Réponse au non-sens Anti-Woke du MR (Centre Jean Gol)

«Le wokisme, ce nouveau totalitarisme dont on ne peut prononcer le nom»

Stupeur à la Pride ! Le bureau d’études du MR (Centre Jean Gol) était là avec un stand où il exhibait entre autres un nouveau document « Le wokisme: ce nouveau totalitarisme dont on ne peut prononcer le nom », qui s’en prend à la lutte globale contre le sexisme, le racisme et d’autres formes de discrimination.

Par Sile (Bruxelles)

Le texte constate que la lutte contre les oppressions, puisqu’elle repose sur la distinction entre oppresseurs et opprimés, finira par diviser le monde. « Nous avons tout à y perdre, et absolument rien à y gagner » conclut le Centre Jean Gol. Il s’agit d’un détournement de l’appel final de Marx et d’Engels dans Le Manifeste du parti communiste « Les travailleurs n’ont rien d’autre à perdre que leurs chaînes et tout un monde à gagner ». Les auteurs de la brochure considèrent d’ailleurs le marxisme et le wokisme comme deux faces d’une même pièce qui font du capitalisme le mal absolu.

Sans surprise, la brochure suit les traces du livre Over Woke (2023) de Bart De Wever (voir Lutte Socialiste d’avril 2023), sous la direction de Nadia Geerts ancienne responsable de la section Ecolo d’Evere, aujourd’hui conseillère au Centre Jean Gol. Selon elle, le wokisme, bien qu’il ne s’agisse pas d’un mouvement structuré, représente un «cataclysme» qui frappe au cœur de notre démocratie. Rien que ça…

Au début de la brochure, des termes tels que mégenrer et safe space sont définis de manière sarcastique et avec dérision. Mais ce n’est que plus tard dans le texte que ce volet émotionnel se transforme en argumentation. En parlant d’une « culture de la honte » qui a suivi des mouvements #MeToo et Black Lives Matter, le texte cherche à provoquer la peur et la colère chez le lecteur, puis affirme que la vague de wokisme aboutira à la création d’une nouvelle société, ou d’une nouvelle religion, ou d’un nouvel État totalitaire, selon la partie de la brochure que l’on lit. Sur Twitter, Nadia Geerts a encore évoqué une forme d’inquisition.

Une caricature forgée de toute pièce

Pour faire vivre cette affirmation, il fallait créer de toute pièce une caricature de gauche radicale et ensuite attaquer cette caricature en réduisant à quasi rien les revendications concrètes des groupes opprimés. En parlant de l’impact des mouvements tels que #Metoo et #BalanceTonPorc, le texte prétend qu’on punit aujourd’hui aussi durement qu’un violeur l’auteur d’un commentaire sexiste ! C’est évidemment faux ! Comme l’a encore qualifié l’acquittement de Jeff Hoeyberghs (qui avait notamment déclaré lors d’une conférence à l’université de Gand : « Les femmes veulent les privilèges de la protection masculine et de l’argent, mais elles ne veulent plus écarter les jambes »). Mais c’est cette culture de la honte qui pose problème, insiste Geerts, plutôt qu’une culture du viol où les attitudes sexistes, sans être assimilables à des violences sexuelles, peuvent souvent conduire à des infractions plus graves.

Sans surprise, elle mentionne J.K. Rowling en se demandant pourquoi elle est attaquée pour avoir simplement affirmé que « le sexe biologique est une réalité ». En réalité, Rowling est allée bien plus loin en affirmant que les femmes transgenres ne sont pas des femmes et en dépeignant ces dernières comme de potentielles prédatrices sexuelles. Il est par ailleurs intéressant de noter qu’ailleurs dans le texte, le droit visiblement absolu à la liberté d’expression est tout de même très relatif. Le droit des victimes de discrimination de parler de leurs expériences « subjectives » est écarté au profit de la parole de « spécialistes ».

Le moment où le texte se rapproche le plus d’une argumentation cohérente, c’est quand il aborde une des faiblesses de ce mouvement général contre l’oppression: la tendance à trop souvent souligner l’importance pour l’individu se débarrasser par lui-même de ses préjugés. Il est vrai que cet accent néglige très souvent toute l’importance de l’action collective d’une part, et celle de changer tout le système d’autre part.

Un des aspects les plus troublants du texte est sa catégorisation des différentes formes d’oppression en fonction de leur prétendue légitimité. De cette manière, les femmes qui subissent des violences domestiques sont considérées comme de véritables victimes, tandis que les victimes d’«idées blessantes» (y compris, on le suppose, les commentaires homophobes et transphobes) devraient réfléchir à deux fois avant de se dire victime de quoi que ce soit. Cette classification des divers types de victimes illustre le véritable objectif du texte: diviser les groupes opprimés et chercher à les monter les uns contre les autres. Ce n’est pas une surprise de la part du centre d’étude d’un parti de droite qui a tout intérêt à dévier l’attention de l’impact de sa politique antisociale.

Un texte innocent ?

Ce type de discours est-il dangereux ? Cela ne fait aucun doute. Le 22 mai, à Tours, en France, un lycéen catholique de 17 ans, armé d’une bouteille explosive, a attaqué un centre LGBTQIA+ «parce qu’il en avait marre de l’idéologie de genre». Mais la Marche des Fiertés à Tours a cette année enregistré une participation record le samedi 17 juin. La lutte de masse reste notre meilleure arme pour combattre ce type de discours, mais les faiblesses du mouvement général contre l’oppression permettent à de tels textes de trouver un écho.

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