Interview d'un étudiant québecois en lutte

Francis St Laurent est étudiant au Collège de Rosemont et est membre de l’Association Générale des Étudiants du Collège de Rosemont et d’Alternative Socialiste (section du CIO au Québec). Il a activement participé à la grève du mois de mars jusqu’au mois d’août et partage ici ses réflexions avec nous.

Pourquoi les étudiants sont-ils entrés en action au Québec?

Le but premier du mouvement de grève fut d’abolir la hausse des frais de scolarité, initialement de 75% en 5 ans, qui se transforma en hausse de 82% suite à une réponse arrogante du gouvernement. La hausse est une attaque directe contre le droit à une éducation accessible à tous, une autre mesure d’austérité contre les 99%. Le mouvement étudiant, devant l’ampleur de sa mobilisation et de son rapport de force, a ensuite fait évoluer son discours vers une remise en question des priorités de notre société, passant de la mauvaise gestion universitaire à la gratuité scolaire et à la nationalisation de nos ressources naturelles, qui sont des solutions face à la hausse et à la marchandisation de l’éducation. Ce fut aussi une excellente occasion de montrer aux autres générations que nous se sommes pas seulement la génération high-tech, stéréotypée comme celle qui ne se préoccupe que du monde virtuel, amorphe et qui ne s’intéresse aucunement au monde politique. Nous sommes aussi une génération forte, solidaire, vecteur de changement dans la société. Comme le dit si bien le manifeste de la Coalition Large de l’Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante (CLASSE), "Nous sommes Avenir"

Quelles tactiques utilisent les étudiants pour tenter de remporter la victoire?

Tout dépend de l’association nationale à laquelle les étudiant sont affiliés. L’aile plus modérée du mouvement appelait au pacifisme et aux manifestations de grande ampleur. L’aile plus modérée a aussi beaucoup travaillé sur l’opinion publique, malheureusement en créant presque un culte à cette dernière. L’aile plus radicale du mouvement a, elle, su utiliser le rapport de force créé par la lutte et a misé sur la tactique de la rue. Allant de manifestations créatives aux manif-actions (action-protest), qui allaient de l’occupation à la perturbation économique. Elle fut souvent marginalisée, malheureusement. Le mouvement étudiant en général, malgré le fait qu’il ne put entraîner de véritable mobilisation des travailleurs, a conduit la population a participé à la lutte avec le mouvement des casseroles. Le mouvement des casseroles fut le plus grand mouvement populaire de l’Histoire récente du Québec et fut une très forte réponse à l’instauration de la loi 12 (projet de loi 78).

Comment le gouvernement a-t-il répondu aux grèves et aux protestations?

Lorsque le rapport de force et la désobéissance civile se sont le plus fait sentir, le gouvernement a conduit les leaders étudiants à des tables de négociations, des réunions vaines et qui furent même souvent un moyen de nous insulter avec des offres ridicules. La loi 78 a constitué une réponse au rapport de force qui allait croissant en faveur des étudiants. Ensuite, le gouvernement a opté pour le déclenchement des élections (qui se dérouleront le 4 septembre), une tentative réussie d’affaiblir le mouvement, puisque l’aile modérée tomba dans le piège. En réponse, les tendances anarchiste et abstentionniste de l’aile radicale ont fait surface, ce qui les a marginalisé.

Que peut-il être encore fait pour l’emporter?

Peut-être que la victoire est maintenant hors de portée, mais le mouvement doit recommencer ses grèves, doit recommencer la mobilisation et doit aller plus loin qu’il n’a été jusqu’ici. Les associations nationales doivent avoir comme mot d’ordre que les élections ne régleront pas tout, qu’un mouvement social peut accomplir beaucoup plus qu’une rotation entre deux vieux partis traditionnels. Elles doivent aussi appeler les syndicats et les travailleurs à la grève générale, créant un rapport de force beaucoup plus grand.

Comment les idées marxistes peuvent-elles aider le mouvement

Les idées socialistes et anticapitalistes sont en partie responsables de l’évolution du discours du mouvement, prenant la lutte contre la hausse des frais de scolarité pour en faire une lutte contre les mesures d’austérité, l’ingérence du privé et la marchandisation de l’éducation. Les revendications de transition ont été plus que pertinentes et bien reçues par les étudiants, de la gratuité scolaire à la co-gestion universitaire. La popularité de l’idée de la nationalisation des ressources naturelles nous a permis à nous, socialistes authentiques, de promouvoir des idées connexes et semblables portant sur la nationalisation des secteurs clés de l’économie, ce qui apparait dans une logique concrète de changement de la société.

Quel message voulez-vous donner aux étudiants d’autres pays?

Trouvez comment combattre concrètement les injustices qui font rage dans votre quotidien, analysez chaque attaque du gouvernement contre vos droits et conditions de vie, rejoignez les travailleurs en lutte et trouvez des revendications concrètes et solides qui, tout en améliorant votre condition de classe, remettent en question le système capitaliste à partir d’un domaine précis, l’éducation, afin d’eller vers une remise en question complète du système capitaliste et des privilèges des 1%. Le plus important reste l’unité et la solidarité, puisque sans ça, nous n’aurions aucunement pu mobiliser autant de gens et accomplir ce que nous avons fait.

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