Interview : Panayota Maniou, membre de SYRIZA et candidate de Gauches Communes

Panayota Maniou est 11e candidate à Saint-Gilles sur la liste de Gauches Communes. Elle est aussi membre de la coalition de la gauche radicale grecque Syriza et travaille au Parlement Européen au sein de la Gauche Unitaire Européenne.

Par Stéphanie (Bruxelles)

Socialisme.be : Pourquoi as-tu décidé de te présenter sur les listes de Gauches Communes?

Panayota Maniou : La première chose que je mettrais en avant est qu’il existe une réelle nécessité d’unir la gauche. C’est un pas très important à franchir en Belgique comme partout ailleurs en Europe. Gauches Communes est un premier pas dans ce sens.

C’est également une question de principe. J’estime que ce n’est pas parce que je suis Grecque que j’ai à me détacher de la vie quotidienne et politique du pays où je réside. Une solidarité doit être établie. Et en tant que membre de SYRIZA, je me dois de m’engager politiquement aussi en Belgique. Pour cela, partir du niveau local me semble essentiel. Tout ne se joue pas à grande échelle, il faut aussi lutter au niveau local.

En plus de cela, je tenais à mettre en avant le fait que tous les camarades qui participent à l’initiative Gauches Communes ont été extrêmement actifs durant les manifestations de solidarité avec les travailleurs européens et plus particulièrement avec le peuple grec et ce, malgré un contexte où les Européens se retrouvent face à des médias traditionnels qui leur balancent à la figure qu’il est nécessaire de trouver de l’argent et ce, peu importe les conséquences que cela peut avoir sur la vie quotidienne des travailleurs et de leur famille.

Les militants de Gauches Communes ont été solidaires et cette solidarité a eu un impact sur la population grecque qui a vu qu’il y avait d’autres travailleurs qui les soutiennent et comprennent la situation face à laquelle ils se trouvent. C’est pour cela qu’en retour, j’ai cherché à apporter mon aide.

Socialisme.be :Quelles sont les conséquences de la crise pour la population grecque?

P.M. : C’est une chose dont on pourrait parler durant des heures. Les conséquences de la crise en Grèce sont absolument désastreuses. Les conditions de vie grecques se sont véritablement détériorées sans qu’on aperçoive le bout du tunnel. En effet, la crise n’a de cesse de s’accentuer à cause des politiques d’austérité elles-mêmes. Ça plonge les gens dans une dépression horrible, aussi bien d’un point de vue économique qu’en termes psychologiques. Les gens ne sont financièrement plus capables de faire les choses basiques qui leur étaient auparavant accessibles. Je ne parle pas des vacances mais bien des besoins quotidiens comme le fait de donner un peu d’argent à ton enfant pour qu’il puisse se nourrir pendant le temps de midi.

Un autre exemple, mon père est médecin dans un hôpital pour enfants. La consultation en dehors des heures d’école et donc aussi en dehors des heures de travail coûte 5 euros. Énormément de parents ne peuvent même plus assumer ce coût.

Ces deux exemples sont seulement une partie infime des problèmes auxquels nous devons faire face depuis 3 ans déjà. Les gens perdent leur boulot ou se voient obligés de travailler dans des conditions précaires. Les gens qui avaient des contrats fixes, des salaires un peu “corrects” sont maintenant confrontés à des licenciements ou des baisses de salaires rendus possibles par le gouvernement grec et la Troïka (UE, BCE et FMI) pour que les patrons puissent “résister à la crise”.

Voilà ce qui constitue un des pans de la crise. Mais de l’autre côté, on assiste également à une démonstration de solidarité entre les gens qui veulent résister à la crise et ne la voit pas comme une fatalité. Différents types d’organisations se sont formées. Des comités de quartier, des garderies, des cantines communes. Des revendications sur le lieu de travail sont aussi apparues. Même si les travailleurs sont craintifs face au taux de chômage très élevé, ils sont devenus plus combattifs et surtout beaucoup plus critiques face aux prises de décision gouvernementales. La population grecque commence fortement à douter de la logique néolibérale. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il y a d’aussi nombreuses grèves générales en Grèce.

Socialisme.be : Tu viens un peu d’expliquer comment les travailleurs grecs ont réagi face à la crise. Qu’a apporté SYRIZA dans ce contexte?

P.M. : SYRIZA a réagi sur plusieurs niveaux. Nous avons avant tout essayer d’établir une vraie communication visant à une meilleure compréhension de la crise du système par les travailleurs. Nous avons analysé et diffusé le pourquoi de la crise et les conséquences qu’elle allait engendrer.

Nous avons également cherché à agir. Au Parlement, d’abord. Il y a toujours eu une très forte réaction de SYRIZA face aux lois mises sur pied par les partis traditionnels, même avec les 5% et 9 députés que nous avions avant les élections de cette année. Nous sommes toujours entrés en confrontation avec les lois imposant l’austérité et présentons des alternatives, des lois qui auraient des résultats positifs face à la crise, en faveur des travailleurs et pas des banquiers.

Deuxièmement, nous mobilisons. Les militants de SYRIZA sont des gens ordinaires qui participent à toutes les mobilisations, toutes les grèves, au mouvement des indignés, aux mouvements qui invitent à ne pas payer les taxes sur l’habitation, etc. Que ce soit de grandes grèves nationales ou de la résistance au niveau local, SYRIZA s’implique en mettant l’accent sur la nécessité de solidarité, d’union entre les différents mouvements de gauche. Ça a été le cas à l’occasion de plusieurs manifestations. Nous nous sommes alliés à différentes forces de gauche qui ne participent pas forcément à SYRIZA pour consolider les attaques contre les politiques d’austérité.

Socialisme.be : Et en Belgique, d’après toi, comment peut-on résister à l’austérité ?

P.M. : En Belgique, vous avez la chance d’être beaucoup plus organisés dans les syndicats. Le mouvement syndical existe aussi en Grèce mais il n’a malheureusement pas été capable de mobiliser véritablement face à la crise. En Belgique, les syndicats semblent plus forts et peuvent être un véritable pilier d’organisation pour contrer les politiques d’austérité à venir. On doit pour cela établir un vrai travail de communication. Montrer que la crise ne touche pas seulement la Grèce, l’Espagne et le Portugal. Aller à l’encontre de ce que tente de nous faire croire l’Union européenne.

A côté de cela, la crise communautaire et les tensions entre Wallons et Flamands jouent un rôle démobilisateur, un rôle de division là où la solidarité devrait primer. En effet, les problèmes auxquels sont confrontés les travailleurs, qu’il soient Flamands ou Wallons, sont identiques. Il faut une union entre les travailleurs mais également entre les différents mouvements au sein de la gauche radicale. La population a besoin d’un vrai pilier de résistance pour éviter qu’elle se contente de « votes utiles » ou de « moindre mal » qui amènera clairement à une grecquisation de la situation. Dans cette optique, Gauches Communes est une initiative très positive. Elle permet de faire le premier pas, à l’échelle locale, vers une unification de la gauche mais également vers un relais politique nouveau qui représenterait vraiment les travailleurs et leur famille.

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