldat violent placée au-dessus du traumatisme d’une femme : la misogynie de l’État mise à nu

Par Harper Cleves

Deux coups pour la mettre à terre, deux autres pour la jetter dehors”, s’est vanté le soldat Cathal Crotty à ses amis sur Snapchat après avoir tabassé Natasha O’Brien jusqu’à ce qu’elle perde connaissance. Cette semaine, il est sorti libre du tribunal de Limerick, un procès qui a mis à nu la misogynie profondément ancrée dans le prétendu système judiciaire et la société dans son ensemble.

Le 29 mai 2022, Natasha O’Brien et une amie se promenaient lorsqu’elles ont croisé Crotty à un arrêt de bus. Celui-ci criait des insultes homophobes et d’autres injures aux passant.es. Lorsque Natasha lui a demandé poliment d’arrêter, il s’est déchaîné. Natasha elle-même a déclaré que sa dernière pensée consciente pendant l’agression avait été : Il ne s’arrêtera pas. Je vais mourir.

Crotty a d’abord tenté de rejeter la responsabilité de l’agression sur Natasha, jusqu’à ce qu’on lui présente des images de vidéosurveillance qui démontraient parfaitement la brutalité de l’agression, qui n’avait manifestement pas été provoquée. Il a donc été contraint à plaider coupable. Le juge dans cette affaire, Tom O’Donnell, a tenté de présenter cet aveu de culpabilité comme une sorte d’acte de bravoure. Il a demandé avec condescendance si Natasha comprenait la signification de l’aveu de culpabilité, qui signifiait qu’il n’y aurait pas de procès, ce qui aurait prolongé la procédure de 18 mois. Il a également souligné avoir pris en considération le fait qu’il n’avait aucun doute que si la Cour imposait une peine de prison immédiate, la carrière de Crotty dans l’armée serait terminée

Le juge O’Donnell et le système judiciaire irlandais ont privilégié l’avenir d’un autre “jeune homme prometteur” au détriment de celui de Natasha, sans tenir compte du fait que la détresse mentale causée par l’agression de Crotty lui avait fait perdre son emploi.

En résistance contre la violence de genre, la queerphobie et l’extrême droite

L’injustice flagrante dont a été victime Natasha s’inscrit dans le contexte de la croissance de l’extrême droite en Irlande. Même l’homophobie flagrante affichée par Crotty et ses amis témoigne de l’influence de ceux qui répandent la haine envers les immigré.es, les personnes LGBTQIA+ et les femmes. Ils ont notamment répandu des mensonges sur les réfugié.es, en particulier les hommes noirs et bruns, qui représenteraient soit-disant un danger pour les femmes irlandaises en tant qu’hommes en âge de servir dans l’armée et non contrôlés.

Des statistiques récentes démontrent que la violence sexiste est effectivement en hausse, mais pas pour les raisons invoquées par l’extrême droite. L’association Women’s Aid a déclaré avoir reçu 40.048 plaintes pour violences domestiques, c’est-à-dire des violences commises au sein du foyer par des hommes (pour la plupart) connus des survivantes, et non par des étrangers immigrés.

Le racisme au cœur de l’argumentation de l’extrême droite est mis en évidence par cette affaire. Il s’agit d’une violence de rue perpétrée par un inconnu, mais Crotty est un Irlandais blanc, non seulement en âge de servir dans l’armée, mais aussi activement engagé dans celle-ci. Son homophobie flagrante et l’agression machiste dont il a fait preuve à l’égard de Natasha sont exactement le type de comportement encouragé par la haine d’extrême droite et le type d’avenir pour lequel ils se battent. L’État et le système judiciaire irlandais, loin de condamner cet acte de violence misogyne à l’encontre d’une jeune femme, ont préféré donner la priorité à l’avenir et au bien-être de Crotty plutôt qu’à ceux de Natasha.

La logique de profit et de division du capitalisme, qui repose sur le travail non rémunéré des femmes et qui tire profit de la sexualisation et du contrôle du corps des femmes et des personnes queer, s’infiltre dans notre système judiciaire, nos foyers et nos relations intimes. C’est la source de la violence fondée sur le genre, et c’est un système que l’extrême droite soutient, avec sa rhétorique queerphobe, son racisme et, plus récemment, comme l’a exprimé le nouveau conseiller municipal de Kildare, Tom McDonnell, son désir d’attaquer les droits à l’avortement pour que les femmes irlandaises puissent reproduire.

Construire un mouvement féministe socialiste

Alors que l’extrême droite et le système judiciaire capitaliste offrent très peu d’espoir, l’indignation exprimée au nom de Natasha par des personnes ordinaires de tous les genres à travers l’île dépeint une image différente. La rage qui s’exprime dans les rues rappelle l’opposition au victim blaming (la culpabilisation des victimes) dans les tribunaux en 2018, dans le sillage du procès de joueurs de l’équipe nationale d’Irlande, Paddy Jackson et Stuart Olding, qui avait été acquittés dans un procès pour viol, et au beau milieu de la lutte finalement victorieuse pour le droit à l’avortement (dont l’interdiction était jusque là inscrite dans la constitution irlandaise).

Si nous exploitons cette indignation dans les rues, sur nos lieux de travail, dans nos écoles et nos universités, nous pouvons assurer de faire ce que l’extrême droite n’a jamais pu faire et n’a jamais voulu faire : remettre en question le statu quo et mettre en œuvre un changement féministe socialiste pour le bien collectif de la société – en éliminant le besoin du capitalisme de semer la haine, la division et l’exploitation.

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Première page de Lutte Socialiste

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