Les personnes transgenres ont toujours existé! Réponse à la propagande conservatrice

La droite et l’extrême droite mènent une campagne haineuse contre les personnes qui s’opposent aux oppressions et aux personnes transgenres en particulier, présentées comme le produit d’un «wokisme» à la dérive. Cela n’a pourtant aucun sens, comme le confirme un bref regard sur l’évolution des normes de genre.

Par Frede (Bruges)

« Les normes de genre simplistes et rigides ne sont ni éternelles ni naturelles. Ce sont des concepts sociaux en évolution. De nombreuses personnes seraient aujourd’hui surprises d’apprendre que dans les sociétés anciennes, les personnes transgenres étaient tenues en haute estime. Il a fallu une campagne sanglante de la part de la classe dirigeante émergente pour déclarer que ce qui était considéré comme naturel était le contraire. Ce préjugé, imposé à la société par l’élite dirigeante, existe encore aujourd’hui. »

C’est ce qu’écrit Leslie Feinberg dans l’introduction de son ouvrage « Transgender Liberation, A movement whose time has come », un texte novateur qui a plus de 30 ans mais qui n’a rien perdu de sa pertinence. Aujourd’hui, le contact avec l’histoire et la tradition des personnes transgenres a été perdu. De nombreuses personnes n’ont aucune idée que les personnes trans ont toujours existé. Cela n’a rien d’étonnant : les personnes trans ont été littéralement rayées de l’histoire.

Dans notre société capitaliste, la pression sur la binarité de genre est très forte. Commandez quelque chose en ligne, obtenez votre permis de conduire, abonnez-vous à un magazine : vous devez indiquer si vous êtes «homme» ou «femme». Avec un peu de chance, vous trouverez quand même la mention «autre». Pourquoi donc est-ce si essentiel que ces organismes sachent quel est votre genre ? Répondre à ces questions nécessite de remonter aux origines de la société de classes.

L’émergence de la société de classes

Avant que l’être humain ne commence à cultiver la terre, il y a environ 12.000 ans, nous vivions tou.te.s dans des tribus nomades qui pratiquaient la cueillette et la chasse. Dans un tel groupe, le travail de chacun.e était nécessaire et il n’était pas possible de récolter ou de fabriquer plus que ce qui était directement nécessaire.

Si l’on ramène toute l’histoire de l’humanité à l’échelle d’une année, nous avons vécu 360 jours dans ce type de société matrilinéaire (système reposant sur le lignage de la mère) fondée sur la propriété commune. La tolérance et le respect de la diversité humaine, y compris la diversité des sexes et des genres, découlaient du fait que les gens travaillaient ensemble avec des outils et d’autres matériaux en propriété commune.

Cette tolérance a disparu lorsque les hommes sont devenus sédentaires, se sont engagés dans l’agriculture et qu’une société de classes est apparue. Voici un exemple de ce qui s’est passé.

Le peuple Hébreux (prédécesseurs des Juif.ve.s) étaient l’un de ces groupes nomades. À un moment donné, ce peuple a émigré dans la région du Croissant fertile et s’est retrouvé constamment en guerre dans cette région disputée, une terre nourricière favorable à l’agriculture et véritable carrefour commercial entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie. La confluence des conflits, de l’agriculture et du commerce a permis à un petit groupe de personnes dans cette société de s’approprier les surplus produits, les armes et les richesses et donc de commencer à opprimer les autres.

Les lois que l’élite voulait imposer sont énoncées, entre autres, dans le Deutéronome (5e livre de la Torah, 2e livre de la Bible). L’un de leurs objectifs était d’établir très clairement la différence entre les hommes et les femmes et d’opprimer ces dernières. En effet, les hommes qui étaient devenus l’élite tenaient à savoir très précisément quels enfants étaient les leurs, afin de transmettre leur héritage dans la lignée familiale.

Certaines de ces lois se lisent comme suit : « Une femme ne portera point un habit d’homme, et un homme ne mettra point des vêtements de femme ; car quiconque fait ces choses est en abomination à l’Eternel, ton Dieu. » et « Un homme qui a les testicules écrasés ou le sexe coupé ne doit pas être accepté dans l’assemblée du Seigneur. » Le travestissement et les chirurgies d’affirmation du genre étaient donc des pratiques existantes, sans quoi l’élite n’aurait pas ressenti le besoin d’inscrire cette interdiction aussi clairement dans les lois. L’obligation pour les hommes d’avoir les cheveux courts et pour les femmes d’avoir les cheveux longs a également été instituée. L’oppression des personnes transgenres a donc la même origine que l’oppression des femmes. Tout au long de l’histoire de l’humanité, diverses élites dirigeantes (noblesse, bourgeoisie…) ont poursuivi cette oppression. Semer la division était (et est) nécessaire pour leur maintien au pouvoir.

Jeanne d’Arc

Bien que la répression ait été très dure, les personnes transgenres et la tradition du travestissement sont restées présentes dans les sociétés et dans les traditions des paysan.ne.s qui vivaient encore en partie sur une base communautaire. Il en allait de même dans la France médiévale. L’exemple le plus connu est sans doute Jeanne d’Arc, que l’on présente souvent aujourd’hui comme une jeune fille rêveuse qui a sauvé la France et fini sur le bûcher, soupçonnée de sorcellerie. La réalité est différente.

Jeanne d’Arc a joué un rôle important dans la guerre des 100 ans (guerre pour la couronne de France entre les royaumes d’Angleterre et de France entre 1337 et 1453). À la tête d’une armée de paysans, elle a réussi à libérer Orléans et a aidé l’héritier du trône de France à se rendre à Reims, où il a pu être couronné. Elle était vêtue d’une armure destinée aux hommes. Cette tenue est parfois expliquée par un souci d’utilité : il serait plus facile de partir à la guerre en tenue masculine. Les soulèvements paysans où les paysans s’habillaient en femmes et s’appelaient « sœur » entre eux contredisent cette idée (par exemple, les « Émeutes de Rebecca » au Pays de Galles en 1839-43).

En 1430, Jeanne d’Arc fut capturée par les Bourguignons, alliés de l’Angleterre. Livrée à l’Inquisition (alors tribunal de l’Église catholique), dans sa cellule, elle a refusé à plusieurs reprises de porter des vêtements féminins. La France n’a rien fait pour sauver son héroïne, qui avait pourtant redonné l’accès à la couronne à « l’héritier légitime du trône ». Pourquoi donc ? Jeanne d’Arc était vénérée par les paysan.ne.s et les communautés rurales dont elle était issue. Les gens voulaient constamment la toucher. Elle constituait une menace pour l’élite dirigeante française. Le travestissement de Jeanne d’Arc était au cœur de ce culte. C’est très précisément cela qui lui a valu le bûcher et non la « sorcellerie ». Cela fut toutefois insuffisant pour étouffer dans l’œuf la tradition paysanne. L’Église a admis que les paysan.ne.s la considéraient comme la plus grande des saintes après Marie. Après sa mort, son armure fut exposée et vénérée dans l’église de Saint-Denis.

Les personnes transgenres ont toujours existé

Jeanne d’Arc, les Rebecca (Pays de Galles), Mère-Folle et ses enfants (Dijon, Langres et Chalon-sur-Saône) Mère-Sotte et ses enfants (Paris, Compiègne), Mère d’Enfance (Bordeaux), Lords of Misrule (Angleterre, Écosse)… sont autant d’exemples qui montrent que les personnes transgenres ont toujours existé dans des sociétés de religions différentes, disposaient d’un certain prestige et ont mené des soulèvements et même des guerres. Les arguments ne manquent pas contre celles et ceux qui prétendent que les personnes transgenres sont l’invention d’une génération woke qui a perdu ses repères.

Cela permet également de comprendre pourquoi les colonisateurs des Amériques ont été si prompts à cibler les personnes bispirituelles des populations indigènes pour leur faire subir une répression extrême.

Comprendre l’origine de l’oppression des personnes transgenres permet de mieux la combattre. Cela implique de supprimer la société de classes et la propriété privée des moyens de production. La transactiviste Leslie Feinberg explique à ce titre : « Le fait qu’à l’échelle d’une année, plus de 360 jours de l’histoire de l’humanité appartiennent à la vie coopérative et communautaire me donne un espoir concret sur ce qui pourrait être réalisé avec les puissants outils et la technologie qui existent aujourd’hui, si nous planifions toute la production pour répondre aux besoins de tou.te.s, sans avoir à considérer la question de la rentabilité. »

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