5 ans après #MeToo, le silence a été brisé, pas encore le sexisme

Depuis 5 ans, les témoignages pleuvent et la honte change de camp: #MeToo ou #BalanceTonPorc en France, puis #BalanceTonBar, #BalanceTonFolklore ou encore #BalanceTonProf. Le sexisme est partout: dans les couples, dans la rue, au travail, à l’université, dans la famille, etc. Le concept de consentement s’est imposé dans le débat public, pourtant le corps des femmes continue d’être un enjeu public, perçu comme à disposition. Une récente étude réalisée par l’agence de sondage IPSOS avec la psychiatre Muriel Salmona (fondatrice de l’association Mémoire traumatique et victimologie) « montre que les jeunes hommes ont une conception plus violente de la sexualité que les générations précédentes ».Le sexisme est en partie démasqué, mais le combat doit continuer et s’intensifier en s’organisant autour d’un programme clair.

Par Emily Burns, coordinatrice nationale de la Campagne ROSA

Des relations asymétriques

Séverine Lemière, présidente de l’association « Une femme un toit » rappelle que si toutes les femmes subissent des violences, « il existe des facteurs aggravant comme le handicap ou la précarité, quand les femmes sont très précaires ou très dépendantes. Les jeunes sont très souvent victimes de violences, à la fois intrafamiliales, sexuelles, conjugales. Dès les premiers couples, ces violences ont des conséquences très importantes sur leur déscolarisation et donc leur précarisation. Il existe aussi des moments aggravant les violences conjugales comme la grossesse ou les ruptures.(1)

Dès ses débuts, #MeToo a mis en lumière le lien qui existe entre pouvoir et violence sexiste. L’affaire Weinstein a fait place à d’autres scandales inouïs : les multiples plaintes pour viols contre PPDA (ex-présentateur vedette du 20h sur TF1), pour harcèlement contre Bart de Pauw (ex-présentateur vedette à la VRT),… Puis, le récent film Blonde consacré à Marilyn Monroe a encore montré à quel point les agressions sexuelles et les viols perpétrés par des personnes de pouvoir sont “communs”, connus et tus. Ces affaires illustrent que la misogynie la plus abjecte fait partie du système comme instrument de pouvoir.

Certains nient le problème de toutes leurs forces…

En septembre, l’UCLouvain a été condamnée pour violence sexiste et harcèlement pour sa gestion calamiteuse d’une situation de harcèlement d’une membre du personnel. Loin de comprendre leurs torts, les autorités académiques avaient, cet été, entamé une procédure disciplinaire contre la plaignante pour calomnie parce qu’elle avait dénoncé le harcèlement dont elle faisait l’objet. Lorsque des plaintes remontent, l’université semble vouloir systématiquement s’en dédouaner ; le plus souvent en disant que ce n’est pas son job, qu’il faut se rendre à la police. Mais lorsqu’elle perd en justice, comme ici, elle va en appel…

Le personnel de l’enseignement supérieur comme de l’obligatoire ne reçoit toujours pas de formation systématique en matière de prévention et de gestion des problématiques sexistes. Il n’est toujours pas question de mettre en place un organe indépendant pour recevoir et gérer ce type de plaintes. Il n’est dès lors pas surprenant que ces instances continuent à tomber régulièrement dans le piège de la «remise à l’ordre» de la victime et sa culpabilisation (l’accusant de salir la réputation de l’établissement, de ne pas être habillée «correctement», …), dédouanant l’auteur du comportement sexiste.

…mais la pression du mouvement permet de progresser

Le mouvement autour de #BalanceTonBar a par contre permis de faire quelque peu bouger les lignes. Certains lieux de fête ont repensé leurs aménagements et ont désigné une personne de référence en cas de problème. Le gouvernement a élaboré un plan pour sensibiliser au consentement et informer sur l’existence des CPVS (Centres de Prise en charge des Violences Sexuelles). Heureusement, certains centres ont déjà vu le jour, et trois autres ouvriront en 2023. Cependant, dix centres ne suffisent pas.

Lors d’événements de la vie nocturne, des mesures de sensibilisation sont un bon pas en avant. Mais il devrait y avoir des plans anti-agression obligatoires, à l’image de la Croix-Rouge qui est obligatoirement mobilisée lors de grands événements. Il nous faut des stands de prévention, un numéro d’appel d’urgence, des rondes d’équipes spécialisées, un espace sécurisé en cas de problème, des toilettes inclusives et sécurisées,… et ce, pas uniquement pour les événements “festifs” mais aussi sportifs, culturels,… Il est urgent de débloquer des budgets adéquats. Mais, plus globalement, tant que l’objectif visé sera simplement d’amasser de l’argent et qu’assurer la meilleure soirée qui soit pour chacun.e reste secondaire, les problèmes persisteront, tant pour le personnel que pour les usager.ère.s.

Des moyens à hauteur des besoins

Voilà une idée que l’on répète régulièrement dans ce journal, que l’on scande bruyamment en manif et que nous défendons partout. Refuser de le faire, c’est faire le choix conscient d’accepter que de terribles drames se produisent.

Mais pour véritablement mettre un terme aux violences sexistes, nous ne ferons pas l’économie de l’unité dans la lutte de toutes les personnes opprimées et exploitées afin d’être suffisamment fort.e.s que pour en finir une bonne fois pour toutes avec cette société capitaliste entièrement basée sur les inégalités.

1) Comment faire reculer les violences faites aux femmes ? Pierre-Henri Lab, Humanité.fr, publié le 14 octobre 2022

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Première page de Lutte Socialiste