“Avec un CNE, tu as la pression en permanence”

Inès, salariée de 23 ans en «Contrat Nouvelle Embauche»

Interview recueillie par la Gauche Révolutionnaire, notre organisation-soeur en France

Gauche Révolutionnaire : Comment ce contrat «nouvelle embauche» t’a-t-il été proposé ?

Inès : On ne me l’a pas proposé, on m’a dit qu’après mon Contrat à Durée Déterminée, je serai embauchée en Contrat à Durée Indéterminée. Puis au moment de renouveler mon contrat fin novembre 2005, surprise…, le CDI était un CNE ! Ils ont fait la même chose avec l’autre jeune salariée qui avait fait son stage avec moi dans ce magasin. On ne nous a donné aucune explication. Nous avons constaté cela en lisant le contrat.

GR: Pour toi, le CNE est-il différent d’un CDD ?

I : Oui ! Au moins avec un CDD, on connaît la date de fin. Le CNE, t’es sur un siège éjectable. Tu as la pression en permanence. Par exemple, j’avais envisagé d’avoir un enfant après avoir eu mon CDI. Mais en CNE, impossible ! Le patron a d’ailleurs dit une fois «en CDI, les employés se laissent aller, ils sont moins efficaces. Avec le CNE, on a des moyens de pression.»

GR : Plus de pression dans le travail, pour toi, ça se traduit comment concrètement ?

I : On est stressé en permanence. En plus, dans mon travail, ça a été le stress depuis le début. Le fils du patron, qui est le patron de fait, m’a harcelée. Il m’a fait des avances, des propositions très indécentes. Ca me mettait mal à l’aise mais j’ai fait comme si je prenais ça à la rigolade, je voulais finir mon stage. J’essayais de calmer le jeu, mais au fond, ça m’a stressée et blessée. Il me rabaissait en permanence. Le soir je pleurais souvent … ça a nuit à mon couple. Après je l’ai envoyé bouler, il est devenu agressif, sec et il ne le faisait qu’avec moi. Depuis le CNE, je me sens plus vulnérable et plus fragile. Aujourd’hui, je déprime et il semble clair qu’il a sa part de responsabilités là-dedans.

GR: Cette semaine, tu étais en congé maladie pour la première fois depuis deux ans et demi. Que s’est-il passé ?

I : Une collègue m’a téléphoné pour me dire qu’il menaçait de me licencier. Après mon coup de fil pour signaler mon absence, il a râlé, il a dit haut et fort que mon arrêt maladie était injustifié. c’était aussi pour faire peur à l’autre collègue en CNE. La collègue m’a conseillé de l’appeler pour expliquer que je n’allais pas bien et que je ne serai pas opérationnelle pour vendre. Je l’ai fait, erreur ! Il en a su plus sur mes problèmes et il a dit que mes problèmes personnels ne le regardent pas, et que lui, quand ça ne va pas, il travaille quand même. Il m’a remis la pression pour que je vienne travailler malgré le certificat médical. Je n’y suis pas allée. Mais que va-t-il se passer? S’il m’arrive quelque chose au travail, que se passe t-il avec la Sécu qui me paie pendant l’arrêt? Mais si je n’y vais pas et qu’il me licencie, comment vais-je vivre, payer mes crédits…?

GR : Face à cette pression, qu’as-tu fait ?

I : Je me sens complètement démunie. Je suis certaine que le fait d’être jeune et fragile, ça joue sur leur comportement. Ils profitent de la situation, du manque de travail et de la crise économique pour mettre la pression. Comme ils disent «on reçoit des CV tous les jours», ils peuvent nous virer facilement. Ils veulent qu’on soit comme des moutons. Je suis jeune, c’est mon premier emploi et je ne m’étais jamais posée ce genre de questions avant. C’est pour cela que je me renseigne sur mes droits, que je vous ai contactés pour essayer de pouvoir me défendre et à mon tour leur mettre la pression.

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