Un pas important a été posé vers un nouveau parti des travailleurs

2810: entre 500 et 600 participants

La conférence du mouvement des anciens parlementaires SP.a Jef Sleeckx et Lode Van Outrive ce 28 octobre est donc derrière nous. Ainsi un cap important est dépassé dans la construction d’un futur nouveau parti de gauche qui respecte la diversité du mouvement ouvrier et puisse parallèlement servir d’organe de lutte dans lequel s’uniront nos forces. La conférence a, à notre avis, illustré le potentiel d’une telle formation, mais nous a également forcé à regarder la réalité en face. Le 28 octobre a été une impulsion importante et prometteuse, mais rien n’est certainement encore gagné.

Eric Byl

Quelle réponse à l’absence d’une représentation politique?

L’Alternative Socialiste n’a pas pour habitude de tromper le lecteur avec des rapports euphoriques, incorrects où unilatéraux. Il n’y a pas de place ici pour un journalisme de complaisance, pour des rapports « diplomatiques » où tous les dangers et problèmes sont enlevés chirurgicalement afin de n’effrayer personne. Nous invitons au contraire le lecteur à regarder avec nous les coulisses pour juger par lui-même.

Depuis que la social-démocratie a abandonné son approbation du socialisme du bout des lèvres pour embrasser publiquement les principes du Marché « libre » et est ainsi devenue le principal acteur de la politique néo-libérale, une polémique fait rage dans la gauche sur la manière dont le mouvement ouvrier peut être représenté. L’absence d’une telle représentation permet d’ailleurs de comprendre pourquoi les syndicats n’ont pas de réponse à la « libéralisation » du marché, à la privatisation des anciens services publics, aux fermetures d’entreprises et restructurations,… Cela explique également pourquoi des travailleurs se prononcent parfois en faveur de privatisations (des prisons par exemple), ou se laissent entraîner dans la logique de division du racisme. En bref, et donc caricaturalement, mais le plus correctement possible cependant: le MAS, dans cette discussion, plaide pour un nouveau parti des travailleurs, le POS pour un regroupement de la gauche basé sur les “nouveaux mouvements sociaux”, le PTB estime être lui-même le nouveau parti des travailleurs et le Vonk (qui n’existe qu’en Flandre) trouve qu’il vaut mieux s’enterrer dans le SP.a en attendant que les travailleurs le rejoignent massivement.

La lutte contre le Pacte des Générations a transformé cette discussion entre “spécialistes” en débat public. Le Vonk a dès lors lancé son front SP.a-Rood, le PTB s’en tient – dans l’idée que le nouveau parti des travailleurs existe depuis longtemps – au Mouvement du 15 décembre, un “courant d’opposition” dans l’appareil syndical, le MAS et le POS font partie du mouvement autour de Sleeckx et y défendent leurs positions respectives, très différentes en général. Les trois initiatives – SP.a-Rood, le Mouvement du 15 décembre et le Comité pour une Autre Politique (CAP)– sont toutes l’expression de l’absence d’une représentation politique des travailleurs, et ont chacune leurs petits succès timides, comme une série de listes de gauche au dernier scrutin. Le MAS pense que le CAP a de loin le plus grand potentiel pour remplir ce vide.

Un grand succès!

En ce sens, la conférence était un succès. Nos militants ont compté 500 participants dans la salle ; selon le comité organisateur ils étaient 600, bar, stands, couloirs et entrées inclus. Un nombre suffisant donc, et surtout un bon mélange de jeunes et de délégués syndicaux. La mobilisation n’avait pourtant pas été facile. Des mois ont été perdus faute d’arriver à un accord avec Une Autre Gauche (UAG) sur le contenu et la date de la conférence. Nous n’avons ainsi pas su pleinement profiter début août de l’attention de la presse. Le matériel de mobilisation, le site et surtout les réponses aux centaines d’e-mail ont aussi bien trop tardé.

Heureusement, le MAS a repris une partie du travail et a mené sa campagne électorale dans le cadre du 28 octobre, à tel point qu’un journaliste a écrit à notre propos « il semble que pour le MAS le 28 octobre est plus important que le 8 octobre” (date des élections communales). Nous déplorons que d’autres courants au sein du CAP et d’UAG n’ont pas eu la même approche, surtout pour prendre après une attitude condescendante au vu de notre modeste résultat électoral. Résultat: 200 membres et environ 150 sympathisants et collègues de membres du MAS ont participé à la conférence. C’était aisément remarquable aux stands, au bar, aux sandwiches, à l’équipe de préparation et de nettoyage, mais malheureusement pas au nombre d’orateurs.

Deux tendances

Il est apparu toute la journée que deux tendances menaient un dialogue de sourds. D’une part, des expériences concrètes au sein des lieux de travail et des syndicats et des propositions de travail envers les jeunes, d’autre part des considérations académiques et techniques, des rêveries intellectuelles, de la confusion et du radotage. Ici et là, des speechs combatifs mais un peu sur le mode “écoute mes paroles, ne regarde pas mes actes”.

C’est évidemment inévitable à ce stade du mouvement. Le nouveau mouvement attirera au début toutes sortes de gens qui n’ont nulle part d’autre où aller. Nous espérons qu’au fur et à mesure que le mouvement s’agrandira, leur impact diminuera. Résultat: dans la plupart des groupes de travail, la discussion sur les lignes de force programmatiques a été noyée par une quantité inutile de considérations techniques et académiques.

La discussion n’a d’ailleurs pas été facilitée par la manière rigide dont toute controverse a été évitée. Le défi était grand, personne ne voulait faire éclater la conférence, et certainement pas le MAS/LSP. Mais s’il fallait pour cela éliminer toute discussion sur le programme et les structures, nous osons remettre le déroulement de la conférence en question.

Evidemment, nous ne voulions pas d’une guerre ouverte et nous savions qu’il fallait mettre de l’eau dans notre vin. Nous ne voulions pas voter contre où même nous abstenir avec un bloc pouvant aller de 200 à 350 participants, cela aurait probablement signifié la fin du mouvement. D’où notre accord sur une résolution de compromis.

Participation aux élections de 2007

Le MAS-LSP voulait discuter d’un slogan central par groupe de travail et le soumettre ensuite au vote à la conférence pour élaborer un squelette de programme. Nous n’avons pas réussi à convaincre les autres et ce sont finalement des formules générales pouvant partir dans tout les sens qui sont issues des groupes de travail. Heureusement l’ambition de participer aux élections fédérales a été retenue malgré l’opposition d’individus d’UAG et du CAP. Finalement, nous avons dû accepter qu’UAG et le CAP se prononcent pour continuer à collaborer ensemble.

Nos lecteurs savent que le MAS/LSP ne veut plus participer en Belgique francophone à UAG et veut y construire le CAP. Les divergences avec UAG concernent l’orientation de celle-ci, ses structures et sa vision de la collaboration avec le CAP. La résolution nous laisse néanmoins suffisamment d’espace pour construire le CAP dans la partie francophone du pays. Nous sommes convaincus que si UAG ne change pas ses méthodes de travail, la mort guette ce groupe. Pour l’instant, rien n’indique qu’UAG soit préparée à un tel changement.

La concession la plus importante faite par le MAS/LSP a été d’accepter que le 28 octobre ne marque pas la fin du CAP et d’UAG et le début d’un nouveau mouvement qui élirait à la conférence une direction représentative, comme convenu à l’origine au sein du CAP. Le secrétariat d’UAG continue donc à exister, tout comme la direction « provisoire » du CAP. Ce 6 novembre, une direction ouverte commune doit évaluer la conférence et “former” une nouvelle direction. Une occasion a été ratée de donner une réelle capacité de participer aux personnes présentes.

Mais cette conférence a finalement été un succès: le potentiel existe, le mouvement se construira, participera normalement aux élections et se dirige en principe vers un congrès démocratique, sans qu’hélas une date ne soit retenue. Jusque là, nous n’aurons ni structure démocratique, ni programme, ni même de lignes directrices ni de direction.

Globalement c’était un rassemblement intéressant, inspirant confiance, mais la participation de travailleurs, pourtant présents en nombre, a malheureusement été fortement limitée, ce qui a fait dominer les discours intellectuels.

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