Une nouvelle catastrophe se profile à Rafah: intensifions les mobilisations !

Avec officiellement plus de 28.000 morts à Gaza depuis le 7 octobre, l’armée israélienne tue en moyenne plus de 200 Palestinien.ne.s par jour. C’est bien plus que le bilan quotidien de tous les conflits majeurs de ces dernières années, y compris en Syrie, au Soudan, en Irak, en Ukraine, en Afghanistan et au Yémen.

Par Fabian Colyn, article tiré de Lutte Socialiste

Ces dernières semaines, l’armée israélienne a chassé un nombre croissant de Palestinien.ne.s vers la zone de Rafah, au sud de la bande de Gaza, à la frontière avec l’Égypte. Des centaines de milliers de personnes affamées sont entassées dans des tentes surpeuplées, sans chauffage, ni douches, ni toilettes. Ces conditions, en l’absence de services médicaux opérationnels, transforment les camps en foyers d’épidémies et d’infections.

Quelque 1,4 million de Palestinien.ne.s tentent de trouver refuge à Rafah, précédemment désignée comme zone sûre par l’armée israélienne. Les bombardements meurtriers se sont pourtant intensifiés et, à l’heure d’écrire ces lignes, le Premier ministre Netanyahou insiste sur l’imminence d’une offensive terrestre. Toutes sortes de dirigeants de gouvernement appellent (bien faiblement) à renoncer à cette offensive, en vain.

Au même moment, le régime égyptien construit une enceinte fortifiée à la frontière au sud de Gaza pour isoler une centaine de millier de réfugié.e.s palestinien.ne.s dans le désert du Sinaï.

Les femmes frappées deux fois

Environ un million de femmes et de jeunes filles ont été déplacées, dont des dizaines de milliers de femmes enceintes. Elles vivent dans des conditions insupportables, manquent d’eau potable, sont affamées et dans la peur constante des bombardements. Les fausses couches ou les accouchements prématurés sont légion, sans qu’aucune assistance médicale ne soit possible dans la plupart des cas. Les rares hôpitaux qui fonctionnent encore sont submergés de personnes gravement blessées. On soigne à même le sol et les opérations sont le plus souvent effectuées sans anesthésiques.

Avant même que ne commencent les bombardements et l’invasion de l’armée israélienne, divers rapports attiraient l’attention sur le recrudescence de la prostitution des mineurs en raison de l’extrême pauvreté dans la bande de Gaza. Nous ne pouvons qu’imaginer aujourd’hui à quel point la fuite, la faim et l’absence de nourriture permettent spectaculairement les abus et les violences de genre.

La Cour internationale de justice s’exprime

Netanyahou a déclaré que les négociations se poursuivaient. Les négociations de paix entre représentants des États-Unis, d’Israël, de l’Égypte et du Qatar n’ont pas abouti. Cependant, la pression monte sur le gouvernement israélien pour qu’il parvienne à un nouveau cessez-le-feu. Le 26 janvier, la Cour internationale de Justice de La Haye a ordonné à Israël de « prévenir le génocide », de « punir les appels au génocide » et de « permettre l’acheminement de l’aide humanitaire à Gaza ». Le fait que cette décision de la Cour soit en deçà de la résolution des Nations-Unies du 12 décembre – qui appelait à un cessez-le-feu humanitaire immédiat – donne à réfléchir. Pourtant, cette décision, ainsi que les milliers de manifestations organisées dans le monde entier, obligent toute une série de chefs d’États à s’opposer à une offensive terrestre sur Rafah, du moins du bout des lèvres.

Macron a eu une discussion avec Netanyahou pour lui dire que les opérations israéliennes à Gaza « doivent cesser ». Les premiers ministres australien, canadien et néo-zélandais ont déclaré dans un communiqué commun qu’une opération militaire à Rafah serait « catastrophique ». Cependant, le gouvernement israélien résiste comme un diable dans un tonneau d’eau bénite. Le ministre de la Défense, Yoav Galant, a parlé d’un «procès antisémite» de la part du gouvernement sud-africain tandis que Netanyahou a déclaré qu’Israël «continuera à se défendre contre le Hamas, une organisation terroriste génocidaire».

La machine de guerre israélienne continue de tuer sans relâche dans cette troisième phase de l’offensive contre Gaza, censée durer six mois. Au cours des 14 jours qui ont suivi la décision de Cour internationale de Justice, l’armée israélienne a tué 1.864 Palestinien.ne.s, dont 690 enfants, selon Euro-Med Monitor. Elle continue de détruire systématiquement les zones résidentielles, les infrastructures civiles et d’autres installations, rendant de facto la majeure partie de la bande de Gaza inhabitable.

La contre-attaque de l’UNRWA

Peu après la décision du tribunal, on a appris que les Nations unies avaient licencié 12 membres du personnel de l’organisation humanitaire UNRWA (Office de Secours et de Travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient). Le gouvernement israélien les accuse d’avoir participé à l’attaque menée par le Hamas le 7 octobre. Sans que la moindre preuve ne soit apportée, les allégations ont suffi aux États-Unis et à 15 autres gouvernements pour geler plus de 400 millions d’euros de fonds destinés à l’office. Le gouvernement israélien affirme que 10% des 13.000 employés de l’UNRWA sont des partisans du Hamas et souhaite la dissolution de l’organisation. Parallèlement, plus de 1.000 conteneurs d’aide alimentaire de l’ONU sont bloqués dans la ville portuaire israélienne d’Ashdod.

Tout ceci est révélateur de l’autorité et du pouvoir de décision d’institutions intergouvernementales telles que l’ONU et la Cour internationale de justice. Toutes sortes de résolutions et de jugements servent principalement de feuilles de vigne derrière lesquelles les représentants politiques des classes capitalistes se cachent pour maintenir le statu quo de la maximisation des profits. Le fait que le gouvernement sud-africain ait déposé une plainte auprès de la Cour n’est pas étranger à cette situation. Le parti au pouvoir, l’ANC, risque de perdre sa majorité absolue aux prochaines élections. Ce serait la première fois depuis la fin de l’apartheid, et c’est le résultat de décennies de politiques antisociales qui ont perpétué de profondes inégalités. Sous la pression du mouvement de solidarité avec les masses palestiniennes, l’ANC cherche désespérément des moyens de redorer son blason sans nuire à ses liens avec les grandes entreprises israéliennes.

La primauté des intérêts impérialistes

Le rôle de l’impérialisme américain est encore plus hypocrite. Alors que le président Biden – qui a déjà été surnommé « Joe le génocidaire » lors de manifestations – se serait fâché avec Netanyahou par téléphone, un programme d’aide militaire de 14 milliards de dollars à Israël a été adopté par le Sénat au cours de la même semaine. Joe Biden est particulièrement fâché que l’intransigeance de Netanyahou mette en péril le projet impérialiste américain dans la région et lui fasse perdre des voix sur le front intérieur. La poursuite de l’escalade militaire israélienne avec le Hezbollah de l’autre côté de la frontière libanaise et les affrontements entre les milices soutenues par l’Iran et les forces occidentales menacent de provoquer une conflagration régionale.

Pour Netanyahou, la poursuite du carnage jusqu’à l’objectif désespéré de la destruction complète du Hamas est une question de survie politique. Alors que les sondages en Israël soulignent qu’une majorité est favorable à la poursuite de l’offensive comme meilleur moyen de sauver les otages, seuls 15% souhaitent que Netanyahou reste au pouvoir après la guerre. Pour la survie de son gouvernement, il s’appuie sur l’extrême droite kahaniste au discours constamment plus génocidaire à l’image du ministre de la sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, qui a déclaré que l’armée israélienne «doit tirer sur des enfants pour éviter un nouveau 7 octobre.»

La stratégie américaine continue de s’appuyer sur Israël en tant qu’allié loyal et base arrière pour sa domination régionale. Les États-Unis espèrent stabiliser le Moyen-Orient en pacifiant la question nationale palestinienne et, si nécessaire, en sous-traitant l’occupation à d’autres régimes régionaux corrompus et en parvenant à «normaliser» des relations entre Israël et l’Arabie saoudite pour faire contrepoids aux régimes soutenus par la Russie et la Chine que sont l’Iran et la Syrie.

Les manifestations montrent la voie à suivre

Au Maroc, de grandes manifestations ont eu lieu pour dénoncer la trahison du gouvernement qui a normalisé les relations diplomatiques avec Israël. En Égypte, alors que le régime tente de se dire solidaire des masses palestiniennes, les manifestations de solidarité font face à une sévère répression. Les masses égyptiennes dénoncent de plus en plus la complicité du régime d’Al-Sissi. L’appel à une grève mondiale lancé par diverses organisations palestiniennes a plus été un phénomène sur les réseaux sociaux que sur le lieu de travail, mais le gouvernement libanais s’est tout de même senti obligé d’organiser une grève dans le secteur public. L’appel à une deuxième journée mondiale d’action le 17 février a donné lieu à des manifestations dans plus de 100 villes à travers le monde.

Les actions contre les livraisons d’armes à Israël se sont aussi multipliées. Aux Pays-Bas, une procédure judiciaire a abouti à une interdiction temporaire des exportations de pièces de F-35 vers Israël, mais le gouvernement fait appel. Le mouvement ouvrier a un rôle clé à jouer dans l’application et le maintien du boycott des livraisons d’armes à la machine de guerre israélienne. Si les syndicats belges du transport traduisent leur appel général en mots d’ordre concrets et en soutien aux blocus des livraisons d’armes, cela susciterait un énorme enthousiasme et aurait un effet boule de neige ailleurs.

Assurer une paix durable dans la région exigera un programme titanesque de reconstruction en garantissant le droit au retour des réfugié.e.s palestinien.ne.s, y compris à l’intérieur de la « ligne verte », le droit à la sécurité et un avenir digne pour les deux communautés. C’est tout simplement impensable en restant dans les étroites limites du capitalisme. Les masses ouvrières doivent défendre leur propre alternative sociale contre le bain de sang. La nationalisation des usines d’armement sous contrôle et gestion des travailleur.euse.s en vue de la reconversion de leur production à des fins socialement utiles pourra inspirer le contrôle des travailleur.euse.s sur les ressources de la région, une absolue nécessité pour disposer d’un début de solution.

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