Élections en Grèce : la campagne de chantage et de peur a (temporairement) fait son travail

Le parti de droite Nouvelle Démocratie (ND), a remporté les nouvelles élections de justesse avec 29%, devant SYRIZA (27%). Grâce au bonus (non démocratique) de 50 sièges directement octroyés au vainqueur, la voie est ouverte pour un gouvernement antisocial qui suivra la politique imposée par l’Union Européenne, la Banque Centrale Européenne et le Fonds Monétaire International. Dans les grandes villes, où Syriza est sorti des urnes comme le plus grand parti, la déception était grande.

Par notre correspondant à Athènes, Frederik de Groeve

Malgré les faiblesses contenues dans son programme, la coalition de la gauche radicale Syriza était clair sur le fait que seul un gouvernement de gauche est en mesure d’inverser la spirale négative dans laquelle se trouve la Grèce depuis maintenant plusieurs années. Une victoire de Syriza aurait constitué un signal très fort pour des millions de personnes à travers l’Europe, ces millions de personnes aujourd’hui confrontées à des attaques contre leurs retraites, leur sécurité sociale et tous leurs autres acquis sociaux remportés de haute lutte par les générations précédentes.

Pour éviter pareille situation, la droite a été aidée par Merkel & Co pour mener une campagne de terreur sans précédent. Le vote pour Syriza a été présenté comme étant un vote contre l’euro et même contre l’Europe en général, entraînant des conséquences dramatiques. Mais Syriza a tout de même obtenu 26,89% des voix, une ‘‘défaite’’ à relativiser face au 29,66% qu’a seulement pu ramasser la droite avec sa campagne de peur. Les conservateurs vont donc pouvoir réaliser un gouvernement d’austérité. Mais ce ne sera pas un gouvernement stable. Le mécontentement est loin de pouvoir disparaître. Syriza doit maintenant utiliser sa progression électorale afin de lutter contre les assainissements et d’offrir un prolongement politique pour les luttes présentes et à venir.

Comment faire face au chantage et à la peur?

Alexis Tsipras, le chef de file de Syriza, a omis d’expliquer que la sortie de l’euro arrivera tout de même tôt ou tard, qu’importe quel parti allait l’emporter. Sur ce point, la droite doit être démasquée. Au lieu de cela, Syriza a promis que la Grèce pourrait rester dans la zone euro, une promesse qu’elle ne pourra jamais tenir. Ces positions erronées sont le résultat d’un manque de consultation démocratique et de discussion au sein des rangs de Syriza. La coalition de la gauche radicale est trop tournée vers les élections et a un besoin urgent que ses rangs soient ouverts à toute personne désireuse de construire la résistance active dans les quartiers et les entreprises.

La campagne électorale a offert une première tentative en ce sens, avec l’organisation de réunions locales dans tout le pays. Maintenant, Syriza doit utiliser sa position d’opposition pour continuer ces rencontres et essayer de créer des alliances actives pour s’engager dans la lutte contre la prochaine vague d’austérité. Grâce aux 71 sièges parlementaires qu’a récoltés Syriza, chaque acte posé par le nouveau gouvernement aura face à lui une opposition féroce. Il s’agit d’un défi pour Syriza et pour toute la gauche parlementaire, qui doit lier sa position parlementaire à la lutte active avec les syndicats et les associations de quartier.

Le KKE sanctionné pour son attitude sectaire

Le KKE, le parti stalinien grec qui dispose d’une organisation très puissante, a refusé de collaborer avec Syriza dans ces élections. Même si beaucoup de critiques posées par ce parti sont justes, elles ne représentent en rien des raisons suffisantes pour rester sur la touche. En s’opposant à la construction d’un front contre les partis pro-austérité et en jouant cavalier seul aux élections, le parti communiste grec s’est isolé du mouvement et n’a pas été suivit par ses électeurs. Leur nombre de voix a baissé de moitié pour arriver à environ 4%, ce qui a provoqué une certaine frustration. À la télévision nationale, lors de l’annonce des résultats, un porte-parole du KKE a accusé Syriza d’être un agent de l’impérialisme, soutenu par l’Amérique, et a fustigé les travailleurs grecs de s’être trompés et de tomber dans le piège d’une nouvelle social-démocratie, après l’effondrement du PASOK !

Avec une approche positive tout en gardant ses propres opinions et critiques, le KKE aurait pu faire la différence en étant l’aile gauche du gouvernement. Son attitude sectaire va maintenant malheureusement coûter cher à la population grecque dans la période à venir. Les travailleurs et leurs familles vont être poussés de plus en plus dans la misère par le gouvernement de Samaras (de la Nouvelle Démocratie). Pour les forces de gauche du monde entier, il s’agit maintenant d’en tirer des leçons…

L’appauvrissement de la population renforce l’extrême droite

Bien que le parti d’extrême-droite Aube Dorée ait perdu trois sièges par rapport aux élections de mai, il reste une menace majeure pour la société grecque. Les nouveaux plans d’assainissement et la dégradation des conditions de vie de la communauté grecque pousseront encore plus d’électeurs vers l’extrême droite. La violence prônée par ce parti pourra s’exprimer, leurs militants faisant déjà ouvertement le salut hitlérien, le parti affirmant même ‘‘après les immigrés, les homos dehors!’’ Le gouvernement actuel ne sera pas en mesure de répondre à la confiance croissante envers l’extrême droite, et ce alors que la Grèce devra affronter la terreur, l’angoisse et de nouvelles difficultés.

Les tâches et les responsabilités pour le mouvement ouvrier sont énormes, car il est clair que c’est la seule force dans la société qui peut faire face aux défis immenses auxquels elle est confrontée. C’est seulement en reprenant confiance en ses propres forces et en tirant les leçons des événements dans leur propre pays et dans ceux du sud de l’Europe, que le mouvement ouvrier va trouver un moyen de sortir de cette période de déclin et de misère.

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