Industries en crise et pertes d’emplois

L’usine de papier Sappi à Lanaken fermera ses portes au début de l’année 2024, ce qui entraînera la perte de 644 emplois. Chez Audi à Forest, une grève a éclaté début octobre car le modèle Q4 ne sera probablement plus produit qu’à Zwickau (Allemagne) en raison de la baisse des commandes. Au cours du premier semestre, le secteur de la chimie anversois a enregistré une baisse de production de 13% par rapport à l’année précédente (moins 12% pour l’ensemble de l’Europe). Le secteur ne tourne qu’à environ 70% de sa capacité.

Secteurs industriels en crise

La crise mondiale et la récession en Allemagne sont toujours pointées du doigt. La fédération patronale Essencia déclare : « Nous le ressentons fortement dans l’industrie chimique, car nous sommes au début d’une longue chaîne de valeur qui s’étend sur plusieurs secteurs : la construction, l’automobile, l’alimentation… » L’économie allemande se porte mal, y compris dans le secteur automobile. La hausse des taux d’intérêt freine le secteur de la construction. Et la consommation chinoise est en panne.

Les économistes de droite ont tenté de faire du tam-tam autour du « coût salarial » prétendument élevé en Belgique. Mais en Allemagne et aux Pays-Bas, où les salaires ne sont pas indexés, le ralentissement est plus marqué qu’en Belgique.

La production industrielle de plusieurs secteurs est sous pression depuis plusieurs mois. Cela a entraîné une légère baisse des marges bénéficiaires brutes en 2022, qui sont passées de 44,2 % à 43,8 %, ce qui reste supérieur aux niveaux records d’avant la pandémie. Les patrons craignent que cette tendance ne s’intensifie et ont lancé des alertes sur les bénéfices. Cette situation provoque un retour du chômage économique et de premiers licenciements.

L’usine de caoutchouc Arlanxeo à Zwijndrecht a fermé ses portes, entraînant la perte de 278 emplois. La demande de butyle – un caoutchouc synthétique utilisé dans les pneus de voiture – a fortement chuté à la suite de la hausse des prix des produits fabriqués à Zwijndrecht et de l’augmentation de la capacité de production d’autres usines du groupe Aramco, notamment en Inde et en Chine. L’an dernier, Aramco a réalisé un bénéfice mondial impressionnant de 161 milliards de dollars !

Le groupe chimique Ineos prévoit de construire à Anvers un nouveau site qui devrait créer 450 emplois. Entre-temps, le chômage économique touche Ineos à Doel et à Geel, et 30 emplois sont menacés chez Ineos à Zandvliet.

La crise du secteur affecte l’emploi et sert de prétexte pour limiter au strict minimum les négociations relatives aux conventions collectives d’entreprise.

Et les bénéfices ?

Peter Van den Houtte, d’ING Belgique, attribue la crise du secteur chimique à l’Allemagne : « De nombreux produits chimiques fabriqués dans la province d’Anvers sont utilisés dans les voitures allemandes. Mais l’industrie automobile allemande a raté le coche des voitures électriques. Elle a trop longtemps misé sur le diesel. De nombreuses pièces des voitures électriques commandées en Allemagne proviennent désormais de Chine, ce qui entraîne une perte de travail pour les fournisseurs automobiles allemands et, par conséquent, pour les entreprises chimiques anversoises. »

De colossaux bénéfices ont été réalisés ces dernières années. Ils ont été principalement distribués aux actionnaires sous la forme de dividendes et de rachats d’actions. Innovia Films, par exemple, a annoncé le 22 septembre qu’elle arrêtait sa production de films plastiques en Belgique, menaçant ainsi 124 emplois à Merelbeke. Entre 2018 et 2023, Innovia a réalisé un peu moins de 20 millions d’euros de bénéfices après impôts. Ce montant a été entièrement transféré au Royaume-Uni, siège d’Innovia. Seuls les investissements les plus indispensables ont été réalisés. Après avoir annoncé des bénéfices records en 2022, la société faîtière CCL Industries a immédiatement déclaré avoir racheté pour 200 millions de dollars de ses propres actions.

Les bénéfices importants n’ont pas été investis dans le renouvellement des outils de production et de protection de l’environnement. Les entreprises se tournent à présent vers les pouvoirs publics. Aux États-Unis, le gouvernement apporte déjà un soutien important et les entreprises européennes veulent faire de même. Les charges pèsent sur la collectivité, les bénéfices vont dans la poche des actionnaires. La main-d’œuvre est coincée entre les deux et risque de se faire écraser. Elle paie le prix d’un système exploiteur.

Pour les actionnaires, les emplois, les conditions de travail et l’environnement sont d’une importance secondaire. Seuls les profits comptent et les investissements sont orientés en ce sens. Il faut une planification de la production axée sur nos besoins sociaux, où les connaissances existantes ne sont pas gaspillées, mais utilisées et renforcées pour des ajustements et des innovations en matière de production écologique. De cette manière, des emplois corrects peuvent être créés et maintenus.

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