Une autre occupation lancée à l’université d’Anvers. Entretien avec un occupant

Lundi après-midi, des étudiant.e.s d’Anvers ont lancé une occupation. Ce faisant, ils et elles suivent les exemples qui se sont répandus des États-Unis vers l’Europe et ailleurs. Diverses actions étudiantes avaient déjà eu lieu précédemment à l’université d’Anvers (UA), et une autre suit ce mercredi à l’initiative du « Collectif étudiant contre l’impérialisme et le génocide » (Studentencollectief tegen imperialisme en genocide, SCTIG) à la Faculté des lettres et de philosophie, avec une pétition et une lettre ouverte détaillée. Ses initiateur.trice.s, dont des membres des Etudiant.e.s de Gauche en Action (EGA), sont également pleinement impliqué.e.s dans l’occupation. Dès les premiers pas de l’occupation, nous nous sommes entretenus avec Louis, l’un des responsables d’EGA-Anvers et du SCTIG.

D’où vient l’initiative de cette occupation ?

« L’occupation est née de l’initiative d’Anvers pour la Palestine, un collectif qui avait déjà organisé des actions régulières. L’occupation a été choisie parce que c’est la méthode d’action du mouvement étudiant actuel pour concrétiser la solidarité envers les masses palestiniennes. L’exemple des occupations américaines était une source d’inspiration, mais aussi les actions d’occupations menées à Amsterdam ou encore Gand. Il y a eu très vite eu un enthousiasme pour mettre en place une action d’occupation à Anvers également. Cette action est très organisée et déterminée. »

Quelles sont les réactions ?

« Beaucoup d’étudiants viennent jeter un coup d’œil. Tout le monde n’est pas enthousiaste, mais certain.e.s sont intéressé.e.s et regardent les affiches ou posent des questions. D’autres sont plus indifférent.e.s. Bien sûr, à l’UA, il n’y a pas vraiment de tradition pour ce genre d’action. Qui se souvient de la dernière occupation à l’UA ? Par l’occupation, nous renforçons le mouvement et la gauche. Quoi qu’il en soit, une occupation d’université à Anvers est un choc.

« Du côté du personnel, il y a plus d’unanimité en termes de sympathie et de solidarité avec l’occupation. De nombreux chercheur.euse.s et professeur.e.s de passage expriment leur soutien. Il y a eu une réunion avec le recteur, mais là nous nous sommes heurtés à un bloc inamovible. Il s’oppose au boycott et quand nous argumentons contre, il nous répond que ça ne marche pas comme ça et que « nous » ne pouvons rien faire.

Mercredi, une action est également prévue à la Faculté des lettres et de philosophie. En quoi consiste-t-elle ?

« Un collectif, le Collectif étudiant contre l’impérialisme et les génocides, s’est constitué ces dernières semaines. Il est né de l’initiative de membres d’EGA, de l’ACA et d’étudiants en histoire qui ne sont pas organisés politiquement. Nous voulions travailler en profondeur en termes de contenu, concrétiser la demande de rupture des liens et, à partir de là, proposer des actions qui pourraient effectivement mettre en œuvre nos revendications. Nous nous sommes réunis pour rédiger une lettre ouverte qui pourrait être considérée comme un document académique à part entière. Une pétition a vu le jour et a depuis été signée plus de 300 fois.

« Nous demandons expressément à la Faculté des lettres et de philosophie de rompre ses liens avec l’Université de Tel-Aviv. Les actes problématiques de cette université sont soulignés, en particulier son rôle dans la colonisation. En même temps, nous exprimons notre solidarité avec les étudiant.e.s et le personnel de l’Université de Tel Aviv victimes d’intimidation et de répression pour avoir dénoncé le massacre. Nous nous opposons expressément à l’impérialisme et au colonialisme.

« Mercredi, nous tiendrons une réunion de protestation dans le bâtiment de la faculté, et mercredi prochain, une action aura lieu au conseil de la faculté. Auparavant, à la faculté de droit, il a déjà été décidé de couper les liens, donc cela peut parfaitement être décidé au niveau de la faculté. »

À quoi peut-on s’attendre dans les jours à venir ?

« L’université a déjà promis la transparence sur les liens avec les universités israéliennes. L’UA veut donc répondre à cette demande. Nous devons voir quelles sont les prochaines étapes nécessaires pour augmenter encore la pression. Nous pourrons en discuter collectivement à partir de l’action de l’occupation.

« L’un des principaux contre-arguments de l’administration est que les liens entre les universités belges et israéliennes ne représentent pas grand-chose et ne sont pas axés sur les armes. Cela revient à dire que nos actions ne servent pas à grand-chose. Il est vrai que les liens avec les universités américaines, mais aussi néerlandaises, sont beaucoup plus forts, en partie parce que la privatisation de l’enseignement supérieur et l’impact des dons des grandes entreprises y sont beaucoup plus importants. Les entreprises ayant des intérêts lucratifs dans le génocide et l’occupation y donnent le ton. Cette situation est heureusement plus limitée ici. Mais il existe des liens avec des universités israéliennes dont les dirigeants sont impliqués dans l’occupation et la violence génocidaire. Ces liens sont maintenus sans aucune critique. Il est donc nécessaire de protester.

« Même si les revendications sont plus symboliques et fondées sur des principes que celles des États-Unis, nous constatons que notre protestation a déjà un impact. Tout le monde observe les manifestations étudiantes internationales et beaucoup en sont surpris. La vague internationale de protestation étudiante donne une nouvelle dynamique au mouvement de solidarité avec la Palestine. En occupant également Anvers, nous y participons nous-mêmes et renforçons la solidarité internationale. »

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