Mouvements de lutte dans le sud des Etats-Unis contre une législation réactionnaire

En 2013, l’assaut sans répit contre les droits des femmes n’a pas faibli

Depuis 2011, et dans tout le pays, les Républicains ont montré leur vive intention d’en finir avec les droits reproductifs des femmes. En 2011, 92 lois restreignant l’avortement ont été votées dans le pays, et en 2012, 43 propositions de loi anti-avortement sont entrées en vigueur. Jusqu’à présent, nous n’avons pas connu de ralentissement de cet assaut sans répit contre les droits des femmes en 2013. Cette année a été particulièrement éprouvante pour les femmes dans le sud des Etats-Unis.

Grace McGee, Mobile, Alabama

En Alabama, la TRAP Bill HB 57 est entrée en vigueur au mois d’avril, ce qui a contraint des femmes à avorter illégalement dans un hôpital local. Mais encore, la seule et unique clinique pratiquant l’avortement au Mississipi a failli être fermée à cause d’une loi similaire à la TRAP Bill, entrée en vigueur en 2012. Plus récemment, la Caroline du Nord et le Texas ont tenté d’imposer des lois anti-avortement parmi les plus restrictives de tout le pays.

“Les jeunes femmes ont besoin de savoir que le droit et l’accès à l’avortement ne sont pas des cadeaux qui peuvent être offerts ou repris par des hommes (ou des femmes) au pouvoir, comme les présidents, les juges de la Cour Suprême, les législateurs ou les lobbyistes. Ce sont des libertés gagnées par la lutte (comme toutes les libertés) de personnes qui se sont battues en leur propre nom.” -Katha Pollitt

Le mois dernier, la Sénatrice d’Etat démocrate Wendy Davis a fait la une des médias après avoir eu recours avec succès à une obstruction parlementaire à l’encontre de la loi anti-avortement texane extrêmement restrictive qui était sur le point d’être votée au Sénat. Malheureusement, ses efforts ont été réduits à néant quand le Gouverneur du Texas Rick Perry a organisé une seconde session spéciale une semaine plus tard. Les républicains texans ont d’ailleurs pris des mesures préventives pour faire passer les contestataires sous silence. Le projet de loi, que Rick Perry fera surement entrer en vigueur menace de fermer tous les centres d’avortement du Texas, sauf six. Il interdirait également tout avortement au-delà de 20 semaines de grossesse et limiterait les avortements médicamenteux.

La semaine dernière, la Chambre des Représentants de Caroline du Nord, dirigée par les républicains, s’est débrouillée pour faire passer une loi anti-avortement en la combinant à un autre texte de loi concernant la sécurité en moto. Cette loi supplémentaire forcerait les femmes à prendre la première dose de leur traitement médicamenteux en présence d’un médecin. De plus, les employées du secteur public n’auraient plus accès à une assurance couvrant les frais d’avortement. Ces restrictions sont déjà suffisamment néfastes, mais les techniques employées par les leaders républicains pour faire passer la loi sont particulièrement honteuses. Quand les républicains ont réintroduit le projet de loi étoffé au Comité judiciaire de la Chambre, ils l’ont fait sans en prévenir le public ou les membres démocrates du Comité, ce qui a grandement limité les débats et toute forme de résistance organisée. Depuis, le projet est retourné au Sénat en attendant d’être voté. Le titre du projet compte maintenant 123 mots sur l’avortement et seulement 17 sur la sécurité en moto, preuve des stratégies insidieuses que sont capables d’employer les républicains pour éviter toute opposition à leur programme sexiste.

Les récentes attaques contre les droits reproductifs des femmes, déjà déplorables en elles-mêmes, font partie d’une tendance plus large qui menace non seulement les droits des femmes, mais aussi les droits de tous les travailleurs. Rien qu’en Caroline du Nord, l’Assemblée Générale menée par les républicains a élaboré tout un programme qui va de l’adoption d’une religion d’Etat à des coupes au clair dans les assurances-chômage, en passant par le rejet de fonds fédéraux pour étendre l’assurance santé Medicaid à tous les Nord-Caroliniens non assurés, sans oublier l’instauration de lois racistes d’identification des électeurs, et ce n’est pas tout. Le Texas a longtemps été le foyer de lois contre les travailleurs, il s’agit d’ailleurs du premier Etat à avoir instauré des lois anti-grèves de « droit au travail ». Avec une législation conservatrice comme propulseur, le sud mène le pays tout entier à une course vers le fond.

Les travailleurs et les jeunes du sud ont cependant manifesté une volonté de se révolter contre ces lois réactionnaires. En Caroline du Nord, des travailleurs et de jeunes militants ont organisé une série de manifestations hebdomadaires en avril dernier, sous le nom de « Moral Mondays » (lundis moraux). A ce jour, près de 700 personnes ont été arrêtées pour désobéissance civile liée à cette campagne menée par le Révérend Docteur William Barber, membre de l’association nationale pour les gens de couleur de Caroline du Nord. Le mouvement est issu d’années de tensions de classe croissantes en Caroline du Nord. Il a été qualifié de mouvement contre « la législation extrême » (Democracy Now!, 12/7/2013), et ses porte-paroles maintiennent que le mouvement ne s’aligne pas sur un axe démocrates contre républicains, mais moral contre immoral.

Chacun des deux projets de loi anti-avortement précités, s’ils entraient en vigueur, auront probablement affaire à la Cour Fédérale, mais il y a peu de chances que cela ralentisse les tentatives sans relâche de supprimer le droit à l’avortement sans tenter de contourner de manière visible l’arrêt Roe contre Wade (arrêt rendu par la Cour suprême des États-Unis en 1973 qui a reconnu l’avortement comme un droit constitutionnel). Les efforts des chefs d’Etats démocrates, bien qu’ils soient bien-intentionnés et même parfois méritoires, ont prouvé leur inefficacité, et continuent à prouver l’incapacité des démocrates à se battre contre les attaques de droite qui prennent pour cibles les femmes, les immigrés, les gens de couleur et les travailleurs.

La lutte qui a eu lieu au Wisconsin en 2011 et a vu des milliers de travailleurs occuper le capitole pour protester contre la législation anti-syndicale illustre clairement le danger de reléguer un tel mouvement dans les mains des démocrates. L’échec de la direction de ce mouvement à formuler des revendications claires et directes, particulièrement un appel à une grève générale d’un jour du secteur public, a mené à une récupération par les démocrates, qui ont saisi l’opportunité pour se concentrer sur l’éviction de Scott Walker, dans le seul objectif de le remplacer par un démocrate. Une tactique qui a misérablement échoué. Des mouvements comme « Moral Mondays » ne peuvent se permettre de placer leur foi dans les démocrates, qui ont à de multiples reprises prouvé qu’ils sont des alliés des 1% et qu’ils n’ont pas l’intention de franchir les étapes nécessaires pour protéger la population de la répression de droite.

Afin que les femmes, les travailleurs et la jeunesse mènent avec succès une résistance contre les programmes de droite de plus en plus réactionnaires, nous ne devrons pas nous reposer sur les démocrates. Nous avons besoin d’être préparés, d’organiser des manifestations de masse, en occupant les capitoles d’Etat s’il le faut, afin d’exprimer notre désaccord et de formuler nos revendications. Nous devons aussi organiser un troisième parti, une alternative aux deux partis de Wall Street, et monter une véritable offensive législative contre les lois réactionnaires contre les femmes et les travailleurs.

Nous devons non seulement réclamer la conservation de Roe v. Wade, mais aussi d’étendre les soins de santé de la reproduction, ce qui inclut un accès libre et gratuit à l’avortement. Nous devons aussi réclamer des congés de maternité et de paternité adéquats, ainsi que des crèches gratuites de qualité pour les travailleurs et travailleuses qui décident d’avoir des enfants. Nous devons aussi nous battre pour que ces enfants grandissent dans un monde où ils auront accès à des soins de santé, de la nourriture, un logement et des vêtements bon marché et de qualité, ainsi qu’à des emplois bien payés. Si les travailleurs, les femmes et la jeunesse s’unissent et s’organisent contre le programme de droite dans le sud et partout dans le pays, nous pourrons décrocher un meilleur monde pour les travailleuses et les travailleurs aux quatre coins du globe.

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