Espagne : Les mineurs se rendent à Madrid et montrent la voie de la lutte aux travailleurs !

Pour une grève générale de 48 heures destinée à renverser le gouvernement Rajoy

Des milliers de mineurs sont arrivés à Madrid la semaine dernière, au terme d’une marche sur la capitale dans le cadre de leur lutte pour défendre leurs emplois. Ils y ont été accueillis par des milliers de travailleurs et jeunes madrilènes descendus afin d’exprimer leur solidarité tandis que des pompiers les ont escortés à travers la capitale, jusqu’au devant du parlement. Le jour même de l’arrivée des mineurs, Rajoy et le gouvernement de droite du PP (Parti Populaire) ont annoncé de nouvelles mesures budgétaires, qui comprennent selon divers observateurs les pires coupes budgétaires depuis 1956, à l’époque de la dictature fasciste de Franco.

John Hird, Socialismo Revolucionario (CIO-Espagne)

La couverture du magazine satirique EL JUEVES montre Mariano Rajoy embrasser à pleine bouche le joueur de foot Iker Casillas, en parodie du fameux baiser qu’Iker avait donné à sa compagne lorsque l’Espagne avait remporté la coupe du monde de foot il y a deux ans. Rajoy a tout tenté pour être associé à la récente victoire de l’équipe espagnole lors de la coupe de l’Euro 2012. Rajoy a même appelé le coach Vincente Del Bosque à “gagner la coupe pour l’Espagne afin de nous aider à oublier la crise.” Del Bosque a répondu que son équipe ferait de son mieux, mais que la victoire ne résoudrait pas les problèmes sociaux-économiques du pays. Quel grand coach et quel homme avisé !

Les mineurs des Asturies et d’autres régions ont apporté la lutte de classe jusqu’à la porte de Rajoy et ont balayé le facteur ’Euro Cup’. Le célèbre footballeur David Villa (du FC Barcelone et de l’équipe nationale) a même ouvertement déclaré son soutien pour les mineurs et leur lutte. Alors que les mineurs étaient en marche à Madrid, ils chantaient : "Esta es nuestra selección" (“voilà notre équipe”.) Un mineur a commenté dans les médias qu’il s’attendait à un bon accueil à Madrid, mais qu’avec l’accueil incroyable qu’ils ont finalement reçu, il se sentait réellement comme étant dans ’La selección’.

L’arrivée des mineurs à Madrid a été telle une catharsis pour les autres couches de travailleurs également cibles d’attaques antisociales, comme les pompiers, les enseignants et les fonctionnaires locaux. “Les mineurs sont notre fierté!” Les chants d’encouragement de ces travailleurs illustrent que le mouvement des mineurs rassemble la colère qui vit en Espagne. Les mineurs eux-mêmes reprennent des chants de la guerre civile espagnole comme “Santa Barbara”. Même le grand quotidien bourgeois El Pais admet l’idée que la “lucha obrera” (la lutte ouvrière) reprend de la vigueur. Mais en général, les médias espagnols continuent de jouer un rôle des plus lamentables. Alors que des dizaines de milliers de travailleurs manifestent dans les rues de Madrid, les chaînes de TV continuent de diffuser un menu d’émissions de sport, de films américains et de d’émissions de variété.

La presse gouvernementale ne fait que publier des mensonges à propos des mineurs. Selon ABC, les mines sont si sûres que les femmes peuvent s’y rendre en hauts talons, alors que les mineurs reçoivent des salaires de 2.100 euros par mois, ce qui est loin d’être le cas. Les mineurs auraient dilapidé les millions d’euros de subsides qu’ils ont reçu et – l’attaque n’est pas neuve – ce seraient des gens violents. Dans les faits, les mineurs reçoivent en moyenne un salaire compris entre 1.000 et 1.500 euros par mois pôur un travail très dangereux. Un policier gagne environ 1.900 euros.

Toute l’industrie est subsidiée en Espagne, y compris les transports et l’agriculture. Pourquoi s’en prendre aux mineurs, dont les subsides ne représentent qu’1% de l’aide publique totale ? Les banques espagnoles ont encore récemment reçu une centaine de milliards d’euros, et où est passé tout cet argent ? Les subsidies accordés aux compagnies minières ont été gaspillées auprès des entreprises minières privées et des gouvernements locaux et régionaux. Cela aurait dû être consacré à l’amélioration des infrastructures et à la création d’emplois. Les mineurs ne sont pas responsables de cela, et de nombreux travailleurs espagnols le comprennent fort bien. Concernant la violence, que peut-il bien y avoir de plus violent que la destruction brutale de 8.000 emplois directs dans les mines et de 30.000 emplois indirects dans toute la collectivité ? La seule réponse de Rajoy face aux exigences des mineurs a été de mobiliser la police nationale et la Garde Civile, ce qui constitue une véritable provocation pour les communautés de mineurs. Les mineurs et leurs familles ont déjà souffert de leur brutale répression. A Ciñera, León, des balles en caoutchouc ont été utilisées, de même que des gaz lacrymogènes.

Les mineurs féminines ont aussi marché des Asturies à Madrid, et les femmes des mineurs ont aussi commencé à s’organiser. Des milliers de personnes ont pris part aux manifestations massives aux portes du ministère de l’Industrie, avec les mineurs aux côtés de leurs familles et de travailleurs de tous les secteurs de Madrid, parmi lesquels les travailleurs du secteur de l’enseignement. Les manifestations se sont principalement déroulées pacifiquement, malgré les provocations policières. Mais de véritables batailles rangées ont eu lieu, avec le quartier général du Parti Populaire protégé par une douzaine de véhicules armés de la police.

Les politiciens vivent en plein déni. Esperanza Aguirre, présidente de la communauté de Madrid, a refusé d’admettre l’ampleur de la marche des mineurs, tandis que Rajoy n’a jusqu’à présent pas une seule fois mentionné leur cas. A Los Cortes, seul le dirigeant d’Izquierda Unida (Gauche Unie) a quelque peu reflété la colère qui prend place dans le pays en affirmant que les récentes mesures de coupes budgétaires étaient comme de jeter de l’essence dans les rues d’Espagne.

Pour une grève générale de 48 heures

Alors que les mineurs étaient en pleine manifestation, Rajoy a annoncé une augmentation de la TVA de 3% et une réduction importante des allocations de chômage. Rajoy a affirmé que cela “encouragerait” les chômeurs à trouver de l’emploi ! Il y a actuellement plus de 5 millions de travailleurs sans emploi dans le pays… Au total, le pays devra économiser sur les deux ans et demi à venir, c’est à dire d’ici à la fin 2014, 65 milliards d’euros supplémentaires, en plus des précédentes mesures. Le gouvernement capitaliste propose aussi de réduire le nombre de permanents dans les syndicats afin de les rendre moins aptes à défendre les travailleurs. Des protestations spontanées de travailleurs du secteur public (enseignants, fonctionnaires, éboueurs, et même certaines sections de la garde civile) ont eu lieu dans les rues. Selon El Pais, certains membres de la police anti-émeute ont retiré leurs casques à un moment, en signe de solidarité. Tout cela n’est qu’une anticipation de l’explosion sociale massive et des lutes qui vont surgir en Espagne au cours des prochaines mois.

Samedi dernier, Rajoy a dû annuler des apparitions publiques en raison des protestations. D’anciens premiers ministres, comme Aznar et Zapatero, ont déjà dû faire face à une aversion semblable. Mais comme El Pais le souligne, ils ont eu à le faire après 5 années passées au pouvoir alors que Rajoy n’est au pouvoir que depuis 6 mois !

La ligne de front est claire. Le gouvernement n’agit que pour le grand capital. Leur seule politique est de faire payer les pauvres et la classe ouvrière. Hier encore, de nombreux travailleurs étaient en colère face à ce constat, mais n’avaient pas encore la confiance suffisante pour résolument parti à la contre-attaque. C’était hier. Aujourd’hui, les mineurs espagnols ont montré la voie de la résistance à toute la classe des travailleurs. Les syndicats ont appelé à des protestations nationales pour ce 19 juillet. Cela ne sera pas suffisant. Une grève générale de 48 heures est nécessaire en tant que prochaine étape dans la lutte pour renverser le gouvernement Rajoy et lutter pour une alternative favorable aux travailleurs.


La police anti-émeute solidaire des manifestants

Sur la photo ci-dessous, on peut voir les policiers placés devant le Parlement de Madrid retirer leurs casques afin de soutenir les manifestants. Cette image est bien entendu très populaires sur les médias sociaux, tandis que la presse traditionnelle reste étrangement silencieuse à ce sujet…

Partager :
Imprimer :

Soutenez-nous : placez
votre message dans
notre édition de mai !

Première page de Lutte Socialiste

Votre message dans notre édition de mai