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Les femmes gagnent en moyenne 23% de moins que les hommes !

Equal Pay Day – journée de l’égalité salariale

Par une militante de la FGTB

Chaque année, dans le courant du mois de mars, la plateforme belge Equal Pay Day composée de Zij-Kant (les femmes du SP.a) et de la FGTB, met l’accent sur l’écart salarial hommes/femmes. C’est, en effet, au mois de mars que les femmes atteignent le niveau de salaire brut annuel que les hommes ont touché fin décembre. Cette campagne a le mérite de rappeler, chaque année, que cette discrimination salariale est loin d’avoir disparu. En 2013, les femmes touchent toujours, en moyenne, 23 % de moins que les hommes !

Plusieurs éléments expliquent cette situation. Les femmes ont des carrières professionnelles moins longues que les hommes : elles commencent à travailler plus tard et interrompent plus souvent leur carrière en raison du rôle social qui continue à leur être presque exclusivement assigné : soins aux enfants et aux parents moins valides. Elles sont aussi victimes d’une double ségrégation : elles sont généralement cantonnées dans les secteurs d’activité liés au bien-être, au commerce de détail ou à l’horeca qui sont les secteurs les moins rémunérateurs et où les temps partiels prévalent. 44 % des femmes travaillent à temps partiel, dont 89 % involontairement.

Elles sont aussi bloquées dans la progression de leur carrière en raison du ‘‘plafond de verre’’. En effet, on leur permet moins qu’aux hommes d’accéder aux fonctions de cadres et de dirigeants (composées à 23 % de femmes) et au travail hautement qualifié (19 %). Le salaire des femmes est encore souvent considéré comme un revenu d’appoint pour la famille plutôt que comme un salaire réel. Cette situation les rend souvent financièrement dépendantes de leur partenaire et plus susceptibles de passer sous le seuil de la pauvreté (en cas de divorce, notamment).

Toutes ces discriminations sont bien mises en avant dans le matériel Equal Pay Day. Cependant, les conclusions qui en sont tirées sont susceptibles de provoquer des divisions entre les travailleurs. Ainsi, les affiches de campagne, même si elles doivent être prises au second degré, risquent de renforcer les stéréotypes dont les femmes sont victimes.

En effet, au fil des années, nous constatons que la campagne, qui fait pourtant référence à la grève des travailleuses de la FN Herstal des années ‘60, semble éviter de mettre en avant un plan d’action et de plutôt chercher un coupable à cet état de fait. Dans certains cas, ce sont les femmes qui sont visées pour leurs mauvais ‘‘choix’’ de carrière ou d’études ; dans d’autres, ce sont leurs partenaires pour leurs manques d’implication dans le travail ménager ! La campagne se trompe de cible. En effet, ce ne sont pas les femmes, ni leurs partenaires qui sont responsables des bas salaires qu’elles touchent, mais bien leurs employeurs ! Là où nous voyons clairement un élément de lutte de classes réclamant une réaction collective, la campagne semble souvent rechercher des solutions individuelles. Tantôt en tentant d’expliquer aux femmes les pièges que représente le temps partiel, à d’autres, en misant sur une meilleure information des jeunes filles quant au choix de leurs études, alors que la détention d’un diplôme dit ‘‘masculin’’ ne leur garantit absolument pas d’échapper au plafond de verre et enfin, plus récemment, en culpabilisant le partenaire en mettant l’accent sur le fait que les hommes devraient davantage s’investir dans le ménage pour permettre à leurs femmes de travailler à temps plein.

Parmi les solutions individuelles proposées, il en est une à épingler tout particulièrement parmi le « livre de recettes de Greta » destinée aux femmes afin d’améliorer leurs conditions salariales (campagne 2009) : la négociation individuelle de leur salaire ! Cette recette nous semble particulièrement nuisible à la solidarité et donc contre-productive ! Toutes les avancées obtenues par la classe ouvrière l’ont été grâce à la lutte solidaire. Les progrès que les femmes ont obtenus l’ont été en pleine période de luttes collectives dans les années ‘50-’60. Les statistiques indiquent, par ailleurs, clairement que c’est au niveau des statutaires du secteur public que l’écart salarial est le moindre : 10 % – contre 35 % dans le privé (indicateur ‘‘loonkloof’’ 2013) – secteur public où la négociation est collective ! De plus, une autre de ces recettes mise aussi sur les ‘‘suppléments’’ au salaire dont la plupart ne génèrent pas de sécurité sociale.

En quoi ces revendications mises en avant dans les différentes campagnes EPD constitueraient-elles un remède à l’écart salarial si le système reste tel quel ? Le but n’est pas d’inverser les rôles et de pousser les hommes à prendre sur eux le rôle social dévolu, pour l’instant, dans la plupart des cas, aux femmes. Ceci ne ferait que casser la solidarité.

Le but n’est pas de prendre aux uns pour donner aux autres, comme ce fut le cas dans le dossier du rapprochement des statuts ouvriers/employés, dans lequel le nivellement par le bas a prévalu. Il s’agit d’améliorer le confort de toute la famille en donnant aux femmes, un salaire décent et aux familles, l’accès à des services collectifs de qualités et gratuits !

En matière d’égalité, la seule chose que nous ayons vraiment obtenue, c’est le rallongement des années de carrière nécessaires à l’accès à la (pré)pension. Et ainsi, un fossé salarial qui se creuse davantage puisque nos retraites seront proportionnellement encore moindres et ce d’autant plus que les périodes assimilées pour le calcul de la pension ont également été revues à la baisse.

Il est évident que l’écart salarial bénéficie à la classe capitaliste en tirant les salaires vers le bas. Les gouvernements successifs ont institué un secteur de bas salaires via les A.L.E., les articles 60, les titres-services, le temps partiel dans lequel les femmes ont été poussées et sont majoritaires. Les statistiques montrent qu’en période de crise, les femmes sont plus durablement touchées et plus massivement poussées dans la pauvreté à cause des diverses mesures d’austérité. Ce sera d’autant plus vrai en Belgique, avec la dégressivité des allocations de chômage qui privera 8743 travailleurs à temps partiel de l’allocation complémentaire, dont 88,4 % de femmes. Nouvel avantage pour la classe dirigeante : le fait qu’elles soient privées de l’allocation complémentaire entraînera une baisse fictive des chiffres du chômage puisqu’elles en seront exclues.

Il faut reconnaître que la campagne EPD met en avant la nécessité de meilleures structures d’accueil et d’une meilleure conciliation travail-vie privée. Et il est vrai qu’elle a abouti à une nouvelle loi (12/04/12) visant à mettre en place des classifications de fonctions neutres quant au genre, permettant d’éviter l’arbitraire lors de la fixation du salaire et de fournir davantage d’informations aux Conseils d’Entreprise quant à l’écart salarial hommes/femmes. Cette loi, lorsqu’elle sera assortie des arrêtés d’exécution, permettra assurément d’accélérer le processus de réduction de l’écart salarial dans les entreprises où un bon rapport de forces est établi, c’est à dire dans les entreprises où des délégations syndicales combatives pourront mener la lutte. Cependant, les secteurs d’activité où sont cantonnées les femmes sont précisément ceux où les syndicats sont le moins présents et où l’application de cette loi pourra le moins être suivie. Les syndicats ont ici un rôle à jouer : celui d’organiser les travailleurs de ces secteurs, même si ce n’est pas chose aisée. Il est possible de les sensibiliser et de les mener à la lutte. L’action des accueillantes d’enfants en mai 2008 l’a bien montré. Leur statut précaire et les difficultés à remplir les conditions d’accès à la profession accentuent d’ailleurs la pénurie de places d’accueil dans les grandes villes.

Dans ce contexte, nous revendiquons :

• Des structures d’accueil des enfants en adéquation avec les besoins de la population. Une place pour chaque enfant, financièrement accessible à tous. Refus de la norme européenne de 1/3 de places par rapport au nombre d’enfants. D’autant qu’avec le rallongement des carrières professionnelles avant d’avoir accès aux (pré)pensions, le manque pourrait être accentué par le fait que les familles pourront moins compter sur les grands-parents comme solution de dépannage.
• Des structures d’accueil abordables pour les parents âgés.
• Un refinancement de l’enseignement permettant de répondre aux besoins de tous et une réelle gratuité.
• des horaires de travail en adéquation avec les horaires d’école. Et non pas des structures d’accueil flexibles qui rendent les conditions de travail des accueillantes encore plus difficiles.
• Une lutte contre la flexibilisation du travail. Il faut sortir du cercle vicieux dans lequel la flexibilisation du travail des uns renforce celui des autres, comme cela risquerait d’être le cas avec les crèches d’entreprise et les crèches à horaires décalés et comme c’est le cas avec les heures supplémentaires des pères de famille qui obligent, en retour, leur femme à rester dans un emploi précaire pour pouvoir être à la maison pour s’occuper des enfants.
• Ainsi, nous revendiquons les 32 heures sans perte de salaire pour tous, avec partage du travail entre tous les travailleurs disponibles. Pour que les richesses, essentiellement produites par les travailleurs, puissent être utilisées pour le bien-être de la majorité de la population, il faut arrêter qu’une toujours plus grande partie de cette richesse parte dans les poches des grandes actionnaires. Seule la nationalisation des secteurs-clés de l’économie sous contrôle ouvrier permettra un plan majeur d’investissements pour la création de crèches et d’écoles et d’emplois de qualité pour tous.

Ces revendications ne pourront être obtenues que par la lutte unifiée de la classe des travailleurs, en ce compris les couches précarisées.