Thas: ''Votre solidarité assure que je ne renonce pas et que je continue à me battre"

La campagne contre la détention et la possible expulsion de notre camarade Murugathas, Thas pour ses amis, reçoit beaucoup de soutien. Le caractère arbitraire de cette décision d’expulser un père de deux enfants, après 18 ans de présence en Belgique, vers un pays où il sera en danger est particulièrement choquant. Thas, lui, est encore sous le choc de son arrestation et de sa détention dans le centre de Steenokkerzeel.  »C’est surtout terrible la nuit », nous a-t-il dit. Le large soutien dont il bénéficie lui permet de ne pas perdre courage.

Par Geert

Armés de messages de solidarité, de lecture, d’un dictionnaire néerlandais-tamoul et de tabac pour Thas, j’ai enfin pu lui parler durant une heure. Pour pouvoir rendre visite, il faut d’abord envoyer une copie de la carte d’identité par fax, puis appelé pour confirmer la visite. Les visiteurs sont fouillés, même les GSM sont interdits. Les personnes enfermées peuvent en garder un, à condition qu’il ne puisse pas prendre de photo.

Un autre Tamoul est également détenu, quelqu’un qui n’est pas politiquement actif. Thas: "Il s’agit d’un jeune homme qui vivait à Courtrai et qui avait là une amie belge maintenant enceinte de plusieurs mois. Il est depuis quatre mois à Steenokkerzeel et a fini par signer un document de retour volontaire parce qu’il pensait que c’était la seule alternative à un retour accompagné de policiers, qui ne serait pas sûr pour lui en arrivant au Sri Lanka." Un autre emprisonné d’origine népalaise tenait un restaurant à Tirlemont. Son certificat de naissance et d’autres documents ont disparu dans les violences que connaît le pays. Les autorités veulent le renvoyer, mais avec un document européen qui en feraient un sans-papier au Népal.

Le désespoir est grand dans les salles de Steenokkerzeel, très peu de gens savent quels sont leurs droits. Thas leur donne des conseils et passe des appels autour de lui pour aider à faire avancer leurs dossiers et entamer les procédures. À propos de la vie à Steenokkerzeel, il confie :  »Il s’agit presque d’une prison, la seule différence est que nos portes sont ouvertes et nous pouvons être tous ensemble à l’intérieur du bâtiment. Mais nous ne pouvons que partager la misère de l’autre. Le soir, il est possible de jouer au football dans la cour, mais ma tête n’y est pas. Il y a un poste de télévision, mais ce n’est pas évident avec le groupe de personnes très diverses qui est là. La journée, ça va encore, nous parlons, nous entendons tous quelque chose. Le pire, c’est la nuit. Il y a toujours des mouvements, toujours quelqu’un qui commence à taper sur les murs ou à crier. Réussir à dormir ici est très difficile."

Thas: "Tout le monde recherche le type de solidarité dont je bénéficie contre mon expulsion. La lettre du député européen Paul Murphy m’a fait beaucoup de bien et est utilisée dans ma procédure judiciaire." La pétition a pu compter sur un écho très large. Des élus locaux du PTB et de Groen l’ont notamment signée, et elle a été publié sur différents sites (Rood!-Anvers, Antifachistisch Front, LCR, Kif Kif, Avanti4). Thas tient à chaudement remercier chaque signataire de cette pétition pour ce soutien et cette marque de solidarité.

"J’espère bien entendu pouvoir rester ici avec ma femme et mes enfants. Nous faisons tout notre possible pour nous marier. Mais j’ai peur de ce qui pourrait m’arriver en cas d’expulsion. Je ne veux pas devenir un des cas qui figure dans les rapports de Human Rights Watch. Les abus des droits de l’Homme sont terribles au Sri Lanka, et j’y suis connu en tant que militant. J’ai peur de ça. Mais la solidarité autour de moi assure que je n’ai pas renoncé à l’espoir de voir ma situation s’arranger et je continue à me battre."

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