Travailler jusqu’à 67 ans? Non merci! Gino, 55 ans, mécanicien automobile

Nous publions une série de témoignages qui montrent clairement que travailler jusqu’à 67 ans est impossible. Ci-dessous, Gino, mécanicien automobile. Dans un prochain numéro, nous donnerons la parole à Sylvie, infirmière.

Par Guy Van Sinoy

« Bonjour ! Je m’appelle Gino et j’ai toujours été passionné par la mécanique automobile. Je suis né dans la région liégeoise en 1968. Une bonne année ! Mes parents étaient venus d’Italie dans les années 50. Mon père a été embauché chez Cockerill et ma mère faisait les ménages. Après l’école primaire, je suis entré à l’école technique, car je voulais devenir mécanicien automobile. Mon père aurait voulu que je rentre comme lui, à Cockerill. Mais pour moi je ne voulais pas faire les pauses et les feux continus(1). Quand je vois ce qu’est devenue la sidérurgie en Wallonie, je me dis que j’ai bien fait de ne pas y être entré.

« Dès que j’ai touché mon premier salaire, j’ai économisé pour m’acheter une voiture d’occasion. Une Alfa ! Pour frimer devant mes copains et devant les filles… Comme mon Alfa réclamait pas mal de petites réparations et de réglages, je me suis fait la main sur ma première voiture.

« Après être passé par quelques garages, j’ai été embauché dans un atelier de voitures allemandes de bonne réputation. Je suis bien payé, mais les conditions de travail sont assez strictes. Les différentes opérations sont minutées. Quand on voit les incessantes évolutions techniques du secteur automobile (essence, diesel, moteurs à injection, turbo, ABS, véhicules électriques) on doit bien conclure qu’il faut sans cesse se recycler. Là où je travaille, la maison mère dispose d’un centre de formation bien documenté. Mais c’est loin d’être le cas pour toutes les marques.

« Mon épouse travaille chez Delhaize, dans un magasin qui sera bientôt franchisé. Elle ne sait pas encore quelles seront ses prochaines conditions de travail. Nous avons deux fils : l’un est géomètre, l’autre instituteur. On peut se dire qu’ils sont casés et financièrement indépendants. Notre maison est payée. Mais étant donné la situation incertaine de mon épouse, je dois absolument continuer à travailler à 100 % jusqu’à ma pension.

« L’an dernier, j’ai glissé sur le sol glissant du garage et je suis tombé (mal) sur une caisse à outils. Trois côtes fêlées et trois semaines d’incapacité de travail. Je suis syndiqué à la centrale des métallurgistes FGTB mais là où je travaille il n’y a pas de délégation, car l’entité est trop petite. Je suis allé à la FGTB, Place St-Paul, pour connaître mes droits, surtout en matière de pension. Né après 1967, je devrais continuer à travailler jusqueà mes 67 ans ! Incroyable ! Mais surtout pas possible ! Ceux qui ont inventé ça n’ont jamais effectué un travail physiquement lourd. »

1) Les feux continus : en sidérurgie, rythme de travail qui consiste en 7 jours de travail de 6h à 14h, suivi de 7 jours de 14h à 22h, suivi de 7 jours de 22h à 6h du matin. Après cela, une semaine de repos.

Partager :
Imprimer :
Première page de Lutte Socialiste