Victoire de l’extrême droite au Pays-Bas, signe avant-coureur pour les élections de 2024?

Le PVV de Geert Wilders vient de largement remporter les élections parlementaires aux Pays-Bas le 22 novembre. Le BoerBurgerBeweging (BBB) qui avait remporté les élections provinciales en mars dernier semble être déjà de l’ordre du passé. Le nouveau parti d’Omtzigt, en tête des sondages jusqu’à un mois avant les élections, est maintenant en quatrième place.

Par Geert Cool

La situation politique est faite d’instabilité profonde, avec des changements brusques, sans qu’aucun parti traditionnel ne résiste. Dans le nouveau parlement, sept des huit élus les plus anciens seront des membres du PVV. Les scores élevés de l’extrême droite constituent en fait le seul élément de continuité. Le même scénario menace la Flandre en 2024 et, par extension, les élections européennes en France, en Italie, en Allemagne, en Suède, en Finlande et ailleurs.

Wilders a commenté sa victoire en ces termes : “Les électeurs ont parlé et ils en ont assez !” Il a ajouté que les gens voulaient plus d’argent, plus de sécurité et plus de soins de santé. La dégradation des conditions de vie – avec une baisse des salaires réels de 8,3 % en 2022 – apporte de l’eau à son moulin. Puisque le mouvement ouvrier ne tape pas du poing sur la table pour aller chercher l’argent là où il est, l’extrême droite marque des points avec l’idée de récupérer les moyens alloués aux demandeurs d’asile et aux migrants. L’idée semble plus concrète qu’une lutte contre les capitalistes qui ont ammassé des profits records.

Le VVD de Yesilgöz et le nouveau venu NSC (Nieuw Sociaal Contract) d’Omtzigt ont suivi le discours anti-migration et ont banalisé les idées de Wilders. Une participation de l’extrême droite au gouvernement est possible. En 2010, il y a déjà eu un gouvernement éphémère composé du VVD et du CDA avec le soutien tacite du PVV. À l’heure où nous mettons sous presse, aucun gouvernement n’est encore formé. Si Wilders en fait partie, cela ouvrira davantage la porte en Belgique à des coalitions au moins locales avec le Vlaams Belang après les élections communales d’octobre 2024.

La méfiance a atteint un niveau fiévreux dans la société. Certaines personnes en sont presque asphyxiées, mais elles ne vont pas plus loin que l’action symbolique. Cela a un effet paralysant. En l’absence d’une conscience de classe et de puissantes organisations de classe (syndicats, partis politiques), il n’y a guère de contrepoids dans la société. Même les membres de la classe ouvrière sont sensibles à ce genre de sautes d’humeur.

Cependant, la classe ouvrière dans toute sa diversité, avec les jeunes, les femmes et les personnes LGBTQI+ en tête, ne peut compter que sur elle-même pour mettre ses revendications et ses préoccupations sur la table et les défendre. Elle peut jouer un rôle actif et s’imposer dans le débat public par la lutte collective. Si les travailleurs et travailleuses ne le font pas eux-mêmes, d’autres le feront en leur nom, avec toutes les conséquences que cela implique. L’extrême droite y est déjà parvenue.

Le néolibéralisme a transformé la société en cimetière social après 40 ans de domination. La jeunesse et les mouvements de lutte contre l’oppression doivent faire entendre leurs revendications spécifiques. Ces mouvements peuvent renforcer la voix de la gauche et construire le rapport de force nécessaire au sein de la société pour imposer leurs revendications.

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