Nigéria: L’annonce d’une grève fait reculer le gouvernement

En juin de cette année, l’économie nigériane était paralysée par une grève générale. La raison de cette action de masse: la proposition d’augmenter le prix des carburants de 54%. L’explosion de colère des ouvriers nigérians, qui s’est traduite par des protestations de masse et des grèves, a forcé le gouvernement – qui travaille main dans la main avec l’industrie pétrolière – à réduire la hausse des prix. Cette "demi-concession" visait à faire retomber la colère de la population afin de pouvoir exécuter plus tard les mesures prévues. Le gouvernement se trompait lourdement en s’imaginant qu’il pourrait reculer pour mieux sauter…

Laurent Grandgaignage

Fin septembre, une nouvelle tentative d’appliquer la hausse des prix s’est heurtée à la même réaction de colère généralisée. Dès l’annonce de la mesure, la principale confédération syndicale, le NLC, annonçait une grève générale à partir du 10 octobre. Un comité de mobilisation s’est formé dans lequel on retrouvait non seulement les syndicats et les partis politiques, mais aussi les organisations étudiantes et les mouvements de défense des droits de l’homme. Le Democratic Socialist Movement (DSM), notre organisation soeur au Nigéria, jouait un rôle important dans la mobilisation pour une plate-forme plus large qui organise les ouvriers. Avec le DSM et ses membres dans les syndicats, le National Conscience Party (dans lequel nous travaillons) et les mouvements étudiants.

Quelques heures avant le début de la grève, elle était annulée par le NLC: le gouvernement venait de retirer sa nouvelle hausse des prix. Malgré cette victoire, la décision unilatérale du NLC n’est pas exempte de critique: elle a été prise sans aucune concertation démocratique avec les organisations de la plate-forme de mobilisation. De cette manière, le NLC a laissé tomber les organisations militantes, ce qui n’est pas de nature à jeter les bases d’une plate-forme solide et à tisser des liens de solidarité avec les gens qui ne sont pas organisés dans les syndicats.

La lutte contre la politique antisociale et les multinationales pétrolières est loin d’être gagnée. Le gouvernement peut toujours restreindre la distribution de carburant jusqu’à ce que les consommateurs se résignent à la hausse des prix. Mais si les travailleurs se montrent déterminés à passer à l’action de façon organisée, même la menace d’action peut forcer le gouvernement à faire des concessions.

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