Le PS et l’augmentation des salaires : les promesses n’engagent que les personnes qui y croient

Une législature se termine. Une séquence électorale commence. Le PS, caché en coulisse, enlève le masque du sérieux et du compromis pour embrasser celui de la conviction sincère. Paul Magnette se fait chantre de l’éco-socialisme. Il est vrai qu’au PS, le socialisme est écoresponsable : biodégradable, il s’est dissout dans la nature depuis longtemps.

Par Arno (Liège)

Sur la question des salaires vient une proposition phare : un salaire minimum de 2800 euros brut par mois. Une proposition déjà rejetée par le MR, l’Open VLD, la NVA, le CD&V, les partis “sérieux” avec lesquels le PS négociera pour former un gouvernement, comme en 2019. Mais ne soyons pas mauvaises langues : sur la période 2019-2024, le salaire minimum net a progressé de 400 euros… pour l’essentiel du fait de l’indexation automatique des salaires du fait de l’inflation. Or si l’on calcule la différence, en net, entre le salaire minimum actuel et celui proposé par le PS, elle s’élève à 187 euros pour un.e travailleur.euse isolé.e. Au rythme de l’évolution actuelle des prix des biens de consommation les plus élémentaires, le PS risque de dépasser ses promesses de campagne sans rien avoir à faire !

L’hypocrisie électoraliste en devient une caricature : le PS propose la suppression du statut de cohabitant.e.s qu’il avait pourtant créé en 1980. Le PS vous précarise, puis demande votre voix pour sortir de la précarité.

Ce grand écart entre l’action politique réelle et les promesses de campagne de la social-démocratie se constate tous les jours ; il alimente une large méfiance envers la gauche de manière plus générale. Cependant, se contenter de dénoncer cette hypocrisie ne suffit pas. Il faut aussi se poser la question des racines de cette impuissance du PS à faire appliquer les propositions qu’il agite si fièrement en période électorale (et qu’il échange si volontiers contre des ministères). Le PS croit le changement possible dans l’arène paisible du jeu parlementaire. Cela le contraint, dans un système à la belge, à négocier avec d’autres organisations plus à droite.

Mais la social-démocratie, même en régnant sans partage – comme ce fut le cas dans diverses communes wallonnes et bruxelloises durant des années ou pour le PS français de François Hollande en 2012 – finit quand même par trahir ses ambitions. Car il y a la VOKA, la FEB et l’Union européenne, car il y a toutes les institutions du patronat qui feront pression sur le pouvoir pour qu’il se conforme à ses ambitions, en menaçant de fuite des capitaux et de fermetures d’entreprises. Le PS opte pour des ministères et les trahisons plutôt que descendre dans la rue pour construire des victoires.

C’est seulement en s’appuyant sur les luttes menées par la classe travailleuse à la base, en les renforçant et en étant porté par leur dynamique qu’un gouvernement de gauche arrivera à imposer, contre toutes les forces du patronat, les propositions sociales dont nous avons tant besoin, et non dans des négociations au sommet avec les partis de droite.

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