Royaume Uni : protestations antifascistes à Bristol contre l’English Defense League

Un bon millier de manifestants antiracistes se sont réunis samedi dernier en plusieurs endroits des environs de Bristol (au sud-ouest de l’Angleterre) afin de protester contre la manifestation de l’organisation néofasciste English Defence League (EDL, Ligue de défense anglaise). Au même moment se déroulait la Bristol Pride, et une manifestation antiraciste organisée par la communauté LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transgenres) a également eu lieu.

La pression de cette campagne a assure que l’EDL reste confines aux confines de la ville, loin des lieux de passage. Cette marche de la haine n’a duré en tout et pour tout que sept minutes, pour une mobilisation nationale qui avait réuni 300 partisans de l’extrême-droite. Une somme de 500.000 livres (640.000 euros environ) a été dépensée en encadrement policiers. Un millier de policiers avaient été appelés de tout le pays, avec à la clé 14 arrestations, notamment pour violence raciste.

Le problème c’est les banquiers, pas les immigrés !

Suite à la crise et à la politique d’austérité, beaucoup de jeunes se retrouveront dans la galère. Niveau études, ce sont des classes surpeuplées dans un enseignement de moindre qualité qui nous attendent dans le secondaire, tandis qu’il faudra payer plus cher les droits d’inscription dans le supérieur. Niveau ‘‘marché de l’emploi’’, le stage d’attente est dorénavant allongé : décrocher un job relève désormais du parcours du combattant. Et lorsque l’on parle d’emplois, on parle surtout de jobs précaires et flexibles qui rendent presque impossible de se consruire un avenir. La politique antisociale des partis traditionnels, c’est plus de chômage, de précarité, d’exclusion et de pauvreté parmi la jeunesse.

Les jours ayant précédé la mobilisation antifasciste, la police avait publié une série d’articles dans la presse locale pour enjoindre les manifestants anti-EDL à rester chez eux. Cette tentative visant à briser la mobilisation antifasciste à été jusqu’au point qu’il avait été dit aux manifestants de ne pas se réunir au point de rendez-vous convenu quelques minutes avant l’heure officielle du début de la protestation. Cela n’a toutefois pas su empêcher les syndicalistes, antiracistes, membres des collectivités locales et les familles (certaines accompagnées de leurs enfants en bas âge) de se retrouver dans le centre pour une marche à travers la ville et pour un meeting dans un parc.

Confusion

Les principaux organisateurs de l’évènement, un groupe provisoire qui s’est appelé ‘We Are Bristol’ (Nous sommes Bristol), en réalité Unite Against Fascism (UAF, Unis contre le fascisme), porte également une responsabilité dans la confusion qui a régné tout au long de la journée.

Les réunions organisées entre UAF et les groupes anarchistes locaux n’ont pas permis d’aboutir à un accord et deux manifestations ont été organisées, l’une au centre ville et l’autre à la gare de Temple Meads. La semaine avant l’évènement, aucune négociation n’avait commencé avec la police, aucune manifestation n’avait été organisée au-delà d’une ‘protestation statique’, et aucun service d’ordre de syndicalistes n’avait été constitué pour défendre la marche contre d’éventuelles attaques de l’EDL ou contre les provocations policières.

La Bristol & District Anti-Cuts Alliance (alliance contre les coupes budgétaires de Bristol et son district) avait fait part de son inquiétude concernant ces différentes faiblesses et avait appelé à la constitution d’un service d’ordre. En conséquence, le jour même, des syndicalistes de la région, dont des membres du Socialist Party (section du CIO en Angleterre et au Pays de Galles) ainsi qu’une grande délégation du syndicat du secteur public PCS, a servi de service d’ordre durant la protestation antifasciste.

Mais même lorsque la marche avait commencé, avec à sa tête plusieurs délégations syndicales et leurs banderoles, UAF a tenté de contenir la protestation en un simple rassemblement, malgré l’absence de toute stratégie claire concernant l’attitude à adopter face à la police et à l’EDL. C’est à ce moment que la police a tenté d’arrêter plusieurs manifestants. Sans la présence du service d’ordre de syndicalistes, les antiracistes auraient été scindés en deux et le nombre d’arrestations aurait été très important.

NON à l’austérité

Quelques membres du parti travailliste – des conseillers communaux, un député et un candidat bourgmestre – ont parlé à la fin du rassemblement. Mais les orateurs de l’UAF n’ont fait part d’aucune critique envers ces politiciens et contre le soutien du parti travailliste à la politique d’austérité. Seul un représentant du syndicat des services publics PCS a attiré l’attention sur le fait que la politique antisociale du parti travailliste détruit les collectivités locales et créé le terreau sur lequel le racisme peut se développé face au manque de moyens pour des logements sociaux, des emplois,… Cet orateur a donc appelé à lier ensemble la thématique de l’antiracisme et celle de l’alternative politique à mettre en place pour plus d’emplois, etc. Des emplois, pas de racisme !

Ce message a pu compter sur un très bon écho qui a illustré que la plupart des manifestants comprennent très bien que la lutte contre l’extrême-droite et toutes les formes de discrimination doit être liée à la lutte contre les conditions matérielles qui permettent de nous diviser. Les organisateurs de l’UAF dissent ne pas vouloir aborder ces questions sous le prétexte qu’ils veulent le front le plus large possible. Nous pensons au contraire que le plus efficace est de dénoncer non seulement l’extrême-droite, mais aussi ceux qui sont responsables de la frustration que les groupes néonazis instrumentalisent.

Des groupes religieux, dont certains dirigeants de la communauté musulmane, ont suivi le conseiller communal des Libéraux Démocrates (un parti qui est actuellement au pouvoir avec le parti tory du premier ministre David Cameron) pour qui il faut tolérer la marche de l’EDL au nom du ‘pluralisme’ et en préparation d’une célébration de la diversité le 15 août. Certains dirigeants de la communauté musulmane ont même été jusqu’au point d’appeler au dialogue avec l’EDL!

Au final, c’est le mouvement ouvrier organisé qui a été la seule force capable d’embarrasser le plus possible les militants de l’EDL. Et même s’il n’a pas été possible de bloquer physiquement la manifestation de l’EDL en raison de l’imposante présence policière, le succès était au rendez-vous.

Mais l’EDL et l’extrême-droite en général ne pourra pas être battue tant que nous n’aurons pas construits des organisations combatives capables de résister à l’austérité capitaliste. Plutôt que de laisser la population être divisée en se battant pour quelques miettes, nous devons riposter ensemble au-delà de nos confessions religieuses, de notre sexe, couleur de peau,… pour réclamer les richesses produites par les travailleurs et accaparées par les capitalistes. Tout ce qui nous divise nous affaiblit !

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