Antifascisme et défense des droits LGBTQIA+ : entretien avec Ollie Bell (Trans & Intersex Pride Dublin)

L’école de juillet d’Alternative Socialiste Internationale (ASI) est toujours l’occasion d’échanges d’expériences et d’analyses entre militant.e.s, et cette année n’a pas dérogé à la règle ! Nous en avons profité pour discuter avec Ollie Bell, membre de notre section irlandaise, le Socialist Party, et l’une des personnes à la base de la Trans & Intersex Pride organisée à Dublin depuis 2018.

« Nous avons connu de sérieuses avancées concernant les droits LGBTQIA+ en Irlande ces dernières années avec la victoire au référendum sur le mariage égalitaire en 2015 et la possibilité de quitter légalement le genre assigné à la naissance. Mais nous constatons toujours l’état lamentable des soins de santé en Irlande, tout particulièrement pour les personnes transgenres. Une seule clinique irlandaise s’occupe des personnes trans et la liste d’attente peut vous faire patienter 6 à 10 ans. Durant tout ce temps, il n’y a pas d’aide ni de nouvelles, on laisse les gens en plan.

« Après de longues années, on a enfin droit à un rendez-vous extrêmement pénible de trois à quatre heures avec une pause de 15 minutes. Il s’agit d’un véritable interrogatoire sous un feu nourri de questions invasives : quelles sont nos habitudes concernant le porno, de quelle manière nous rencontrons nos partenaires, la nature de nos relations, nos rapports avec la famille et nos parents, si ceux-ci sont divorcés… Inutile de dire que c’est traumatisant.

« Cet entretien s’effectue sous la suspicion permanente que l’on est peut-être pas une véritable personne trans, sur base de préjugés parfaitement scandaleux. On attend des personnes trans qu’elles se présentent en se conformant à l’extrême aux standards de genre en vigueur. Des femmes trans arrivent ainsi à la clinique en top et en jeans, mais vont se changer aux toilettes pour enfiler une robe et se maquiller. On doit correspondre aux standards de féminité ou de masculinité les plus stéréotypés afin d’être considéré comme une véritable personne trans. Et même après tout ça, l’accès à un traitement peut être refusé parce que vous êtes sur le spectre autistique ou sous un autre diagnostique, ou même simplement parce qu’on est bénéficiaire d’allocations sociales.

« Le système de soins de santé existe bel et bien en Irlande, mais il est tellement difficile d’accès pour la vaste majorité des personnes trans… Et je ne parle ici que des adultes. Il n’existe aucune prise en charge pour des jeunes et des adolescent.e.s.

« Quand nous manifestons, le premier changement que nous exigeons est l’abolition pure et simple du National gender service (service national de genre) pour le remplacer par une toute nouvelle institution reposant sur le consentement, un service public qui livre toutes les informations et l’aide nécessaires aux personnes trans afin qu’elles puissent librement prendre leurs décisions concernant leur autonomie corporelle et la façon dont s’effectue leur transition.

« Parallèlement, nous avons assisté ces derniers temps à la croissance de l’extrême droite, un phénomène très récent en Irlande mais qui suit la tendance européenne. Ces militants s’en prennent aux migrant.e.s, mais aussi aux personnes LGBTQIA+ et mènent des actions aux centres pour réfugiés et aux hôpitaux, ou encore déboulent en nombre dans des bibliothèques pour arracher certains livres des étagères en harcelant le personnel.

« Cela ne se passe pas sans riposte : cet été, les syndicats ont réuni 200 personnes devant le conseil municipal de Cork (deuxième plus grande ville d’Irlande, NDLR) pour réclamer une protection des bibliothécaires. Dans ce genre de mobilisation, on retrouve des travailleuses et travailleurs, des syndicalistes (essentiellement du syndicat Union) et la communauté LGBT mobilisée en solidarité.

« La Trans & intersex pride est explicitement organisée par des socialistes anticapitalistes. Nous défendons un programme qui souligne l’importance des travailleuses et travailleurs en tant que classe sociale ayant des intérêts communs. Elle seule constitue une force capable de dépasser les petits changements législatifs pour lutter contre les inégalités et l’oppression inhérentes au capitalisme et construire une société axée sur l’épanouissement de chacun.e.

« Nous avons grandi de manière significative dès la première édition en 2018, dans l’élan de la victoire obtenue concernant le droit à l’avortement, dont l’interdiction était jusque-là inscrite dans la Constitution irlandaise. De 3 à 5.000 personnes ont participé aux différentes éditions pour défendre les droits des personnes trans et intersexe. L’atmosphère de l’événement a été constamment plus radicale, la colère n’a fait que croître.

« Un des éléments frappants est la compréhension croissante du rôle du capitalisme. Nous lions ce terrain de lutte aux autres mouvements sociaux et réclamons par exemple un accès à un logement abordable et de qualité pour chacun.e parallèlement à une solidarité active vis-à-vis des migrants. Ce sont des thèmes brûlants en Irlande et ils sont directement liés au fonctionnement du capitalisme. De plus en plus de gens sont enthousiastes quand nous expliquons la nature anticapitaliste et socialiste de notre combat, les applaudissements de la foule interrompent les discours ! Le mouvement a toujours été radical, mais ce type d’ouverture aux idées socialistes n’était pas visible en 2018 quand nous avons commencé. »

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