28 septembre – Journée mondiale pour l’avortement sans risque

Des avocats sont contactés avant que le personnel médical ne traite des grossesses extra-utérines. Des patientes atteintes d’un cancer se voient reporter un traitement qui leur sauverait la vie parce qu’elles sont enceintes. Des victimes d’agression sexuelle se voient refuser la pilule du lendemain aux urgences. Quelques semaines après l’annulation de l’arrêt Roe v Wade aux États-Unis, la réalité dystopique d’une interdiction d’avorter apparaît au grand jour. L’impact mondial a été brutal : d’un côté, les gens regardent avec horreur, de l’autre, l’extrême droite salive à l’idée d’imposer des interdictions similaires au droit d’avorter dans des pays d’Europe, d’Amérique latine et d’ailleurs.

Déclaration de ROSA-Réseau international féministe socialiste

La lutte pour le contrôle du corps des femmes s’intensifie à travers le monde, le droit à l’avortement est attaqué dans des pays comme la Chine, l’Italie, la Hongrie et les États-Unis, non seulement sur le plan juridique mais aussi dans les faits. Même dans les pays où l’avortement est légal, l’accès y est souvent limité par le recours à « l’objection de conscience », le manque de financement et d’autres pressions exercées par l’establishment conservateur.

Parallèlement, les mobilisations de masse dans la rue ont permis d’obtenir des gains réels en termes d’accès à l’avortement – il suffit de regarder les victoires en Irlande, en Corée du Sud, en Argentine, au Mexique, en Colombie, entre autres. Alors que le mouvement féministe qui a balayé le monde au cours des dix dernières années se bat pour l’autonomie corporelle, une partie des élites de droite a fait du recul de l’accès à l’avortement un élément clé de son programme. Pourtant, les sondages réalisés dans de nombreux pays indiquent que la majorité des gens ne voient aucun inconvénient à ce que l’avortement soit accessible. Alors pourquoi ces réactionnaires sont-ils si déterminés à polariser cette question ?

Tout d’abord, il convient de dénoncer leur hypocrisie à couper le souffle. La droite dure n’est pas « pro-vie ». Ce sont les mêmes personnes qui ont laissé des enfants fuyant la guerre et la misère se noyer en Méditerranée, qui ont procédé à la stérilisation forcée de femmes ouïghoures, qui ont tenu des propos horribles visant à mettre en danger la vie des personnes LGBTQIA+ et qui ont favorisé et encouragé la crise alimentaire qui a frappé les États-Unis tout l’été. Par ses actions, l’establishment de droite a prouvé à maintes reprises qu’il se moque de la mort des gens. Les récentes attaques contre l’avortement le confirment une fois de plus – nous savons tous que rendre l’avortement plus difficile d’accès n’empêche pas les avortements de se produire, cela ne fait que mettre les personnes enceintes plus en danger (1).

Quelle est donc la véritable raison de ces attaques ? Et comment pouvons-nous les combattre avec succès ? Pourquoi une partie de la classe dirigeante est-elle si déterminée à faire reculer notre droit à l’autonomie corporelle ? Ces attaques doivent être considérées dans le contexte plus large des multiples crises du capitalisme dans le monde qui ont toutes un impact sur la capacité des gens à avoir une réelle liberté dans leur décision d’avoir ou non des enfants. Une nouvelle crise économique mondiale menace les profits de l’élite ; et une partie de celle-ci s’inquiète de ne pas trouver suffisamment de main-d’œuvre bon marché. La crise du coût de la vie, qui frappe la classe travailleuse sur tous les continents, rend le choix d’avoir des enfants encore plus inaccessible pour une nouvelle génération. La crise climatique chasse des millions de personnes de leurs foyers, créant une nouvelle crise des réfugiés. La guerre et les conflits forcent les femmes et les enfants à se retrouver dans des situations terribles et vulnérables, loin de chez elles et de chez eux. La crise de l’aide sociale a atteint un point de basculement ; les systèmes éducatifs de nombreux pays sont sur le point de s’effondrer et la crise Covid a déjà montré que les systèmes de santé sont au point de rupture. Ajoutez à cela les crises des violences de genre, du racisme systémique, des attaques contre les droits des trans et des LGBTQIA+ – la liste est sans fin.

La classe dirigeante n’est pas intéressée ou capable de s’attaquer à ces échecs systémiques. Certains d’entre eux peuvent se dire féministes ou « woke », mais en réalité, on ne peut pas compter sur eux pour lutter pour une réelle autonomie corporelle ou un réel changement. Ils peuvent être d’accord concernant la légalisation formelle, mais ne se battront jamais avec nous pour un accès réel – un avortement sur demande, sûr, gratuit, accessible et légal.

Au fond, il est dans l’intérêt de l’establishment de maintenir le statu quo, ou plus précisément de protéger ses profits et sa richesse. Le fait de saper l’autonomie corporelle des femmes présente des avantages pour eux. Sur le plan économique, comme dans des pays tels que la Chine, la classe dirigeante s’inquiète de la chute du taux de natalité et de l’approvisionnement continu en main-d’œuvre bon marché. Sur le plan idéologique, la rhétorique des « valeurs familiales traditionnelles » tente de forcer les femmes à reprendre le rôle de soignantes non rémunérées, ce qui permet de réduire encore davantage les investissements dans les services essentiels tels que la santé et l’éducation, et d’éroder les conditions de travail et les salaires dans ces secteurs.

C’est clair qui profite de tout ça en premier lieu : les inégalités n’ont jamais été aussi grandes dans toute l’histoire ! Les dix hommes les plus riches du monde ont plus que doublé leur fortune, passant de 700 milliards de dollars à 1 500 milliards de dollars – soit 15 000 dollars à la seconde ou 1,3 milliard de dollars par jour – au cours des deux premières années de la pandémie, alors que les revenus des 99 % de l’humanité ont chuté et plus de 160 millions de personnes supplémentaires ont plongé dans la pauvreté (2). Dans le monde entier, le travail non rémunéré à la maison représente aujourd’hui plus de 10 000 milliards de dollars par an et ne cesse d’augmenter.

Mais l’impact idéologique d’un retour aux « valeurs familiales traditionnelles » va bien au-delà, avec ses mœurs sexuelles hypocrites. Il remet en question et sape la sexualité des femmes et des personnes LGBTQIA+ et encourage davantage les attitudes sexistes et homophobes. La lutte pour le droit à l’avortement s’inscrit dans un combat beaucoup plus large pour l’autonomie corporelle et l’égalité de toutes les personnes, indépendamment de leur sexualité ou de leur genre. Nous sommes les premières à payer le prix des politiques et des idéologies qui tentent de nous forcer à vivre nos vies sous le contrôle de normes sexuelles et de genre rigides et dépassées, qui ne correspondent pas à nos aspirations à la liberté sur nos propres corps, mais qui sont utilisées pour saper et même réduire au silence les luttes plus larges des trans, des personnes LGBTQIA+ et des femmes.

Interdire l’avortement n’empêche pas les avortements

Une telle interdiction augmente fortement le stress et le fardeau financier des personnes qui vivent des grossesses difficiles. Le manque d’accès à un accompagnement médical et légal d’un avortement conduit beaucoup de personnes à se rabattre sur des options dangereuses, voire mortelles (3) . Les personnes qui peuvent se le permettre se rendront simplement là où l’avortement est légalement accessible. Celles qui ne peuvent pas se le permettre sont obligées de chercher de l’aide par d’autres moyens. Les pilules abortives sont aujourd’hui utilisées en toute sécurité dans le monde entier par des millions de femmes à domicile de manière légale ou non. (4) ; ces pilules ont d’abord été « découvertes » par des femmes dans les favelas d’Amérique latine, par celles qui ne pouvaient pas se permettre d’autres moyens de se procurer un avortement.

L’interdiction de l’avortement a comme effet collatéral majeur d’amoindrir les soins de suivit de grossesse et les soins reproductifs en général ; ça met donc en danger toutes les personnes enceintes. Les conséquences tragiques et mortelles de cette situation peuvent être observées dans tous les pays où l’avortement est interdit. En Irlande, l’horrible traitement réservé à Savita Halappanavar avait déclenché un mouvement de masse dans les rues pour faire annuler l’interdiction de l’avortement. Elle était enceinte de 17 semaines lorsqu’elle a fait une fausse couche. Elle est morte d’une septicémie parce que le corps médical était réticent à intervenir ; le cœur du fœtus mourant battait toujours et la loi interdisait l’avortement. Son histoire a eu un grand retentissement parce qu’elle reflète la crainte de toutes les personnes enceintes de ne pas être entendues et respectées par un corps médical trop occupé à craindre la loi pour vraiment les écouter et pour accorder plus d’importance à leur vie qu’aux questions juridiques.

L’interdiction d’avorter est dangereuse pour toutes les personnes susceptibles de tomber enceintes. Cela a un impact disproportionné sur les personnes les plus exploitées et opprimées. Alors, comment lutter contre ces interdictions et construire un mouvement qui permette un avortement libre, sûr et légal, accessible à toutes les personnes qui en ont besoin ?

Les mobilisations de masse dans les rues auxquelles nous avons assisté dans des pays comme l’Irlande, la Corée du Sud, l’Argentine et le Mexique nous donnent un point de départ. Dans tous ces pays, des victoires ont été remportées en ce qui concerne l’accès à l’avortement. Elles ont été remportées avant tout par des mouvements organisés depuis la base ; ils ont poussé la question à l’agenda politique par des mobilisations dans la rue. Ils ont exercé une pression implacable sur l’establishment politique pour le forcer à agir. Chacun de ces mouvements s’est inspiré et a tiré les leçons de ce qui se passait dans d’autres pays ; plus que jamais, la lutte pour l’autonomie corporelle est internationale.

En Irlande, ROSA et Alternative Socialiste Internationale ont joué un rôle très actif dans le mouvement pour l’abrogation de l’interdiction constitutionnelle de l’avortement et ont prit des initiatives qui ont été déterminantes pour obtenir le droit à l’avortement sur demande jusqu’à 12 semaines, prit en charge par le système de santé publique. Cette victoire s’explique par le fait que nous nous sommes appuyés sur le sentiment croissant en faveur du choix au sein de la classe travailleuse au sens large, plutôt que sur les faibles déclarations « pro-abrogation » de figures de l’establishment libéral qui nous promettaient l’abrogation « dans les 20 prochaines années »… !

Nous avons participé à construire un mouvement qui a activé le large soutien pour le droit au choix présent dans la population lors de manifestations de masse, de journées d’action, de pétitions, de campagne dans les rues. Nous avons systématiquement utilisé chaque opportunité pour augmenter la pression politique. Fort de cet important soutien, ROSA a défié publiquement l’interdiction constitutionnelle en organisant des bus d’avortement très médiatisés et a contribué à rendre la pilule abortive disponible en toute sécurité. En faisant reconnaître publiquement que la pilule abortive est utilisée chaque année par des milliers de personnes, nous avons forcé la main de l’establishment : toute législation devrait prendre en compte cette réalité et permettre un avortement gratuit, sûr et légal sur demande jusqu’à au moins 12 semaines.

Cependant, les récentes attaques contre l’accès à l’avortement ont également un impact au niveau international.La défaite de Roe v Wade aux États-Unis a été vue dans le monde entier et a déjà enhardi l’extrême droite dans des pays comme l’Italie et la Hongrie.

La défaite de Roe v Wade était une attaque délibérée, préparée de longue date et menée avec un fort soutient d’une partie importante du Parti républicain. L’affaiblissement de l’accès à l’avortement et des droits légaux durant des années a jeté les bases de cette défaite. Mais l’absence totale de réaction de la part du reste de l’establishment est tout aussi significative : cela fait 40 ans que les démocrates promettent de légiférer sur Roe v Wade, mais ils n’ont jamais rien fait ! Les ONG et les organisations de planning familial liées au Parti démocrate n’ont pas tiré les leçons des autres pays, à savoir que le droit à l’avortement ne peut être défendu et/ou gagné que par une organisation active de la base. Ces organisations continuent, au contraire, à remettre leur sort entre les mains du même parti qui s’est avéré ne pas vouloir se battre sur cette question pendant 40 ans. Résultat : lorsque Roe v Wade a été attaqué, la faillite d’un « leadership » redevable aux démocrates, sans programme ou stratégie claire et paralysé par le manque d’action est devenue douloureusement claire. Le jour où Roe v Wade a été annulé, dans de nombreuses villes, Socialist Alternative (qui fait partie du réseau Féministe Socialiste international ROSA) était l’organisation qui a mobilisé pour des manifestations pour faire descendre dans la rue la colère palpable de tant de personnes.

Malgré ce manque de leadership, l’accès à l’avortement reste un enjeu politique majeur aux États-Unis, au point de transformer les prochaines élections de mi-mandat. Les sondages indiquent que le soutien à l’accès à l’avortement a augmenté aux États-Unis depuis l’arrêt de la Cour Suprème. Les femmes s’inscrivent sur les listes électorales à un rythme incroyable. Dans des États comme l’Arizona et la Pennsylvanie, les candidats républicains ont déjà dû revenir sur leur position antiavortement grâce à la pression de l’électorat. Les élections sont considérées comme un premier champ de bataille pour faire reculer les mesures anti-choix.

Mais cela ne suffira pas pour remporter une véritable victoire. Afin de repousser de manière décisive l’agenda de la droite, nous devons nous organiser et rassembler les communautés qui composent la classe travailleuse et galvaniser la colère en un mouvement doté d’une stratégie et d’un programme clair.

La victoire remportée à Seattle par Socialist Alternative et la conseillère municipale Kshama Sawant est un excellent exemple du type de stratégie dont nous avons besoin. Cette campagne a fait de Seattle la première ville sanctuaire du pays en matière d’avortement. C’est une victoire importante en soi, mais aussi par son timing qui prouve que la défaite de Roe v Wade ne signifie pas la fin ; il pourrait être le début d’une riposte qui se développe en un mouvement significatif à l’échelle des États-Unis, avec le soutien majoritaire des gens ordinaires.

Socialist Alternative a remporté cette victoire en construisant une pression depuis la base, en mobilisant la classe travailleuse de Seattle et en utilisant notre position publique pour représenter cette pression de la manière la plus efficace possible. Pétition des électeurs, organisation de prises de parole lors des réunions du conseil municipal et proposition claire sur ce qui est nécessaire pour être une ville sanctuaire efficace en matière d’avortement (y compris défier les mandats d’arrêt) : tout cela a conduit à un vote favorable, où les démocrates locaux ont estimé qu’ils n’avaient pas d’autre choix que de soutenir l’initiative.

C’est un exemple du type de stratégie dont nous avons besoin. Une stratégie qui repose sur le pouvoir réel de la construction d’un mouvement de masse actif dans les rues et les communautés, prêt à défier les interdictions d’avortement parce que le soutien actif pour une telle défiance a été organisé. Un mouvement qui exige – et non demande – que les politiciens placent la santé des personnes enceintes avant les divagations idéologiques de l’extrême droite. Un mouvement qui s’enracine dans l’action et la représentation indépendantes de la classe ouvrière.

Un tel mouvement base son programme sur ce qui est nécessaire pour améliorer réellement les choix reproductifs de la population. L’avortement libre, sûr et légal, oui, mais aussi les soins de santé gratuits, y compris des soins accessibles d’affirmation du genre, les crèches gratuites et une sécurité économique et de logement. Si l’on considère ce contexte plus large, le type de mesures nécessaires pour atteindre une véritable autonomie corporelle, il devient clair que l’on ne peut pas faire confiance aux politiciens de l’establishment pour se battre pour nous.

Ce programme ne peut être réalisé qu’en remettant en question le statu quo, en luttant pour une politique économique qui place les besoins des gens avant les profits d’une minorité. Cela signifie qu’il faut se battre pour savoir qui contrôle et possède ces ressources. Nous voulons des soins de santé sans but lucratif, mais qui soient démocratiquement détenus et contrôlés par les communautés qui les utilisent. Stop aux bulles immobilières spéculatives qui remplissent les poches des grands promoteurs, il faut de logements sociaux publics avec un contrôle des loyers et une sécurité d’occupation.

Cela signifie construire un mouvement qui rassemble TOUTES les personnes qui bénéficieraient de ces mesures, c’est-à-dire l’immense majorité d’entre nous, la classe travailleuse dans toute sa diversité, afin que nous soyons assez forts pour défier un système capitaliste qui va de crise en crise, en essayant toujours de nous en faire payer le prix. Le capitalisme en tant que système a échoué à nous procurer une sécurité de base, à subvenir à nos besoins et aspirations de base, et même à nous donner le contrôle de nos propres corps. Notre combat pour l’autonomie corporelle doit également mettre clairement en évidence la culpabilité du système : notre combat est un combat anticapitaliste. Les énormes ressources mondiales qui sont actuellement accaparées par une minuscule cabale de profiteurs pourraient être utilisées pour commencer à résoudre les nombreux problèmes que ce système nous a laissés, mais seulement si nous les prenons en charge par la collectivité, de manière démocratique et publique. Une société socialiste est basée sur la compréhension « de chacun.e selon ses capacités, à chacun.e selon ses besoins » ; la solidarité, l’humanité de base et le respect pour chacun.e d’entre nous. C’est la base d’une société dans laquelle l’autonomie corporelle peut réellement être atteinte. Si vous voulez nous aider à construire cette alternative, rejoignez-nous !

La Journée internationale pour l’avortement sans risque a lieu aujourd’hui, le 28 septembre. Il est très clair que nous devons faire de cette journée une journée de protestations internationales, pour exiger que notre droit à l’autonomie corporelle soit respecté partout dans le monde. Rejoignez-nous !

  1. Chaque année, environ 73 millions d’avortements ont lieu dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cela se traduit par environ trente-neuf avortements pour mille femmes dans le monde, un taux qui est resté à peu près le même depuis 1990. Notamment, les taux ont divergé entre les pays qui ont moins de restrictions et ceux qui en ont plus : Entre 1990-94 et 2015-19, le taux moyen d’avortement dans les pays où l’avortement est généralement légal (à l’exception de la Chine et de l’Inde) a diminué de 43 %. En revanche, dans les pays où l’avortement est fortement restreint, le taux moyen d’avortement a augmenté d’environ 12 %. https://www.cfr.org/article/abortion-law-global-comparisons
  2. Briefing d’Oxfam « L’inégalité tue », 17 janvier 2022.
  3. Près de 90 % des avortements dans les pays où la législation sur l’avortement est libérale sont considérés comme sûrs, contre seulement 25 % des avortements dans les pays où l’avortement est interdit. Selon l’OMS, environ 5 à 13 % des décès maternels dans le monde sont dus à des complications liées à des avortements non sécurisés, dont la grande majorité se produit dans les pays néo-coloniaux.
  4. Pour un accès sécurisé, contactez https://aidaccess.org/en/ ou https://www.womenonweb.org/en/.
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