Pour les patrons, il est inacceptable que le personnel de Desso refuse une perte de salaire

Les patrons trouvent “incompréhensible” que, dans le cadre de la vente du département gazon artificiel de DESSO (Termonde) à son concurrent DOMO, le personnel de Desso ait torpillé la proposition de plan social. La fédération patronale flamande Unizo a été jusqu’à déclarer que le monde se retrouve sur la tête si on accorde une prime à des travailleurs pour passer à un ‘‘autre’’ emploi. Ce genre de déclaration fait l’impasse sur quelques faits intéressants : dans le secteur textile, l’emploi a diminué de 40% ces dix dernières années uniquement, le maintien de l’emploi n’est nulle part garanti, et selon la proposition de la direction, le personnel devait céder 2 euros par heure malgré que la convention collective 32 bis impose le maintien des conditions de travail en cas de reprise.

L’emploi dans le secteur du textile à diminué de 40% entre 2001 et 2011. La productivité dans le secteur a augmenté, mais moins fortement que dans d’autres secteurs. La diminution aigüe du nombre d’emplois dans le secteur a évidemment conduit les travailleurs à se poser des questions. Si la tendance actuelle se poursuit et que la crise entraîne même une accélération des pertes d’emplois, alors chaque promesse du maintien de l’emploi n’est que temporaire. En Juin dernier, 91 emplois étaient menacés (sur 125 !). Ensuite, la direction a parlé d’un plan visant à déplacer 27 travailleurs à Saint-Nicolas, 16 kilomètres plus loin.

Mais chez Domo, les salaires horaires sont inférieurs de 2 euros, en plus du changement de lieu de travail (une travailleuse a ainsi expliqué dans la presse que c’était impossible pour elle sans acheter une voiture). Pour adoucir la pilule, bien amère, la direction a proposé une prime de 6.000 euros, puis de 12.000 euros. Afin de monter les travailleurs les uns contre les autres, décision avait été prise de laisser tomber la prime de 350 euros pour chaque travailleur de Desso pour privilégier une prime vers ceux qui devaient partir. Le refus des propositions de la direction par le personnel a été utilisé comme prétexte pour ce faire celui le bon vieux principe du diviser pour régner.

La fédération patronale Unizo trouvait que la prime de mutation était injustifiable : ‘‘C’est le monde à l’envers’’ ou encore : ‘‘une entreprise ne doit quand même pas donner une prime pour séduire les travailleurs d’accepter une offre d’emploi.’’ Sauf qu’avec 2 euros en moins par heure, ‘‘séduire’’ n’est pas vraiment le terme le mieux choisi… La prime promise suffit en fait à peine à couvrir la perte de salaire des deux premières années ! Le Ministre-Président flamand Kris Peeters (ex patron d’Unizo) déplorait aussi le refus de la proposition. La direction de Desso a mis de côté ce refus et a placé tous les travailleurs devant le choix, mais individuellement. Sans doute espéraient-ils que certains travailleurs voulaient immédiatement recevoir la prime de 12.000 euros. Ceux qui ne refusaient cette option devaient perdre leur emploi et ne rien recevoir au-delà du minimum légal.

Les patrons ont de suite saisi l’occasion pour remettre en question le principe même des primes de licenciement. Les travailleurs considèrent ces primes ‘‘comme un droit et un petit supplément financier malgré la perte d’emploi’’. Mais s’il ne dépendait que d’Unizo et des autres fédérations patronales, toute forme de protection contre les licenciements passeraient de suite à la trappe.

Les syndicats ont eux aussi été surpris par le résultat du vote chez Desso. Mais cette réaction des travailleurs est compréhensible dans ce contexte de spirale négative des conditions de travail et de salaire dans un secteur où le massacre social a été continuel ces dernières années. Dans le cas d’une reprise collective, le maintien des conditions salariales est obligatoire. Point. Mais ne pas respecter ces obligations comprises dans la convention collective de travail 32 bis n’est bizarrement pas vu comme un problème, ni par les syndicats, ni par les patrons, ni par la presse. Domo veut reprendre toute la division gazon artificiel, avec les machines et le personnel. Si ce n’est pas une reprise collective, c’est quoi alors ?

Les patrons, les politiciens et leurs commentateurs dans les journaux sont unanimes: refuser le maintient d’emploi est ‘‘injustifiable’’. La description est tendancieuse, il ne s’agit pas d’accepter un emploi, mais d’accepter de faire le même travail pour 2 euros de moins par heure. Cela signifie qu’une partie essentielle du contrat de travail est modifiée. Mais montrer un peu de respect pour les travailleurs, c’est déjà trop en demander. Il va falloir imposer le respect dans les prochains conflits.

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