Il faut attaquer le chômage, pas les chômeurs!

Les chômeurs ne sont pas des délinquants

Le chômage était une période transitoire, une forme d’assurance de survie pour les travailleurs ayant perdu leur emploi. De courte durée, cette période était un fait marginal. Après la crise des années ‘70, le chômage est devenu un phénomène en expansion, jusqu’au point de devenir structurel, et donc de faire partie intégrante du système. Ainsi, il y a un nombre sans cesse croissant de chômeurs, la durée du chômage s’allonge et la condition de chômeur devient un statut à part entière.

Marie Christelbach

La condition pour obtenir des allocations de chômage est la recherche active d’emploi. C’est bien sûr sans compter avec le fossé entre l’emploi disponible et le nombre croissant de chômeurs (1 emploi pour 45 chômeurs). Le chômeurs est donc assis entre deux chaises : rechercher de l’emploi, qui n’existe pas, ou gagner du temps en participant à des formations interminables, sans pour autant que de l’emploi n’apparaisse comme par enchantement.

La perte de son salaire et ainsi de son moyen de subsistance s’accompagne du rétrécissement de son champ d’action à cause du coût de la vie. Il vit un profond malêtre dû à la perte de son identité sociale, de son rôle dans la société. En découlent une série de symptômes courants chez les chômeurs : anxiété, dépression, manque de confiance en soi, incapacité à faire face aux problèmes de la vie, insatisfaction,…

L’emploi permet une structuration du temps, car la vie est structurée par le rythme du travail. Ainsi, le chômage entraîne des problèmes de ponctualité, il n’y a pas de frontière nette entre les obligations et les loisirs. Le chômeur éprouve donc des difficultés à se réinsérer.

L’emploi permet la rencontre et l’entretien de relations extérieures. La perte d’emploi s’accompagne de la perte des contacts professionnels, le chômeur se voit isolé de la vie sociale.

Sa culpabilisation transforme l’isolement qu’il subit en auto-exclusion et participe à sa désocialisation.

L’emploi procure également statut et identité, et le chômage procède à cette perte de statut et à la mutilation de l’identité du chômeur.

La crise économique et le renforcement du patronat dans son rapport de forces avec les travailleurs ont permis les restrictions budgétaires que l’on connaît et l’augmentation des profits de ce même patronat. Dans la foulée, la crise économique accroît encore le nombre de chômeurs. Ceci étant, il n’est pas malaisé de comprendre « à qui profite le crime »…

Le chômage, enfin, touche davantage les couches sociales inférieures ou les plus démunies.

La situation individuelle du chômeur le poussant à l’isolement, le rapport de forces entre chômeurs et patrons est ténu, voir inexistant ; il est donc plus facilement exploitable.

Ainsi, confronté à la recherche d’emploi, la carte Activa lui permettra d’être engagé plus rapidement et licencié tout aussi vite, dès que la carte aura été épuisée et que le patron aura profité de tous ses avantages.

En plus de cette exploitation par le patronat, le chômeur est la cible d’une série d’attaques. Ainsi le plan vanderbroucke visant à “activer” les chômeurs ou les récentes déclarations de Bart Somers, le président des libéraux flamands, qui veut limiter dans le temps les allocations de chômage. C’est un moyen de plus pour faire pression sur les chômeurs et les obliger à accepter des emplois précaires.

Le président du SP.a Vande Lanotte s’oppose à cette proposition mais estime qu’il faut faire pression sur les chômeurs en les menaçant de sanctions… Ils sont donc d’accord sur le fond: le problème ce sont les chômeurs, pas le chômage. Ces attaques, en organisant la pauvreté à grande échelle, permettent de faire pression sur les salaires des travailleurs.

Le Pacte de Compétitivité mijote à petit feu : le gouvernement fait diversion, tandis que le patronat veut bloquer les salaires, en promettant une baisse des impôts et une prime aux familles, ce qui coûterait (à la collectivité)… la bagatelle de 740 millions d’euros. La connivence entre eux saute aux yeux : alors que la Sécurité sociale était en déficit d’un milliard d’euros l’année dernière, le gouvernement offrait au patronat une réduction de charges patronales de 5 milliards d’euros la même année. Chaque année, les réductions des cotisations patronales se chiffrent à l’équivalent de 2% du PIB!

D’après le dernier rapport Mc Kinsey, l’emploi au noir représenterait 22% du PIB, soit 30 milliards par an de recettes fiscales perdues pour l’Etat. Un cinquième de la population belge travaillerait au noir d’après cette étude…

A qui cela profite-t-il ?

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